Ce qu’il se passe quand un surdoué est mal diagnostiqué

Traduction d’un article de Lynne Azpeitia, M.A. et Mary Rocamora, M.A. – publié dans le bulletin de Mensa (US) en novembre 1994.
(Le texte original est sur le site de Lynne Azpeitia)

Les surdoués font face à de nombreux défis. L’un d’entre eux est d’être correctement identifié dans son identité de surdoué par les thérapeutes.

Il est bien connu parmi les chercheurs qui travaillent sur les surdoués que ces sujets témoignent d’intensités de ressentis plus importantes et de réactions très importantes (voir des des sur-réactions) quand on parle de sensibilité émotionnelle, intellectuelle, sensuelle, psychomotrice et même d’imagination. Il est aussi bien connu que ces intensités plus grandes et ces sur-réactions sont un aspect normal de leur développement.

C’est même parce que les surdoués (enfants comme adultes) ont une structure psychologique aussi affinée et une conscience aussi organisée qu’ils expérimentent la vie de façon aussi différente et de façon aussi intense par rapport à ceux qui les entourent.

Ces caractéristiques sont pourtant souvent perçues par les thérapeutes comme le signe d’une perturbation mentale. Tout simplement parce que la population (des thérapeutes comme plus généralement), manque d’information précises sur les caractéristiques très particulières des surdoués, qu’ils soient enfants, adultes, en couple, ou encore en famille. Ce qui est considéré comme normal par les surdoués est généralement considéré comme une névrose par la population en général. De fait, les surdoués sont personnellement et émotionnellement vulnérables à toute une variétés de difficultés relationnelles, que ce soit à la maison, au travail, à l’école ou de façon plus générale, dans toute relation de groupe.

Dès lors que les surdoués fonctionnent à des niveaux assez élevés d’intensité et de sensibilité, dès qu’ils abordent une thérapie, ils sont souvent mal pris en charge parce que les thérapeutes n’ont reçu aucune formation adaptée à l’identification et à l’accompagnement de personnes qui présentent un profil complexe de développement.

Les surdoués ont toujours connu un développement asynchrone,  des niveaux particulièrement élevés de conscience, à la fois pleins d’énergie et tout en émotions, sujets à de grands tourments internes. Pourtant le diagnostic thérapeutique aboutit souvent à une mauvaise interprétation : ils se voient attribuer des troubles de l’attention (avec ou sans Hyperactivité), qualifiés d’histrioniques, de dysthymiques, de cyclothymiques, de borderlines, de narcissiques, quand ils en sont simplement à certaines étapes de la désintégration positive (NdT cf Dabrowski )

Ce défaut de diagnostic peut avoir comme conséquence une négligence bénigne de certains aspects de la personnalité de leur patient ; mais peut aussi avoir comme conséquence plus grave une stratégie d’accompagnement totalement inadaptée. Dans tous les cas, ce défaut de diagnostic invalide et tend à vouloir « remettre aux normes» le processus intérieur complexe des surdoués.

Quand les patients surdoués mal identifiés se voient prescrire des médicaments pour supprimer les “symptômes du surdon”, il y a un vrai danger que la magnifique furie du processus intérieur du surdoué soit neutralisée, au point d’en minimiser le potentiel de la personne qui passe à côté d’une vie accomplie et bien remplie. En fait, ceux qui ont le plus à offrir à la société sont ceux qui voient leurs besoins thérapeutiques les moins bien satisfaits.

Pour le surdoués, le conflit intérieur relève du développement et non de la destruction, parce que c’est ce qui conduit la personne à sans cesse remettre en cause sa façon de penser et à chercher à atteindre des niveaux de développement plus élevés. Ce type de désintégration positive est caractérisé par une tension interne intensifiée entre ce qui est et ce qui pourrait être.

Cette tension dynamique est l’essence même de la vie intérieure de la personne créative et c’est elle qui provoque cette recherche permanente de croissance et de développement. Tout thérapeute qui travaille avec une population de surdoué doit être au courant de ces process intérieurs, qui sont utilisés pour développer un potentiel avancé. Le risque, si le thérapeute n’est pas au courant, c’est d’infliger des dommages psychologiques supplémentaires.

Quand il travaille avec un surdoué, un thérapeute doit se focaliser sur les points suivants : le stress interne qui résulte du fait d’être surdoué; le traumatisme émotionnel d’un développement rapide; les effets de l’introversion, de l’intensité, du perfectionnisme et de l’extraordinaire sensibilité des surdoués, non seulement pour eux-mêmes, mais leur sensibilité aux autres, la reconnaissance des symptômes d’une implication mentale insuffisante ; l’importance d’être en compagnie d’autres surdoués, la nécessité de canaliser et de donner un objectif à une abondance d’énergie physique, sensuelle, intellectuelle et émotionnelle.

Parmi les défis interpersonnels particuliers auxquels sont confrontés les surdoués tout au long de leur vie (qu’ils soient seuls, en couple, ou en famille) il y a apprendre l’interaction avec le monde comme il va ; gérer les attentes et les pressions à respecter la norme ou y rester ; désamorcer hostilité inconsciente, ressentiment, antagonisme et sabotage dirigés contre eux, parce qu’ils sont perçus comme intellectuellement, créativement ou personnellement avantagés ; fixer des limites appropriées à l’utilisation de leurs capacités ; coopérer avec les autres et gérer les dilemmes quotidiens du surdon avec leurs proches, leur patron, leurs collaborateurs, leurs collègues de travail, leurs voisins, leurs conseillers, leurs professeurs et les autres membres des groupes auxquels ils appartiennent.

Nombreux sont les défis que les surdoués doivent relever pour développer pleinement leur potentiel et rester en bonne santé. Le plus beau cadeau qu’un thérapeute peut offrir à son patient surdoué c’est une valorisation sincère de ce qu’ils sont et de leurs capacités. Les professionnels qui veulent en savoir plus sur les surdoués pourront certainement aboutir à ce résultat.

42 thoughts on “Ce qu’il se passe quand un surdoué est mal diagnostiqué

  1. Bonjour j’ai ce problème comment puis je trouver le bon thérapeute ??? A cahque fois le sujet est évité la premiere fois je suis allez voir un psy gratuit a l’hôpital qui m’a fait passé des scanners … et qui voulait me faire prendre des medos pour que je parle moins vite etc ….

  2. Bonjour, merci pour votre brillant article. Pensez-vous qu’il puisse y avoir un lien entre précocité et TDI (Trouble Dissociatif de l’identité) ? Merci, bonne soirée

    1. James Webb est un psychologue américain très réputé sur le sujet du surdon, et ses livres sont des sources très inspirantes, dont,tout particulièrement celui consacré aux erreurs de diagnostic
      Voici ce qu’il dit en quelques mots que je traduis (au « chapitre « Multile Personnality Disorder and giftdedness »)
      « Bien que peu d’études formelles aient été conduites sur les troubles de la personnalité chez les surdoués, il semblerait que les deux puissent être liés. Les conclusions des professionnels de la Fondation Menninger sont que la plupart des patients atteints de troubles dissociatifs ont un vécu de maltraitance / négligence / abus sexuel pendant l’enfance. Leur haut potentiel leur a permis de créer des personnalités distinctes pour survivre« . (W. H. Smith personal communication, April 18, 1996).

  3. Bonjour,

    J’ai pas de questions mais j’aimerai poser un témoignage, ce qui aidera peut être d’autres personnes.
    J’ai maintenant 49 ans, je me souviens parfaitement de mes années d’enfance jusqu’à 3/4 ans.
    J’ai redoublé le CP 3 fois, enfant hyperactif et suivie par des psychologues, je bégayais, pourquoi ? parce-que mes idée allai plus vite que l’articulation de ma bouche, je voulais tout dire en même temps, je devais ralentir mes idée pour parler correctement.
    Des l’age de 7 ans, ma mère, ma fait mettre des un IME (Institut médico-éducatif), j’ai passé 5 années entouré d’enfants retardés pour pas dire tarés, ou avec des problème d’ordre orthophonique, psychologique etc… Suivie par un psychologue des éducatrices etc…
    j’ai quitté ce système a 12 ans, j’ai été propulsé en… CM1, je suis grand de nature imaginé le traumatisme de l’enfant, renfermé et timide maladif. CM2 à 13 ans et enfin le collège… direct en 4ème (CPPN, il ne faut pas rêver) pour le bien être de l’enfant j’avais 14 ans, a 15 ans 3eme CPA, avec stages en entreprise etc…
    Je suis rentré au lycée des art et de l’industrie a Nice par concours (1er), bon toujours hyper actif et loin des règles imposé, j’ai fait le con, donc viré de l’internat, j’ai du quitter ce lycée j’avais 16 ans, un peu de temps a passé (3 ans d’armé engagé volontaire), puis un apprentissage de serveur, dans un hôtel-restaurant puis a St-Tropez dans un 4 étoiles (déjà pas mal pour un retardé d’IME), j’ai été développeur de logiciel a Aix en Provence, et je suis maintenant gérant d’une société.
    Mon enfance en famille à été ponctué entre engueulade et coup de ceinture, mon père hyper colérique, supportait pas mon hyper-activité et plus il me tapait plus je faisais de connerie…
    Un exemple de mauvais choix fait a cause de mon environnement familiale, après mes examens pour rentré a l’armé, il ma été proposé l’école des Sous Officiers à Saint-Maixent, j’ai préféré partir dans un camps semi disciplinaire, juste pour montrer a mon père que je pouvais je faire…
    A 7 ans je lisais, oui j’étais lecteur des encyclopédie sur la génétique de mon père. J’ai un fils qui a passé son Bac STL (Biotech) avec mention. il va suivre des études en informatiques, et c’est moi qui lui donne des conseils, je l’ai aidé dans ses devoirs jusqu’en Terminal.
    J’aimerai maintenant que l’on imagine si enfant j’aurai été dans un institue pour enfant précoce ?…
    Quel aurait été mon parcours, ma vie et que serais je maintenant, moi qui pense être née 100 ans trop tôt…
    J’ai établie une théorie sur l’extinction des dinosaures, je cherche des truc sur l’électro magnétisme etc, pourquoi cela me démange t-il le cerveau ?
    Si vous avez un enfant précoce aidé-le, autrement il souffrira le reste de sa vie…

    1. « Quel aurait été mon parcours »…
      …. Oui mais voilà ça c’est passé comme vous l’avez vécu…. Et c’est certainement ce qui donne encore plus de force à votre témoignage et vous permettra d’en aider d’autres avec d’autant plus de légitimité que vous êtes passé par là et pouvez témoigner qu’on peut s’en sortir.

      Il me semble que ce n’est pas tant un deuil que l’apprentissage de l’estime de soi qui est en jeu dans cette remarque teintée de regrets que vous avez émise.

    2. Bonjour,
      Je crois me reconnaitre sur certains aspects de votre parcours
      Je savais lire dès 3 ou 4 ans et je pensais que c était mal d avoir déjà tout lu le livre de lecture au CP … Mes parents sont étrangers et maitrisaient mal le français, j étais le meilleur élève en français avec une moyenne exceptionnelle en orthographe…
      J ai parcouru l Encyclopédie TOUT L UNIVERS en attendant que mes camarades terminent la leçon du jour… Cela a amorcé une culture generale qui éblouit mes collègues car je n ai de cesse que d APPRENDRE… Ce pendant, je vis ce conflit interieur assez mal, je me sens si souvent incompris :(..

  4. Merci pour cet article fort intéressant !
    J’ai 23 ans et ai été diagnostiquée surdouée assez tard. Je passe de psychologue en psychologue en ayant l’impression que je reste incomprise, mais maintenant je vais m’intéresser à des spécialistes !
    Bonne continuation

  5. Bonsoir,

    Je suis tombée sur votre blog il y a trois heure. J’ai lu pas mal d’article, et j’ai beaucoup hésité a poster un commentaire. Enfant, j’ai toujours été un peu atypique, mais les autres m’appréciaient parce que je savait m’adapter à la personne que j’avais en face de moi. L’adolescence a été plus dure, et je me suis rendue compte de beaucoup de choses que je n’appréciait pas vraiment … J’ai toujours eu du mal à respecter les règles que je ne comprenait pas (encore aujourd’hui) et une pensée en arborescence que personne n’arrive à suivre. Peu de gens m’écoutent parce que j’ai un discours qui ne se suit pas (un peu comme maintenant, mais j’aurais tellement de choses à dire …), ils décrochent rapidement, et me revoilà seule, face à moi même, sans avoir personne pour m’écouter.
    Si on me demande de définir ma personnalité en un mot, je répondrais « miroir », parce que j’ai appris à me comporter comme les gens attendent de moi que je me comporte. Du coup niveau relationnel « en surface » le contact est facile, et les gens m’apprécient, je suis joviale et je ne me plaint jamais. Mais en réalité c’est tout le contraire! Et dès que je creuse un peu, je suis toujours déçue par la personne en face, parce que sa façon de penser ne me plait pas, parce que je la trouve vide, méchante, égoïste etc. Et les rares personnes que j’apprécie, je m’en entoure peu, lorsque je suis avec elles je me met « à leur niveau », et j’observe, je parle peu, parce que je serais encore incomprise, et inintéressante, et que je finirais par rentrer chez moi encore plus frustrée que je n’étais partie!
    J’aimerais consulter un thérapeute, mais je n’ai aucune confiance envers les « médecins » (toutes catégories comprise), je me suis présentée tellement de fois avec des maux « physiques » et j’ai presque toujours eu des réponses farfelues ou bien des « on ne sait pas ».
    Ça fait 5 ans (j’ai 23 ans) que je répète à ma mère que quelque chose « cloche » chez moi, j’ai d’abord pensé simplement souffrir d’une « simple » dépression suite à une rupture difficile, puis d’un passage entre les mains d’un pervers narcissique. Puis je me suis trouvée bi-polaire, borderline, dépressive à cause de ma pilule (lol), simple hypersensible et puis finalement j’ai laissé tomber.
    Mais aujourd’hui plus le temps passe, plus ça presse. Ma détresse grandit de jour en jour, je ne sais plus quoi faire. J’ai tout pour être heureuse, et pourtant! Je suis en pilote automatique, rien ne m’émoustille, mes seules émotions exacerbées sont les plus négatives. J’ai déjà pensé au suicide, mais j’ai toujours trouvé le suicide lâche, et j’ai l’espoir (en vain?) de jours meilleurs. Le pire dans tout ça, c’est que PERSONNE autours de moi n’a idée de mon (réel) désespoir car je feint la joie à merveille! Seul ma mère, et mon compagnon savent que « bon ça ne va pas trop mais voilà », mais je pense qu’ils n’arrivent pas à prendre conscience de la mesure de la chose …
    L’article sur le syndrome « pass » m’a particulièrement interpelée …

    Enfin bref, merci d’avoir lu jusqu’ici après le pâté que j’ai pondu, mais je ne sais plus quoi faire, j’ai peur de m’inventer encore quelque chose, j’ai peur d’aller chez un médecin et d’être mal diagnostiquée, d’entendre « on ne peut rien faire pour vous » ou bien de me voir prescrire une liste de médicament dont j’ai une trouille bleue …

    Que faire, s’il vous plait ??

    1. Bonsoir Quatia

      Merci de votre commentaire et du temps que vous avez passé à parcourir le site.
      .. Quoi faire ?… Peut-être serait il intéressant que vous continuiez à explorer la piste du surdon, en lisant la littérature qui lui est consacrée. Car il y a beaucoup de mots dans votre récit, qui résonnent de façon singulière et certainement connue de beaucoup d’entre nous sur ce blog…
      Je dispose d’une petite liste de thérapeutes que les lecteurs de Talentdifferent alimentent.
      Peut-être aurai-je des noms à vous proposer dans le département où vous résidez ? Ceci pourrait aussi vous être utile, il me semble…

  6. Bonjour à tous !

    J’ai une schizophrénie dysthymique et j’ai repris les cours en septembre en première année de philosophie option lettres modernes après avoir fait une décompensation psychotique en hypokhâgne. J’ai beaucoup de mal à suivre et à prendre des notes mais j’ai un aménagement pour cela. Mais le problème réside ailleurs : j’ai rendu un devoir et le prof n’a pas du tout compris ma logique : il m’a dit que ça allait dans tous les sens et que je n’avais aucune logique ! Je lui ai donc expliquer mon fil conducteur, qui, pour moi, faisait sens mais il a refusé de comprendre.
    Je voulais donc savoir si ma  » logique alambiqué  » était dû à ma maladie ou autres choses. Je me pose vraiment des questions quant à ma compréhension : j’ai l’impression d’être à côté de la plaque ou d’être débile…

    Faire un test serait-il pertinent ?

    1. Bonsoir Tanagra

      Au regard de ce que vous écrivez, je pense effectivement que rencontrer un neuropsychologue serait tout à fait adapté. Pas forcément passer un test tout de suite. Mais au moins débrouiller l’image et vous donner quelques repères.
      .. Idéalement, rencontrer un neuropsychologue au fait de ce qu’est le surdon serait évidemment bien adapté…

  7. Bonjour,

    Il y a quelques mois, j’avais laissé un long commentaire de « détresse » sur votre excellent blog, Cécile (sur le billet « Fragilités associées au surdon »). C’était en novembre 2014. Commentaire à la suite duquel d’ailleurs vous m’aviez envoyé une liste de spécialistes de la douance susceptibles de pouvoir me prendre en charge.

    Aujourd’hui, après ces quelques mois d’intenses hésitations (« est-ce que l’existence de la ‘douance’ n’est pas d’abord une théorie purement contingente, idéologique et relativiste ? Une des très nombreuses tentatives d’explications pseudo objectives de l’esprit humain comme on en trouve des dizaines et des dizaines à notre époque individualiste et narcissique ? Un bel écran de fumée dans lequel je risque de me perdre et de m’aveugler ? »), j’ai décidé de consulter un psy. J’ai deux rdv en juin : le premier avec l’un des psys qui figurait sur votre liste, et l’autre avec le centre Cogito’z. Je n’ai pas encore annulé le second, je ne sais pourquoi d’ailleurs, car Cogito’Z ne me tente pas, mais alors pas du tout. On va dire que je le garde « au cas où ».

    Jusqu’alors, je consultais une psy freudienne. Je n’ai pris conscience que très très récemment que je me forçais depuis deux ans à y aller, et que ça ne m’aidait que de manière aléatoire et surtout de manière minimale. En outre, moi qui ai pendant très longtemps soutenu et défendu l’existence de la psychanalyse et de certaines de ses théories, je commence à en revenir assez largement. Par ailleurs, Freud & Lacan, que j’avais pourtant défendus aussi par le passé, commencent à me sortir par les trous de nez (mais pas Jung par contre 🙂 )…

    Il y a des choses brillantes dans les théories psychanalytiques, et d’autres absurdes au possible. Ma psy est une bonne professionnelle, simplement je réalise à présent que ce que je vis et ressens va sans doute au-delà de ce que son entendement freudien et psychanalytique en général lui permet d’appréhender de moi, et peut-être de l’esprit humain dans sa globalité, et qu’auprès d’elle je stagnais (même si cette stagnation a aussi fait partie de mon raisonnement qui en est aujourd’hui arrivé au point que je suis justement en train de décrire dans ce commentaire), mais qu’elle n’y était cependant pour rien dans le surplace que je faisais. Et d’ailleurs, elle reste quelqu’un de très fiable en son domaine.

    Ceci étant, je dois bien dire que moi qui suis toujours bonne élève, je n’ai pas eu le courage d’honorer mon dernier rdv (disons-le clairement : pose de lapin pour la seconde fois de ma vie à l’égard d’un psy) pour lui dire que je ne voulais plus venir. Comment pourrai-je jamais lui exposer les vrais motifs qui sous-tendent et fondent cet acte de rupture ? J’en serai bien incapable.
    À l’heure qu’il est je n’ai toujours pas repris contact…

    Il m’a quand même fallu un paquet d’années avant de prendre conscience que la thérapie analytique traditionnelle ne pouvait plus m’aider, et que j’en avais épuisé les offres depuis bien longtemps… Ce qui est le plus difficile, c’est sans doute aussi de casser les raisonnements surmoïques fallacieux et alarmistes que l’on traîne dans sa tête, et qui font que l’on n’ose pas couper le cordon et sortir de la dépendance… Raisonnements qui nous ont été fourrés dans le crâne dès notre plus jeune âge par les parents, les maîtres d’école, puis ensuite par les employeurs et… certains psy eux-mêmes (« Tu dois écouter ce que les grands te disent car ils ont raison ; si tu ne les écoutes pas, tu iras droit dans le mur. Ne fais pas confiance à ton instinct car même s’il se présente sous les meilleurs aspects, c’est un fourbe qui prendra plaisir à te poignarder dans le dos à la moindre occasion. Ecoute-donc ta raison, et ta raison, c’est justement d’écouter celle des grands qui te connaissent mieux que toi-même »).

    Je suis confiante dans cette nouvelle direction que je prends. Il faut dire que j’en attends aussi beaucoup, puisque aujourd’hui, au niveau professionnel surtout, je suis en pleine sclérose, et complètement coincée quant à ce que je peux mettre en oeuvre pour me sortir d’un environnement professionnel néfaste. Ma phobie sociale que je pensais vaincue revient, cette fois-ci en milieu professionnel (incapable désormais d’aller aux réunions : crise d’angoisse et hypocrisie de mes supérieurs qui tantôt font mine de me comprendre et de m’autoriser à zapper les réunions, et tantôt me descendent en me disant que si je ne peux plus aller aux réunions, cela compromet mon contrat dans la boîte => merci, au passage, de me prendre pour un jambon parce que je me doute bien que si je n’ai pas la même info que le reste de la boîte ça craint un max pour mes fesses, pas besoin de me le dire mais en attendant, je ne fais pas exprès de péter des câbles en réunion !). Et j’ai beau détester ce que je fais et surtout la boîte où je bosse, j’ai besoin de sous pour assurer ma subsistance… même si c’est pourtant en annihilant lentement mais sûrement une partie de moi-même.

    J’espère donc que le nouveau psy que je verrai dès juin me donnera les béquilles dont j’ai besoin et surtout, me montrera comment je peux marcher à peu près convenablement avec !

    Voilà, désolée à nouveau d’avoir bien tartiné en racontant ma vie. D’un autre côté, je pense que cela fait écho à la traduction de cet article que vous aviez jadis proposée, Cécile.

    Merci pour votre attention et à bientôt 🙂 .

    1. Merci de ce témoignage AdrasteIa – merci de ce « point d’étape ».
      je croise les doigts pour que le/la thérapeute vous permette (enfin ?) d’avancer 🙂

      1. Merci Cécile.

        Je vous donnerai des nouvelles dans quelques mois, si d’ici là je me sens avoir avancé bien sûr.

        Les retours d’expériences de chacun racontés dans les commentaires nous sont sans doute utiles à tous, y compris à celui qui les poste.

        Bien à vous.

    2. « Tu dois écouter ce que les grands te disent car ils ont raison ; si tu ne les écoutes pas, tu iras droit dans le mur. Ne fais pas confiance à ton instinct car même s’il se présente sous les meilleurs aspects, c’est un fourbe qui prendra plaisir à te poignarder dans le dos à la moindre occasion. Ecoute-donc ta raison, et ta raison, c’est justement d’écouter celle des grands qui te connaissent mieux que toi-même »

      Ha ha ha, excellent, remarquablement bien résumé, merci Adrasteia 🙂

      1. Bonjour,

        ah oui pour ca, écouter les autres car ils savent mieux que toi ce qui est bon pour toi (c’est pour ton bien ….!).

        Là il faut en prendre en peu : c’est l’expérience des grands (et des vieux) qu’il faut prendre, car elle est toujours très utile.

        Mais il y a aussi les gens mal intentionnés qui te disent de te mettre dans le rang, car c’est comme cela qu’il faut faire (entendre par là que tu risques de gros ennuis sinon).

        Disons que là, je ne marche plus. On a beau m’avoir trainée dans la boue, je sais encore mesurer les conséquences de mes actes. Enfin, c’est surtout que mes actions dérangent les autres, mais seront bonnes pour moi.

        Pour faire cela et ne plus me voir assommer par les critiques des autres, j’ai du me dissocier : il y a la fille qui va au boulot (le bon petit soldat) et l’autre la VRAIE. Celle qui est totalement libre de penser et de voir ce qui est bon pour elle.

        Et ca marche….. à long terme je ne peux pas dire si ca sera bon pour moi, mais ca fait bien 2 ans que je fonctionne comme cela.

        Par contre, faut pas attendre grand chose au niveau créatif, car la créativité est bloquée du coup, mais bon, il y a longtemps que j’ai quitte le monde des vivants (au sens intellectuel du terme).

        Et je m’en sors bien, car sinon…. ca se serait mal terminé. Réaction de survie, réaction de protection.

        Dans ce cas d’une personnalité dissociée en 2, il faut quand meme gérer l’agressivité que ca engendre, c’est le revers de la médaille, pas le choix.

        Ces revers de médaille, c’est la conséquence qui arrive à une zèbre mal nourrie intellectuellement (ou plus nourrie du tout), mais le petit vélo est toujours là croyez moi……

        Cricri (l’agitatrice qui sème le chaos, mais un chaos raisonné et calculé, je ne suis pas prete à faire n’importe quoi non plus).

    3. Bonjour Adrasteia,
      Je rebondis sur votre commentaire car je le trouve très symptomatique des trop nombreux quiproquos entre patient et thérapeute. Que souhaite ce dernier ? (digne de ce nom d’après moi) que vous retrouviez l’usage de vos jambes, qu’elles vous permettent de gambader, courir, sauter. Que souhaite fondamentalement le patient ? C’et là toute le coeur d’une thérapie réussie : Si une personne pense avoir besoin de béquilles, elle se trompe de fournisseur : c’est chez le pharmacien qu’elle en trouvera. Accordez-vous le droit d’être bien capable de faire mieux que de savoir marcher convenablement avec des béquilles, je vous assure que c’est possible. Car le plus enthousiaste et le meilleur des thérapeutes ne peut rien si le patient n’y croit pas lui -même et n’envisage même pas qu’une marche autonome soit possible. Bon courage !

    4. Bonjour Adrasteia,

      Merci pour votre lien dans l’autre message.

      En tant qu’ex-thérapeute (eh oui j’avoue), une de vos phrases m’interpelle 😉
      Je crois qu’on se fait souvent toute une montagne de tout ce qu’on pourrait dire ou ne pas dire, quand on décide d’arrêter une thérapie, genre en posant un lapin par exemple ;-
      Personnellement, j’aurais tout à fait accepté de recevoir un petit mot dans ma boîte, avec les mots que vous utilisez dans ce message :

      « Je n’ai pas eu le courage d’honorer mon dernier rdv (disons-le clairement : pose de lapin pour la seconde fois de ma vie à l’égard d’un psy) pour vous dire que je ne voulais plus venir. Comment pourrai-je jamais vous exposer les vrais motifs qui sous-tendent et fondent cet acte de rupture ? J’en serai bien incapable. » etc

      Dire tout simplement ce qu’on pense, on n’y… pense pas ! Mais c’est parfois tellement plus facile. Puisque vous ne parlez qu’à partir de vous, de ce que vous ressentez, cela ne peut que toucher la personne, et aider à clôturer une démarche, autant de votre côté que du sien. Personnellement, je trouve ça très courageux.

      Moi, ce que j’espère pour vous, chère Adrasteia, c’est que votre nouvelle psy ne vous donnera pas du tout de béquilles, mais alors pas du tout (sauf si vous en avez besoin en vrai) 😉 ) J’espère que vous apprendrez à regarder avec elle que vous avez de très jolies jambes, et qu’elle vous donnera des pistes pour les entraîner pour de grandes foulées vers vous-même 😉

      Si votre psy travaille avec les émotions et le langage psychocorporel (écoute du corps, accueil des émotions, travail sur les ressentis et les postures… ), cela pourra vous aider encore plus.

      1. Entièrement d’accord avec vous Lena sur quasi l’ensemble de vos remarques, à une exception près qui reste toujours à envisager : que le thérapeute prenne mal votre sincérité, (égo susceptible, besoin d’être flatté voire admiré, n’avoir pas travaillé sur l’aspect ALTER EGO de sa discipline) J’en ai fait l’expérience l’an passé : un stage de 3 jours avec une « enseignante  » amérindienne. Pleine de sagesse, d’humilité et de profonde bienveillance ? Pas si simple ni caricatural que cela … Intuitivement, je pressentais que tous ces points étaient fragiles chez elle, ce qui m’avait mis mal à l’aise pendant ces 3 jours. Quelque temps plus tard, je lui envoyais un message très neutre sur ce sujet. Pas de réponse. J’insistai et lui renvoyais un message plus descriptif de ce qui m’avait heurté pendant ces 3 jours, et sans surprise, me voilà recevoir une réponse d’une phrase toute faite à deux sous : Mon ressenti était juste le bon. C’est tout. J’ai alors pensé que cette femme avait, tout autant que moi, mais sous d’autres aspects, bien du chemin encore à parcourir pour être un guide juste.
        Alors il faut avoir réfléchi au double courage que cela nécessite d’envoyer un message : courage d’écrire ce que l’on pense honnêtement en restant au centre de ce que l’on a mal vécu ( une séance, un propos, une attitude) , et courage aussi et surtout d’avoir réfléchi en amont à  » l’ indépendance de sa vérité  » c’est à dire travailler son autonomie à ne plus avoir besoin d’obtenir une reconnaissance extérieure de ce que l’on croit. Bref, être conscient que tout est possible à partir du moment où il y a interaction entre plusieurs personnes, que tout est vrai pour chacun, et que l’autre, quel qu’il soit, thérapeute ou non, joue  » sa partition », là où il en est de son propre cheminement. Cette expérience m’a beaucoup appris sur ce que doit être un bon thérapeute : Une personne digne de confiance, qui fait ce qu’il vous dit. Quelqu’un qui « marche dans ses paroles », disent les Amérindiens. Alors n’hésitez pas, à défaut de connaître les diplômes, les certifications et le parcours de vie de votre psy ou thérapeute, bousculez-le, testez-le , quitte à le provoquer pour voir où sont ses limites et de savoir (besoin vital du HPI d’être rassuré, avant tout) si vous pouvez lui faire confiance, et jusqu’où. Je n’ai rien fait, rien appris ni rien pu faire grandir en moi sans la confiance que j’ai pu -enfin- mettre dans deux ou trois personnes, guère plus, dans toute ma vie.

        1. Bonjour Corine et Lena,

          Merci pour vos longues et instructives interventions 🙂 .

          Lena, je suis bien entendu tout à fait d’accord avec vous. Je pensais de toute façon fortement à envoyer un courrier à ma thérapeute afin de lui expliquer ce que je n’ai pas su, pu, lui expliquer en face (je crois d’ailleurs l’avoir évoqué dans mon précédent commentaire).

          Avec, bien sûr, la somme due.

          Je sais que ce ne sera pas facile, mais c’est pourtant nécessaire et je me connais : je ne peux pas ne pas le faire !
          J’ai assez hurlé moi-même par le passé face aux amis qui disparaissaient sans laisser de traces – ce n’est pas pour faire de même. Bref. Assez parlé de ma vie.

          J’aime beaucoup la métaphore que vous employez toutes les deux à partir de celle que j’ai donnée, la métaphore des béquilles. Merci d’avoir développé l’image, je vois ce que vous souhaitez (me) signifier.

          Bien sincèrement,

          Adrasteia

          1. Bonjour,
            Je suis très sensible à ce que tu décris en termes de malaise professionnel. J’en suis rigoureusement au même point actuellement, je n’arrive plus à voir mes collègues, à aller en réunion etc . Je suis en plein changement de vie (démission de mon poste de fonctionnaire, aller vivre en yourte).
            Mon problème est que je suis paumé de chez paumé, mais alors gravement paumé en ce moment. Je viens de lire un peu au sujet de la « désintégration positive », je suis entre 3 et 4, c’est horrible à vivre, je n’arrive pas à avoir assez confiance en moi pour aller en 4 et y rester, j’oscille en permanence entre un sentiment d’aliénation mentale (je suis nul, je suis incapable d’accepter le réel tel qu’il est) et celui d’aliénation sociale (ce n’est pas moi le problème, mais la société dans laquelle nous sommes).
            C’est horrible de se sentir aussi seul et incompris.
            Et c’est horrible d’avoir l’interdiction de trouver la moindre satisfaction dans ma vie. Quelle interdiction ? Celle ancrée en moi par ma mère (si « surdon » il y a en moi, et si transmission génétique il y a, elle vient sans conteste du côté de mon père où il n’y a que des célébrités et des autistes légers) depuis tout petit petit, en substance : sois le meilleur, mais sois toujours modeste.
            Ca tombe sous le sens de rester modeste. Sauf que … sauf que … c’est difficile (en tous les cas ça l’a été pour moi toute ma vie et je viens d’avoir 40 ans aujourd’hui) de trouver la frontière, entièrement seul, entre « éprouver de la joie à faire quelque chose » et « se vanter ». Moi, d’aussi loin que ma mémoire remonte, dès que j’éprouvais de la joie à faire quelque chose, la phrase couperet tombait : « ça va, arrête de ramener ta fraise, beau, intelligent ET modeste, hein, ça suffit ». Et malheureusement, avoir posé le problème ne m’aide pas à le résoudre, à lever l’interdiction.

            Aujourd’hui, je n’arrive pas à déconstruire cette inaptitude au bonheur. Toujours l’impression qu’il est pour les autres, que ce que je fais n’est jamais, jamais assez bien, toujours améliorable etc

            Je suis également très sensible à ce que tu décris en termes d’insuffisance de suivi psy.
            Je compte moi aussi aller voir un ou une psy spécialisé.e, avec la même impression que les 6 mois hyper intenses que j’ai faits avec le précédent, il y a 5 ans, ne pouvaient pas m’être utile, que le psy ne me comprenait pas. L’impression qu’il voulait que je « prenne soin de moi », que je « pense à moi », que je devienne individualiste au lieu d’être altruiste (et non pas : un altruiste qui pense aussi un peu à lui), que je rentre dans une norme sociale … Bref, mon ressenti est qu’il pensait que j’étais en aliénation mentale et ça ne collait pas, ça ne me faisait pas aller mieux. (mais comme je suis complètement paumé et que mes récents déboires amoureux ne m’ont pas aidé, je n’ai plus la moindre confiance dans ce que je ressens, c’est balot. C’est en raison de ce manque de confiance abyssal que j’ai un peu de mal à m’auto-diagnostiquer en « surdon », en tous les cas avec ce terme et que je suis mal à l’aise à parler de ma déprime actuelle avec mes connaissances et à parcourir tous les sites internet qui en parlent)

            Enfin (je sors un peu de la réaction à ton commentaire, désolé), je m’en sors ces dernières années par une consommation excessive, voire massive, d’alcool et de cannabis. Je ne trouve rien sur internet sur l’effet (en profondeur) de ces substances sur les psychisme des personnes en « surdon ». Or, sans conteste, ces consommations ont radicalement changé mon type de handicap, le genre de mal-être que je ressentais avant n’est pas le même que l’actuel.

            Typiquement, avant, j’avais un esprit très très logico-déductif, une très bonne mémoire, une culture générale étendue, tout cela mettant entre les gens et moi une certaine distance : j’étais prétentieux, un petit con, ramène-sa-fraise, j’me-la-pète, arrogant, là où j’avais l’impression simplement de vouloir contribuer à alimenter les conversations, aider les gens. C’était très désagréable pour trouver ma place dans le monde de devoir me brider en permanence, de devoir jouer un jeu, présenter une façade correspondant à une normalité me permettant d’intégrer des groupes. C’était horrible de voir des gens faire des choses irrationnelles qui leur nuisaient et de ne rien pouvoir faire pour les aider, de ne pas savoir m’exprimer pour qu’ils se laissent aider par moi. (petite digression : cette description se veut factuelle, j’avais déjà identifié ça à l’époque comme source de non-bonheur. Une interprétation supplémentaire que j’en fait maintenant est que j’étais à 2 doigts du « génie mathématique » (en sciences physiques pour le coup) et que ce qui m’en a éloigné était les tempêtes émotionnelles en moi qui m’empêchaient, de plus en plus au fur et à mesure de l’adolescence, de mener un raisonnement trop long. J’avais de plus en plus de mal à réprimer mes émotions au profit de la raison. Je devenais donc doublement malheureux : en répression émotionnelle ET en début d’échec là où « j’excellais ».

            Je suis très sensible au cannabis qui a eu un impact sur moi de deux façons (je pense, mais il s’agit d’une auto-analyse donc un poil partiale :-)). 1. J’ai perdu depuis quelques années en vivacité d’esprit et surtout en mémoire (ce qui est frustrant puisque je suis passé d’une mémoire quasi-photographique à une mémoire de poisson rouge pour certaines choses). 2. J’ai ouvert la boîte à empathie réelle, ce que je traduirais en disant que je ressens désormais le monde au lieu de simplement le comprendre (avant, mes ressentis étaient massifs mais indistincts car refoulés en bloc, car ils n’étaient pas logiques).

            Et franchement, ça a été une des meilleures choses qui me soit arrivée … jusqu’à un certain point. Pour schématiser, ça m’a fait passer du stade 2 au stade 3 (bien qu’un peu caricaturale, je trouve que la description des stades par Dabrowski jette une bonne base pour décrire les choses) mais là j’en chie pour passer en 4 voire 5 si vous me passez l’expression.
            Ca m’a permis de me sociabiliser réellement, de trouver mon positionnement politique.
            Ca m’a fait comprendre des choses assez essentielles de mon fonctionnement interne, des répressions émotionnelles.
            Mais ça me montre aussi que jusqu’à maintenant, je suis une grosse merde qui systématiquement détruit ou sabote tout ce qu’elle commence à construire.
            Ca me montre à quel point la société dans laquelle on vit m’entrave au lieu de me libérer, même moi (alors que jusqu’à présent je ne le voyais que pour les autres), et je m’y sens impuissant.
            Bref, j’en suis au point que je décris en haut de ce mail, et c’est pas top.

            Ce message est le cadeau d’anniversaire un peu égoiste que je me fais à moi-même : trop déprimé pour sortir, répondre au téléphone et sms, pas de fête aujourd’hui. Je vous présente mes excuses pour sa longueur. Mais ça m’a fait du bien de l’écrire.
            Cordialement.

            1. merci de ce commentaire-partage bekyar (et bon anniversaire avec un peu de retard :))

              Peut-être, si vous en avez la possibilité, envisager un temps d’accompagnement en recourant l’EMDR et/ou la Gestalt therapy (et, serait mieux que ou….)
              L’EMDR aide à digérer les traumatismes (certains qui peuvent paraître infimes, sont des tsunamis pour ceux qui les ont vécus). Et la Gestalt permet d’aller à la rencontre de ses ressentis et d’écouter son corps, qui ne ment jamais. ce peut être là un moyen de trouver un équilibre.

            2. Même ressenti, même « vécu », même analyse, tout, tout…TOUT
              j’ai rarement été aussi touchée et ébranlée par un commentaire lu sur le net.

              FIND ME please…. 😉

          2. (Pardon pour une partie du commentaire précédent, ça y est, j’ai trouvé y compris sur votre site des réponses à mes questions sur le cannabis)

          3. Bonjour Bekyar,

            Merci pour votre commentaire en réaction au mien – mais aussi et surtout « commentaire cadeau d’anniversaire » à votre attention – et vous avez bien raison !

            Comme Cécile, bon anniversaire ! avec quelques heures de décalage.

            Je ne connais pas le concept de désintégration positive que vous évoquez, bien que j’en aie déjà entendu parler.

            Vous écrivez : « Je viens de lire un peu au sujet de la « désintégration positive », je suis entre 3 et 4, c’est horrible à vivre, je n’arrive pas à avoir assez confiance en moi pour aller en 4 et y rester, j’oscille en permanence entre un sentiment d’aliénation mentale (je suis nul, je suis incapable d’accepter le réel tel qu’il est) et celui d’aliénation sociale (ce n’est pas moi le problème, mais la société dans laquelle nous sommes). »
            Je pense être exactement les fesses entre deux chaises, coincée comme vous à cet endroit-là et entre ces deux perceptions de soi et du monde qui entrent en conflit.

            Je pense qu’il y a en réalité un peu des deux… Nous vivons dans une société schizophrène, dans laquelle on nous apprend très tôt que nous pouvons être tout ce que nous voulons et faire tout ce que nous voulons aussi (« parce que tu comprends, on est en démocratie quoi » => définition bien fallacieuse et bien dangereuse de la démocratie en réalité !), pour peu que nous nous donnions du mal pour parvenir à atteindre nos « rêves ». Or c’est faux. La nature n’est pas égalitaire. L’économie non plus. Donc oui, on nous conditionne pour porter de grands idéaux en nous, et on « apprend » à ne surtout pas transiger là-dessus. Or, les gens deviennent malades de nos jours par le fait même que leurs grands idéaux, rentrés dans leur crâne de force par le surmoi sociétal, se heurtent justement à la réalité d’une société qui n’a en fait rien d’idéal, et qui n’ose pas se regarder en face sur ce point-là.

            De là, deux choses : la première est que la société actuelle nous rend malade (surtout en l’absence de principe transcendant. Par ex., il y a quelques siècles, vous auriez été un pauvre serf baignant dans la fange, vous auriez peut-être pu accepter plus facilement votre sort parce que vous auriez cru en Dieu… Je simplifie énormément (des contre-exemples historiques de « révoltes de serfs » le montrent 🙂 ) mais l’idée est là. De nos jours, « Dieu est mort », pour reprendre le terme de Nietzsche. Or donc, comment accepter notre sort ici-bas si l’on ne croit plus qu’il y a quelque « normalité cosmique et destinale » à souffrir et à en baver, et si l’on ne croit plus en un arrière-monde qui nous accueillera après notre passage sur terre ?) de par les deux lois contradictoires et a priori inconciliables qui la régissent : la première étant la loi de la nature, logiquement inégalitaire, et la seconde, la loi narcissique de l’individu qui pense que la nature devrait se plier au moindre de ses désirs. La première est un fait contre lequel l’on ne peut lutter, et avec lequel on doit apprendre à composer ; la seconde a quelque chose qui relève du fantasme et dont l’influence distillée à trop forte dose dans notre esprit peut saboter notre équilibre mental.

            L’autre chose, c’est qu’une fois que l’on a fait ce constat terrible, alors l’on peut justement, ou peut-être, se demander par quels moyens l’on peut travailler sur soi, afin de pouvoir accepter cet état de fait naturel d’une part, et comment, dans la marge de manœuvre peut-être étroite qui est la nôtre, l’on peut s’en sortir, nous satisfaire de notre existence, même imparfaite.

            Je ne sais pas si je me suis bien exprimée sur ce dernier point…

            Bon courage en tout cas Bekyar, j’espère que vous trouverez la sérénité 🙂 .

      2. Connaissez-vous le conte des Souliers Rouges ?
        La fin est terrifiante, car la petite fille n’a d’autre choix pour continuer à vivre et s’en débarrasser que de se couper les pieds puisque les souliers qu’elle y portent refusent de s’en désolidariser… Et toute la fin de sa vie, elle marchera en retrait derrière ses soeurs puisque n’allant plus à la même vitesse.
        Lorsque j’ai découvert ce conte, cela m’a profondément ému.
        J’étais alors dans cet acte d’une violence extrême que de me séparer de mes souliers vernis. Ce que j’ai par contre découvert après de longues souffrances, c’est qu’au bout de mes jambes, il n’y avait point de moignon ! Mais bien deux grandes ailes pour voler en toute liberté.
        Finalement, la béquille ne ressemble-t-elle pas à ces chaussures illusoires ? Ne serait-elle pas un arbre qui cache la forêt dont on a si peur d’aller voir ce qui s’y passe. Car derrière les premiers arbres sombres, il y a tant de clairières où se reposer.

        La confiance avec un thérapeute vient de cette envie à partager. Professionnel ne veut pas dire insensible, sans humanité. Le pro est fait du même bois que nous et lever les non-dits comme des lièvres et les remettre en liberté, c’est une bonne clé pour progresser. Dire ce que l’on pense de l’autre ne met pas en péril ni l’un ni l’autre, cela éclaire et positionne.

        Et comment progresser si l’avis est unanime ou caché…

        J’ai bénéficié en janvier-février d’une prise en charge dans une structure pour dépressions nerveuses. Ce séjour a été pour moi très salvateur. La fin a été « bizarroïde » puisqu’un peu précipité. Il semble que j’ai destabilisé le psychiatre responsable. Cependant, lors de notre dernier entretien, il m’a fait savoir que si d’aventure je devais revenir par chez lui, je serais la bienvenue mais qu’alors il me faudrait accepter sa manière de faire, à savoir : prendre les traitements médicamenteux.
        Je lui ai répondu ceci : « Dommage que vous réduisiez votre établissement à des traitements allopathiques. Car ma guérison que j’ai pu aguerrir ici n’en résulte aucunement. C’est l’équipe et son énergie, avec une écoute, une bienveillance et l’acceptation de mon être qui m’a été le plus profitable. »
        Je ne crois pas que le psy changera sa manière de faire pour l’ensemble de ses patients qui a besoin de ce type de traitement. Cependant, lorsqu’il rencontrera une personne dans le futur ayant le même comportement que moi, retiendra-t-il mes propos et adoptera-t-il alors d’autres réponses ? J’aime à croire que cela se produira, car l’homme est pourvu d’intelligence, c’est ce qui le fait être lui.

    5. Je pense avoir rencontré des situations très similaires aux vôtres, des difficultés avec ma famille, mes amis, dans mes relations de couple, et bien entendu avec moi même…
      Je m’intéresse à trop de choses, suis dispersé. Je peux m’exalter et me décevoir rapidement, les journées sont trop courtes et cela m’angoisse un peu. Au fond, je sens que si je gagnais en « sagesse », j’aurais moins l’angoisse de ne pas parvenir à assouvir ma boulimie de savoir, enfin surtout de vouloir comprendre le monde avec ceux qui m’entourent, mais également les phénomènes complexes, qu’ils soient d’ordre scientifiques philosophique ou psychologiques. Mon esprit cavale en permanence, inassouvi, souvent frustré, parfois sombre voire tourmenté.
      Il m’est si difficile de supporter l’idée de ne pas essayer de tout comprendre, de lâcher prise… Et pourtant, j’en viens à me convaincre de plus en plus, que cela me serait salutaire.

      1. Bonsoir CyberCourgette.
        Merci pour votre témoignage.
        … En fait, vous êtes un candidat idéal pour la méditation de pleine conscience !
        Mais si rester immobile est stressant, il y a une autre solution : c’est « faire », c’est à dire, produire quelque chose de vos mains. Quoi que ce soit, vous concentrer sur votre obkectif de résultat vous évitera de vous épuiser à penser.
        Car c’est pour notre population le risque principal : se perdre dans ses pensées qui, au final, son ts stériles si elles ne sont jamais mises en application. On tourne en rond, c’est très anxiogène.
        Faire,produire de ses mains, c’est, certes, s’exposer à ,e pas faire parfaitement. Mais là n’est pas le plus important. Faire, c’est une façon d’évacuer ce qui vous encombre la tête et vous épuise.
        Et puis, même si ce n’est pas parfait, c’est quand même fait et perfectible (… et on y prend même un certain plaisir à l’améliorer !)

  8. Cela fait bientôt 50 ans de souffrances et de frustrations et je viens de lire vos commentaires enfin!!! c’est comme trouver l’école des Xmen
    j’ai failli aller au suicide combien de job où parce que j’allais plus vite je me suis fait casser, combien de fois dans période scolaire j’étais mis au banc combien de brimades parce qu’effectivement je répondais, quel ennui à l’école, j’espère pouvoir rencontrer des gens qui ont vécu et vu que ce qui est privilégié c’est la médiocrité existe t il un lieu une association j’ai besoin de parler
    Merci à vous tous
    Eric

    1. Bonsoir Eric,

      le besoin de parler et la rapidité de tes idées se ressentent dans la structure de ton message.

      Sur ce blog, tu peux raconter dans le détail, tu n’est pas jugé. Il faut se livrer, meme si ca prend des pages…. Cela va te permettre de faire le tri, et surtout le point.

      Bonne découverte…. d’une partie de toi-même qui gagne à ne te rendre que des services, pour peu que tu saches l’écouter, et accepter ses aspérités et ses excès parfois.

      Cricri

  9. Je souhaite redonner espoir aux déprimés confrontés à des entreprises inadaptées, je compatis pour l’avoir vécu (sans comprendre à l’époque). Sachez qu’il existe cependant des organisations dont le fonctionnement permet au précoce de travailler à son rythme, de développer des méthodes de travail qui lui permettent d’optimiser son potentiel et donc son épanouissement. C’est ce que je vis depuis 10 ans… Maintenant que je sais que je suis précoce, lorsque je repasse le cours de ma vie avec ses lots de difficultés, je comprends pourquoi j’ai quitté un poste « prestigieux » dans l’industrie pour exercer le même métier mais dans une association (800 salariés quand même !) où je suis justement appréciée pour ma créativité et ma réactivité. Il ne faut certainement pas généraliser mais le monde associatif ne semble pas régit par les mêmes codes (les notions de performance, d’enrichissement, de carrière sont moins prononcées) que dans l’entreprise, le précoce ferait-il donc moins peur ?

  10. « ce que je ressens une immense lassitude,car notre monde éloigne les surdoués du bonheur,ils sont totalement incompris,attire sur eux,la jalousie des médiocres,et vivre est pour cette grande intelligence hypersensible un enfer,le monde qui m’entoure me rend triste,je suis cet adulte en question »
    Le surdoué est écarté de l’entreprise (structure économique chargée de la création de valeurs) par des petits chefs autodidactes par ces fameuses évaluations qui ne reposent que sur du ressenti… »Si je note sérieusement et honnêtement cette personne, il va me passer devant moi qui ai mis 15 ans pour franchir le premier grade… » Autant le faire passer pour un C…
    Tentation suicidaire en entreprise: pourquoi travailler à fond alors que je vais être systèmatiquement dévalué, humulié ?

    1. Bonjour Bob
      A l’heure des évaluations annuelles, je suppose que vous ne serez pas seul à penser ainsi…
      L’enjeu est la définition d’objectifs clairs, qui laissent peu de place à la subjectivité, et la mise en oeuvre de techniques de communication
      destinées à donner à son environnement professionnel les signaux qu’il attend (être rassuré).
      Facile à dire, moins facile à faire, à mettre en oeuvre(et c’est fatigant). Mais ça marche. Je peux en témoigner .
      L’accompagnement est important, pour nous aider à mieux comprendre ces attentes.

  11. Bonjour,

    Merci pour cet article.
    Je viens de découvrir (hier) que bon nombre de mes souffrances pouvaient être clairement liées au fait d’être plus doué en intelligence que la moyenne. J’ai été « diagnostiqué » comme étant dans ce cas vers 20 ans. J’en ai 26 aujourd’hui et cela ne m’a jamais rien apporté. Je suis une boule de nerf depuis que j’ai découvert le lien entre mes souffrances et mes qualités intellectuelles. Comment trouver un thérapeute compétent sur cette question ? Merci pour votre aide.

    1. Bonsoir

      Je pense qu’il sera quand même préférable de parler d’intelligence différente,
      soit une approche qualitative et non pas seulement quantitative.
      Quant aux coordonnées d’un thérapeute, je vous ai répondu par ailleurs.

  12. je ressens une immense lassitude,car notre monde éloigne les surdoués du bonheur,ils sont totalement incompris,attire sur eux,la jalousie des médiocres,et vivre est pour cette grande intelligence hypersensible un enfer,le monde qui m’entoure me rend triste,je suis cet adulte en question.Merci à vous amicalement marc

    1. Bonjour Marc
      J’espère que cet espace vous permettra, d’une façon ou d’une autre, de trouver des moyens pour alléger cette tristesse.

  13. No comment… j’en profite pour dire un grand: MERCI Cécile !

    Cet article est tout simplement l’un des plus explicatifs que j’ai pu trouver. Continuez comme ça !

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