De la diversité

L’intégration est essentielle, c’est-à-dire l’acceptation de chacun dans sa différence, en apprenant à chacun à respecter la différence de l’autre.

Mais changer soi-même est difficile – beaucoup plus facile d’attendre de l’autre qu’il/elle change, beaucoup plus facile de stigmatiser quand la mise en conformité tarde. Alors il est facile d’exclure, et les murs se dressent. Tout est en fait question de point de vue et de représentativité, les situations peuvent évoluer avec le temps.

Extrait du « Manuel de formation pour le Management de la Diversité » édité par la Société Internationale pour la Diversité dans le Management (en anglais International Society for Diversity Management) paru en septembre 2007 à la demande de la Commission Européenne dans le cadre de sa politique de lutte contre la discrimination (texte disponible en français sur internet sur le site de la Commission) :

Dans une petite ville de banlieue, une girafe s’était fait construire une maison répondant aux besoins spécifiques de sa famille. C’était une maison merveilleuse pour les girafes avec des plafonds très hauts et de grandes portes. De hautes fenêtres offraient une luminosité maximale et une jolie vue tout en protégeant l’intimité de la famille. D’étroits couloirs permettaient de gagner de l’espace sans pour autant nuire au confort. La maison était si bien construite qu’elle gagna le Prix National de la Maison de Girafe de l’Année. Le propriétaire de la maison était très fier.

Un jour, alors qu’il travaillait dans son atelier de menuiserie dernier cri situé dans son sous-sol, Monsieur Girafe aperçut, par la fenêtre, un éléphant descendant la rue. « Je le connais », pensa-t-il. « Nous avons travaillé ensemble au comité des parents d’élèves. Il est, lui aussi, un excellent menuisier. Je pense que je vais lui proposer de venir visiter mon nouvel atelier. Nous pourrions peut-être même travailler ensemble sur certains projets ». Monsieur Girafe passa donc la tête par la fenêtre et invita l’éléphant à entrer.

L’éléphant fut enchanté, il avait apprécié travailler avec Monsieur Girafe et il se réjouissait d’apprendre à mieux le connaître. De plus, il connaissait l’existence de l’atelier et souhaitait le visiter. Il se dirigea donc vers la porte du sous-sol et attendit qu’on lui ouvre.

« Entrez, entrez », dit Monsieur Girafe. Mais il fut immédiatement confronté à un problème. Bien que l’éléphant pût passer sa tête par la porte, il ne put aller plus loin. « C’est une bonne chose que nous ayons construit cette porte de façon à ce qu’elle puisse être agrandie pour faire rentrer mon matériel de menuiserie » dit Monsieur Girafe. « Donnez-moi une minute pour que je résolve notre problème ». Il enleva quelques boulons et quelques panneaux afin que l’éléphant puisse entrer.

Les deux amis échangeaient gaiement des histoires de menuiserie quand Madame Girafe passa sa tête par les escaliers du sous-sol et appela son mari : « Téléphone, chéri, c’est ton patron ». « Je ferais mieux de le prendre en haut » dit M. Girafe à l’éléphant. « Je vous en prie, faites comme chez vous, cela peut être un peu long. »

L’éléphant regarda autour de lui. Il vit une pièce à moitié finie sur le tour à bois dans le coin de la pièce et il décida de l’examiner plus avant. Alors qu’il passait par la porte qui menait à l’atelier, il entendit un inquiétant craquement. Il recula en se grattant la tête. « Peut-être devrais-je rejoindre Monsieur Girafe à l’étage ? » pensa-t-il. Mais alors qu’il commençait à monter les escaliers, il entendit ces derniers commencer à craquer. Il sauta et tomba à la renverse contre le mur qui lui aussi commença à trembler. Alors qu’il était assis là, sous le choc et consterné, Monsieur Girafe redescendit les escaliers.

« Que diable se passe-t-il ici ? » demanda Monsieur Girafe avec stupéfaction. « J’essayais de faire comme chez moi » répondit l’éléphant. Monsieur Girafe jeta un coup d’œil alentour. « Ok, je vois le problème, l’embrasure de la porte est trop étroite. Il faut que nous fassions en sorte que vous maigrissiez. Il y a une salle de sport à proximité. Si vous suiviez quelques cours d’aérobic, nous pourrions réduire votre taille ». « Peut-être », dit l’éléphant sans grande conviction.

« Et les escaliers sont trop fragiles pour supporter votre poids » poursuivit Monsieur Girafe. « Si vous preniez des cours de danse le soir, je suis sûr que vous pourriez être plus léger sur vos pieds. J’espère vraiment que vous le ferez, j’aime bien vous avoir ici ».

« Peut-être » dit l’éléphant. « Mais à dire vrai, je ne suis pas sûr qu’une maison conçue pour une girafe puisse convenir à un éléphant, à moins de faire quelques aménagements majeurs. »

(D’après R. Roosevelt Thomas, (1999) Building a House for Diversity, New York, American Management Association, pages 3 – 5)

Tant que l’absence de diversité a relevé de la décohésion sociale « on » n’y pouvait pas grand chose, la mobilisation était laissée à la charge de la seule puissance publique qui ne peut pas tout en la matière.

Je fais d’ailleurs un rapprochement avec cette phrase de Jean Gandois trouvée il y a une vingtaine d’années (déjà) dans un rapport du Plan, « la notion d’ethnie apparaît à défaut de celle de citoyenneté« . Quand on est exclu(e), il est important de savoir que l’on appartient à un groupe. Avec tous les risques de déstructuration sociale auquel ce réflexe profondément humain peut conduire.

Mais quand l’absence de diversité conduit à la perte de performance… ou mieux, quand la diversité favorise la performance (quand, par exemple, les fabricants de petit outillage de bricolage ont compris que les femmes bricolaient, il y a eu développement des outils portatifs), alors, le monde du travail s’en empare ! Pour de nouveau diffuser dans la société toute entière. La diversité favorise l’inclusion. La politique d’inclusion ne répond plus à une attente sociale jugeante mais à une recherche de performance améliorée.

« La question clé du Management de la Diversité est : Comment construire ensemble une maison – notre entreprise – dans laquelle toute la diversité soit respectée, où elle puisse trouver toute sa place, et où on y ait activement recours ? »

En France, il existe une Association Française pour le Management de la Diversité.  En mai 2017, l’Association a fait paraître un rapport  sur « La Fonction Diversité – Enjeux, compétences et trajectoires »

En voici le texte d’introduction

« La fonction de « responsable diversité » a fait son apparition parmi les 17 métiers décrits par l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) dans son 2e Référentiel des métiers de la fonction RH, publié en 2013 . Elle est décrite comme l’un des principaux métiers émergents dans le champ de la gestion des ressources humaines, à côté de celui de « contrôleur de gestion sociale » ou de « consultant spécialisé dans les risques psychosociaux ».
En France, cette fonction s’est institutionnalisée dans les grandes organisations de travail, privées comme publiques, depuis la deuxième moitié des années 2000, dans un contexte de renforcement du droit antidiscriminatoire et des mobilisations d’« entrepreneurs de la diversité » dans le monde des affaires.

En désignant un ou une responsable diversité, parfois à la tête d’un service composé de plusieurs personnes, les grandes organisations de travail françaises se sont alignées sur des pratiques en vigueur depuis plusieurs décennies aux États-Unis, et qui se sont diffusées dans de nombreux autres pays depuis lors. »

En 2016, l’Association n’avait pas entendu parler des surdoués. Mais Airbus en est l’un des membres.

Alors espérons que l’initiative My Gifted Network fera tâche d’huile !

… Avec une pensée pour les surdoués handicapés. Les a priori sont encore très importants qui laissent penser que handicap physique est associé à retard intellectuel…

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