Dépression existentielle et désintégration positive de Dabrowski par JT Webb (1 / 3)

Je souhaite associer au billet précédent un document rédigé par JT Webb et que celui-ci m’a transmis il y a quelques jours.

Paru en février 2009, vous pouvez en trouver le texte original en cliquant sur son titre « Dabrowski’s Theory and Existential Depression »

Il s’agit d’un texte d’une quarantaine de pages qui reprend plus en détail et élargit la thématique abordée précédemment.

Au regard de la longueur tout autant que de l’intérêt que j’ai trouvé à ce document, ce billet est le premier d’une série de 3 qui sont la traduction d’une quinzaine de pages de ce document qui ont plus particulièrement retenu mon attention. Ceux qui seront intéressés pourront ensuite se plonger plus en détail dans le texte original.

– le premier billet présente les liens qui existent entre la dépression existentielle et la théorie de la désintégration positive de Dabrowski. Il présente également quelques points concrets qui me semblent utiles pour mieux ancrer sa réflexion sur le sujet quand on veut progresser (sensibiliser à la dépression des individus surdoués et aux risques de suicide qui peuvent y être associés est l’origine de mon travail de recherche).

Le texte de JT Webb fait référence à Rollo May et à Heidegger que certains pourront utilement citer à leur thérapeute si celui-ci est dubitatif quant à ce qui touche le surdon.
Il cite également la « zone de tolérance » intellectuelle mentionnée par Arthur Jensen. Certains pourront se retrouver dans le ressenti d’un enfant qui exprime se sentir tel un extra-terrestre qui attend de pouvoir rentrer chez lui.

– le second et le troisième billet qui paraîtront sont plus applicatifs, proposant des exercices de développement personnel.

Et en exergue du texte de JT Webb, cette réflexion de Woody Allen : » C’est très dur de garder le moral. Vous devez passer votre temps à vous vendre à vous mêmes des tonnes de choses et certains sont bien meilleurs que dd’autres pour se mentir à eux-mêmes. Si vous regardez trop la réalité en face, elle vous tue« .

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Longtemps avant que je ne découvre la théorie de Dabrowski, je connaissais et avais compris la dépression existentielle. En fait, je la connaissais à titre personnel, pour l’avoir moi-même vécue. Comme tant d’autres leaders dans différents domaines, tout particulièrement tous ces hommes et ces femmes qui ont un engagement profondément passionné pour une « cause » (quelle soit d’ordre religieux, gouvernemental, sanitaire, environnementale ou relève de l’éducation), je l’ai vécue parce que je voyais bien que le monde n’était pas comme je pensais qu’il aurait du ou pu être. Il y a eu plusieurs périodes de ma vie pendant lesquelles j’ai été tellement abattu qu’il me fallait vraiment faire des efforts pour remarquer le bonheur autour de moi. Le résultat de tout ceci est que maintenant, quand je pense à la dépression existentielle, ça ravive en moi en les ramenant à la surface de ma conscience, toutes les pensées et les sentiments que, la plupart du temps, je préférerais ignorer ou éviter – des pensées noires, sans espoir au sujet du monde qui nous entoure.

J’ai fini par réaliser qu’une fois que l’on devient conscient de ça, et impliqué dans cette réflexion sur les questions existentielles, on ne peut plus revenir en arrière, au temps où on ne se posait pas de question. Comme le dit le proverbe, « on peut tirer sur une corde, on ne peut pas la pousser ». Comme tant d’autres, je continue à gérer tant bien que mal ces questions qui ont un tel impact sur moi, ainsi que les moments de dépression qui les accompagnent souvent.

A la vérité, ces moments de dépression chronique ne sont pas forcément une mauvaise chose.

Après tout, c’est un reflet de mon insatisfaction sous-jacente avec la façon dont sont les choses, dont je suis, dont le monde est ; c’est ce qui me pousse à continuer à me battre pour donner un sens à ma vie et aider les autres à y trouver aussi un sens. Mais je dois bien admettre que parfois, j’envie les gens qui n’ont jamais connu ce genre de dépression.

Pages 4 et 5

Au fil de mes études, j’ai commencé à voir au-delà des apparences, les hypocrisies et les absurdités dans la vie de tant de gens autour de moi… y compris chez mes parents et moi-même, et j’en suis arrivé à vraiment être dépressif. Fort heureusement, un professeur de psychologie bienveillant m’a permis, en le rencontrer sur plusieurs séances, de me décharger de ma colère et de mes désillusions. Autrement,  j’aurais certainement implosé. Grâce à ce professeur qui, à bien des égards, m’a sauvé la vie, j’ai progressivement appris les moyens de gérer ce mécontentement et cette dépression, de telle façon que j’ai pu agir pour moi plutôt que contre moi.[…] J’ai aussi appris que beaucoup d’autres avant moi (certainement ceux qui pratiquaient autant l’introspection qu’ils étaient idéalistes), avaient eu à se débattre avec des questions existentielles similaires et avec la dépression existentielle.

[C’est à cette époque que] le psychologue humaniste Rollo May a fait paraître un livre intitulé « Existence: une nouvelle dimension en psychiatrie et psychologie » (1967). Ce livre a éclairé tout un pan de la psychologie qui était centre sur les questions existentielles.

May devint l’un des spécialistes les plus célèbres de la psychologie existentielle, et son livre continue à être un classique. Ce livre est fondé sur les écrits du philosophe Martin Heidegger qui a souligné l’importance de la phénoménologie – le phénomène d’être conscient de sa propre conscience de l’instant —. Heidegger a écrit sur ce sujet du “Dasein” , “être là” vivre l’instant présent en se sachant le vivre et veillant à ressentir pleinement la façon dont on le perçoit.

Le livre de référence de May mentionne  d’autres auteurs qui se sont centrés sur les applications de la conscience existentielle à la psychanalyse et la psychothérapie, soulevant des  questions fondamentales pour les thérapeutes, telles que « Comment sais-je que je suis en train de voir le patient tel qu’il est vraiment, dans sa propre réalité, plutôt qu’une projection de nos théories à son sujet ? » – ou bien encore « Comment pouvons nous savoir que nous voyons le patient dans son vrai monde… qui est pour lui, unique, bien concret, et en même temps différent de nos théories générales sur la culture ? » (May, 1967, pp. 3-4). Ou, dit autrement : “…qu’est-ce qui est vrai sur un plan abstrait,  et qu’est ce qui est existentiellement réel pour cette personne donnée ?” (p. 13). En tant que thérapeutes, nous n’avons jamais participé directement au monde de nos patients, et pourtant, nous devons trouver un moyen d’y exister si nous voulons avoir une chance de vraiment les comprendre.

[…]

Page 6

Blaise Pascal a bien compris l’expérience de la conscience existentielle quand il écrit « Quand je considère la petite durée de ma vie absorbée dans l’éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis et même que je vois abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraye et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m’y a mis? Par l’ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a(-t-)il été destiné à moi?»

La notion de cette absurdité de l’existence – irrationnelle au point ne pouvoir être expliquée ou comprise par des mots ou des concepts –  a été décrite par Kirkegaard et plus tard reprise par Camus, Kafka et Sartre.

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En grandissant, les enfants surdoués peuvent trouver que même leurs proches ne sont pas préparés à discuter ni même à envisage des sujets aussi lourds.
Ils “peuvent avoir à ratisser loin et large pour trouver des pairs capables de partager leurs intérêts parfois ésotériques ou même pour trouver quelqu’un capable de rire à leurs blagues un peu tordues. Ce défi  poursuit les jeunes adultes sur leur lieu de travail, où le job de début de carrière dans lequel ils peuvent se retrouver conduit à les faire se sentir perdus dans la foule, incapables de trouver des pairs avec lesquels ils pourraient au contraire ressentir un vrai sentiment d’être connectés» (Fiedler, 2008, p. 170).

Bien qu’ils cherchent à être sociables, les individus surdoués sont souvent confrontés à ce qu’Arthur Jensen (2004) a décrit comme une « zone de tolérance » intellectuelle : s’ils veulent espérer avoir une relation durable et qui ait du sens, il leur faut rencontrer quelqu’un qui ait un QI proche du leur, à plus ou moins 20 points. Hors de cette zone, les différences en matière de rapidité de pensée et de spectre d’intérêts seront telles que ceci conduira inévitablement à de l’impatience, à de l’insatisfaction, à de la frustration et à des tensions entre les protagonistes de la relation.

[…]

Surdoués, enfant comme adultes, sont souvent surpris de réaliser qu’ils sont différents. C’est douloureux pour eux de s’entendre critique par les autres pour être trop idéalistes,  trop sérieux, trop sensibles, trop intenses, trop impatients, ou pour avoir un sens de l’humour trop bizarre. Tout particulièrement à l’entrée de l’adolescence, les enfants surdoués peuvent se sentir seuls dans un monde absurde, arbitraire, qui n’a aucun sens, et qu’ils se sentent impuissants à changer. Ils peuvent avoir le sentiment que les adultes qui sont responsables d’eux ne sont pas à la hauteur de l’autorité qui leur est dévolue. Ainsi que les décrit un enfant, ils se sentent « comme des extra-terrestres abandonnés attendant que le vaisseau mère revienne les récupérer pour les ramener chez eux »  (Webb, Amend, Webb, Goerss, Beljan, & Olenchak, 2005, p. 136)

Ce sentiment d’étrangeté provoque chez eux des difficultés sociales et émotionnelles  avec leurs pairs en âge, tout autant qu’avec leurs professeurs, ce qui ne peut qu’être des éléments supplémentaires pour conduire à la dépression.

Quand à leur intensité s’ajoute leur multipotentialité (surdon dans plusieurs domaines), ces jeunes gens peuvent alors en arriver à être frustrés des limitations existentielles que sont le temps et l’espace. Bien qu’ils s’efforcent de caser une activité de 27 heures dans le cadre des 24 heures quotidiennes, il n’y a tout simplement pas assez de temps pour développer tous les talents et intérêts qu’ils peuvent avoir. Ils doivent faire des choix, mais alors, faire des choix parmi autant de possibilités, ce n’est vraiment pas juste, c’est même tout simplement arbitraire ; or il n’y a pas de choix « définitivement judicieux ».

Pages 10 et 11

[…] Dans la théorie de la désintégration positive [de Dabrowski] de nombreux concepts   expliquent pourquoi les surdoués, enfants comme adultes, peuvent être plus particulièrement prédisposés à ce type de dépression  (Mendaglio, 2008b). Fondamentalement, Dabrowski a noté que les personnes dotées d’un plus grand potentiel de développement – une  prédisposition naturelle, constitutive de la personne qui inclut un haut niveau de réactivité du système nerveux central (appelée hyperexcitabilité) – ont une plus grande conscience de la vie qui passe  et des différentes façons dont les gens peuvent la vivre. Mais ce plus grand potentiel de développement les prédispose aussi des crises émotionnelles et interpersonnelles.  Les personnes hypersensibles dans l’un ou plusieurs des 5 domaines listés par Dabrowski (intellect, émotions, imagination, psychomotricité et sensualité) perçoivent la réalité d’une façon plus intense et sous plusieurs angles à la fois.

Ils seront plus sensibles que les autres à ce qui leur arrive et à ce qui arrive au monde qui les entoure et de ce fait y réagiront avec plus d’intensité.

L’hypersensibilité intellectuelle les conduit à réfléchir et à poser des questions.

L’hypersensibilité émotionnelle les rend plus sensibles aux questions de moralité et d’équité.

L’imagination qui est hypersensible les conduit plus facilement à voir comment le monde pourrait être.

Globalement, ces hypersensibilités les aident à vivre des vies multifacettes et nuancées, mais dans le même temps, elles les conduisent à être plus sensibilisés à toutes les problématiques existentielles.

C’est là que Dabrowski insiste sur le rôle de la sociabilisation, qu’il appelle le « second facteur », facteur clé qui influence le développement personnel, bien que cette influence culturelle varie suivant le potentiel de développement propre à chacun.

Néanmoins, l’environnement social est souvent une gangue pour l’autonomie et l’”ajustement à une société qui est elle même “primitive et confuse” est a-développemental (c’est-à-dire qu’il freine le développement) et entrave la possibilité de découvrir sa nature profonde mais aussi la possibilité d’exercer son choix dans la façon dont on veut se développer et dans les directions que l’on veut prendre »  (Tillier, 2008, p. 108). Cela dit, même quand on devient plus conscient de l’étendue et de la complexité de la vie et de sa propre culture, on commence à ressentir le doute, l’anxiété et la dépression. Dabrowski, néanmoins, insistait sur le fait que tout ceci, aussi inconfortable que ce soit, sont autant d’étapes nécessaires sur le chemin d’un développement personnel avancé.

[…]

Dabrowski a appelé le “troisième facteur” cette force intérieure, largement innée, qui pousse les gens à être plus déterminés et à contrôler leurs comportements en fonction de leur matrice personnelle de croyances et de valeurs, et non pas en fonction des conventions sociales ou même en fonction des besoins biologiques. Ce troisième facteur permet aux gens de vivre leur vie en toute conscience, délibérément, en agissant en accord avec leurs propres valeurs personnelles. La dynamique de ce troisième facteur conduit les gens à l’introspection, à l’auto-formation, à l’auto-développement et leur permet de se réaligner avec eux-mêmes à un niveau supérieur qui leur permet de transcender leur environnement grâce à une moralité et un altruisme élevés. Certains individus peuvent cependant se désintégrer sans arriver à se réaligner à ce niveau supérieur, quand même ils ne restent pas au même niveau qu’avant.

Page 15

Plus les gens sont brillants, plus ils ont conscience de ce que leur système de valeurs et de croyances n’est pas en phase avec celui des autres. Ils peuvent aussi noter des inconsistances dans leur propre système de croyances et de valeurs – leurs valeurs ne sont pas en phase avec ce qu’ils ressentent vraiment. Peu étonnant que tension et inconfort en résultent !

Ils peuvent faire face à un conflit personnel : faire face et éviter cette conscience ? Alors que d’un côté  ils veulent être plus conscients des inconsistances et absurdités de façon à apprendre à être plus juste et à se comporter mieux ; d’un autre côté, ils cherchent à échapper à cette conscience si provoque autant d’inconfort en les obligeant à s’introspecter (ce qui n’est pas toujours une activité très reluisante), dans la mesure où ils tentent de vivre une vie qui a plus de sens, qui est plus conséquente, mieux pensée.

Pour s’adapter à une situation aussi inconfortable, ces individus adopteront alors l’une ou l’autre des combinaisons décrites par la psychanalyste  néo-freudienne Karen Horney en 1945 :

(1) avancer quand même— accepter les conventions sociales, se conformer, s’intégrer au  système pour avoir du succès,
(2) s’éloigner— rejeter la société traditionnelle en s’en retirant, être non traditionnel et même hermétique à elle.
Et
(3) s’opposer— rejeter la société en se rebellant contr elle, être en colère et ouvertement non conforme.

Pages 16 et 17

En avançant en âge, les challenges de développement personnel que les gens rencontrent les sensibilisent toujours plus aux problématiques existentielles et augmentent la possibilité de survenue d’une dépression existentielle. Erikson (1959), Levinson (1986), et Sheehy (1995, 2006) ont décrit les différent stades de la vie auxquelles correspondent des étapes de développement.

De 18 à 24 ans –  “On s’arrache” – On quitte le nid familial

De 25 à 35 ans –  C’est la “décennie des tentatives” – On se pose en tant qu’adulte, on fait des choix professionnels, on s’ancre par la mariage, les enfants, la vie en société.

Entre 35 et 45 c’est “la dernière ligne droite” – Crise de l’authenticité; on réalise qu’on est à mi-chemin de sa vie; on fait le point sur soi-même et ses relations, on fait le  choix entre continuer à avancer, arrêter de se battre (la solution de retrait) ou changer de vie.

Entre 45 et 55 ans, c’est l’”âge du Renouveau ou de la Résignation” – On redéfiniti ses priorités, on change ou on renouvelle ses relations, les rôles changent, les enfants quittent la maison, les parents sont âgés ou meurent, le corps change, on prend conscience plus encore de ce qu’on est mortel.

Au delà de 55 ans, c’est la “Régénération” – Acceptation ou rebellion face à la perspective de la retraite qui approche ; amis / mentors meurent; on fait le point sur sa vie professionnelle; les relations familiales changent; le corps change; on s’accepte tel qu’on est ou non.

Bien que la plupart traversent ces différentes étapes aux âges indiqués, je peux témoigner de ce que les adultes surdoués y font en général face plus tôt et de façon plus intense que les autres. Alors qu’ils tâtonnent autour de ces sujets, ils expérimentent les problèmes qui s’y rapportent tant pour ce qui concerne les relations avec le conjoint, les attentes que l’on a en ce qui concerne les enfants (et les relations qui en découlent), l’insatisfaction ressentie avec l’environnement au bureau et l’insatisfaction personnelle sur ce qu’on est soi-même.

Ils ne font là qu’expérimenter l’expérience de la désintégration présentée par Dabrowski, dans laquelle la dépression existentielle est le composant principal.

Il y a plus de 30 ans, la psychologue May Seagoe (1974) a élaboré un tableau dans lequel elle a listé les forces caractéristiques des enfants surdoués d’un côté ; et dans la colonne opposée les faiblesses et défis qui peuvent résulter de ces forces.

Le tableau qui suit s’en est inspiré pour les adultes surdoués.

Caractéristiques spécifiques Faiblesses et défis associés
Capable de voir les potentiels. Exigences élevées pour soi et pour les autres. Penseur critique. Besoin de succès et de reconnaissance. Intolérant et intransigeant avec les autres. Peut chercher à atteindre des standards extrêmement élevés. Il a toujours quelques métros d’avance sur les autres.
Capte et retient l’information rapidement Impatient face à la lenteur des autres. Peut apparaître comme un monsieur/madame « je sais tout »
Grand stock d’informations dans des domaines pointus. Intérêts et habiletés divers. Multi-talent. Problèmes de choix de carrière. Frustré par le manque de temps. Sentiment d’être différent des autres. Solitude existentielle. Peut être perçu par les autres comme se contrôlant en permanence.
Intense et intrinsèquement motivé. Haut niveau d’énergie. Comportement en permanence tourné vers l’atteinte d’un objectif. Personnalité de type « A » . Difficultés à se détendre. A du mal à s’arrêter. Peut négliger les autres pendant les périodes de grande concentration sur un centre d’intérêt. Obstination.
Indépendant et autonome. Créatif et inventif.  Apprécie la nouveauté. Difficulté à déléguer et à faire confiance aux jugements des autres. Rejette ce qui est déjà connu. Perturbe les habitudes ou les plans des autres.
A besoin de sens et dans consistance dans les systèmes de valeur et les comportements, que ce soit pour lui-même ou pour les autres. Particulièrement auto-critique, regard parfois dépressif ou cynique sur les autres. Parfois autoritaire voire dominateur.
Sensible aux autres. Désir intense de relations qui font appel aux émotions. Sensibilité très développée aux critiques des autres. Des relations intenses en situation de mentoring peuvent déboucher sur un désappointement tout aussi intense.
Se focalise sur les causes et les effets. Insiste sur l’importance de fournir des arguments et des preuves Difficulté avec les aspects humains qui ne sont pas logiques, tels que sentiments, traditions, ou tout autre sujet qui repose sur la simple « foi ».
Grand sens de l’humour – Capable d’autodérision Son humour peut ne pas être compris parles autres. Il peut se focaliser sur l’absurdité des situations. L’humour peut être tout autant un moyen d’attaquer les autres ou de les tenir à distance.

Ces forces et difficultés associées conduisent la plupart des adultes surdoués à expérimenter au moins quelques conflits existentiels au cours de leur vie (Jacobsen, 2000; Streznewski, 1999).

Quatre de ces conflits surviennent avec une fréquence particulière et sous-tendent la désintégration, générant  anxiété significative et dépression chez ceux qui y font face.

  • Acceptation des autres contre désappointement et cynisme
  • Acceptation de soi contre auto-critique excessive conduisant à la dépression
  • Besoin d’émotions contre efficacité d’approches purement logiques et rationnelles
  • Se trouver une raison d’être contre réalisations tangibles

Pour atteindre la désintégration positive, chacun a besoin d’atteindre d’atteindre une certaine zone de confort pour gérer (à défaut de satisfaire) les points listés plus haut.

Page 19

Apprendre à gérer les problématiques existentielles et la dépression

D’abord, les individus doivent apprendre à  mieux se connaître. Les adultes surdoués ont l’habitude d’être en décalage sans pour autant comprendre comment ou pourquoi ils sont différents

Jacobsen (2000) décrit comment elle a reçu en consultation des gens qui arrivaient avec ce vague sens d’être différents ; chez d’autres revenait souvent le mot « trop » – trop sérieux, trop intense, trop complexes, trop émotifs etc. – Dès que ces adultes comprenaient que de tels comportements étaient normaux pour des gens tels qu’eux-mêmes, leur anxiété diminuait.

Mais à côté de mieux se connaître, il faut intégrer trois vérités mises en lumière depuis longtemps par le philosophe Arthur Schopenhauer (2004).

Il a souligné l’importance de nous connaître et de nous développer, exposant que

(1)   les biens matériels dont nous disposons ne sont que temporaires et transitoires et ne peuvent en aucun cas ne nous fournir un confort durable
(2)   ce que nous représentons aux yeux des autres est aussi éphémère que nos possessions matérielles, dès lors que les opinions des autres sont sujettes à changement à n’importe quel moment. De plus, nous ne pouvons jamais réellement savoir ce que les autres pensent de nous.
(3)   ce que nous sommes est la seule chose qui importe vraiment.

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Références utilisées par James T Webb pour son article :

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54 thoughts on “Dépression existentielle et désintégration positive de Dabrowski par JT Webb (1 / 3)

  1. Bonjour

    Je vis avec une surdouee qui vient de decouvrir sa douance…du jour au lendemain elle s est refermée sur elle même et m a complètement rejeté. Nous sommes maries depuis 20 ans et je ne sais pas comment l aider ? Elle me dit ne plus rien ressentir mais je garde espoir car je sais que cette prise de conscience tardive la submerge… le point de départ à été la rencontre avec un autre HP solitaire….
    quelqu un a t il déjà vécu cela ?
    Merci de votre aide….

    1. Bonjour pierrot

      Période bien difficile que celle que vous traversez…

      Dans l’attitude de votre compagne, certainement, l’expression de la violence de l’annonce à digérer, avec tout ce qu’elle comporte de deuils à faire et de regrets à surmonter.
      Je ne crois pas qu’elle ne ressente plus rien. je pense que c’est sa façon à elle de tenter de faire face à ce tsunami qu’elle affronte (il lui faut garder toutes ses forces pour y faire face).

      Comment l’aider ?
      En comprenant ce qu’est le surdon (car 20 ans ensemble, c’est à mon sens le signe que vous êtes vous aussi concerné) avec son intensité, son besoin de complexité et ce truc qui peut vous ronger sans répit, sans arriver à déterminer ce que ce peut être.

      Maintenant, ce qui se passe questionne aussi votre couple. Chacun s’est construit en compensant plus ou moins ses manques au contact de l’autre. L’irruption du surdon rompt des digues et le fragilise.
      Parler, arriver à se parler, à communiquer, à garder la confiance, à être capable d’entendre ce que l’autre à à dire… arriver aussi à dire, c’est à dire savoir que l’autre va être capable d’entendre au delà des maladresses dans l’expression (reformuler; aller au delà des apparences…).

      Votre couple est unique. Je crois qu’il n’y a que vous qui puissiez trouver le chemin pour arriver à vous parler.

      Bon courage

  2. Bonsoir à tous,

    Moi c’est Tanga, à l’aube de mes 30 ans. Ce coup-ci je peine vraiment à trouver ma traditionnelle force intérieure pour surmonter mon cataclysme émotionnel. La désintégration n’est plus positive.

    Voilà quelques jours que je suis tombé sur votre site/blog par hasard en recherchant des informations sur une « anxiété extrême »…

    Je ne sais pas par où commencer, impossible de structurer quoi que ce soit… Tout défile trop vite et je n’ai que deux mains. Pardon.
    Bon euh … 3 ème burn-out… 25 ans d’addictions en tout genre (jeux-vidéos, drogues, travail) et toujours au même point. En fait non, ce coup-ci j’anticipe déjà l’échec d’une nouvelle tentative d’adaptation. Du coup je ne fais plus grand chose à part me culpabiliser, être un boulet pour ma famille, un mec paumé qui a tout pour lui et qui pourtant fait de la ***** … ha si je prends massivement de la ***aïne pour me couper de mes émotions.
    Je sors récemment d’une clinique psy spécialisée en addictologie (suite au décès de mon Papa). On a bien bossé. J’ai compris pas mal de mes fonctionnements grâce à l’analyse Freudienne. Ce qui m’a permis de stopper ma consommation cannabique. Quelle victoire !!!

    Annoncé comme « précoce » à ma maman lorsque j’étais petit. Elle le savait et a toujours été un bon guide. Elève moyen moins par soucis de passer inaperçu et manque d’argumentation dans mes réponses. Puis pourquoi travailler on me demande juste d’avoir 10 minimum … ça tombe bien j’ai plein de trucs à faire en dehors. J’avais encore des centres d’intérêts quand j’étais petit. 🙁
    Protecteur des faibles et des opprimés MaiS accepté/intégré par les « forts » pour ma « grande sagesse et maturité » ainsi que de très bonnes aptitudes dans le sport. Sentiment de décalage mais pas vraiment de problèmes. Solitude légère.
    Peu d’intérêt pour l’école mais grande attention avec des profs investis… Merci à eux.

    Presque une licence RH en poche mais … non j’ai tout abandonné pour … faire Couvreur (1er petit burn-out). Ben oui on m’a dit qu’il me manquait une U.V pour valider le bac +3 malgré une moyenne supérieure à 10. Allergique à la Compta/gestion, j’ai démissionné. Comme toujours. Je me hais. Ma famille m’a payé de supers études et moi je gâche tout. Quel grand homme …

    Entrée dans la vie « adulte » et le monde du travail. Investissement massif dans mon boulot, rencontre de mon 1er Pervers Narcissique (patron). Effondrement.
    Rebond, nouvelle entreprise, à nouveau déçu devant la tristesse des comportements humain. Copinages, jalousie, critiques…. Je bosse encore pour les autres… Me casse.
    Rebond, nouvelle entreprise, nouveau PN, encore une fois le patron. Je l’ai repéré beaucoup plus tôt mais j’ai bien morflé… Tellement besoin d’être reconnu pour ce que je suis … Effondrement émotionnel. (2eme Burn …)
    Rebond, je trouve un patron génial et des collègues… au profil varié. Mort de mon Papa (juin 2015). Cataclysme actuel. Ce même patron devrait me réembaucher vers Mars le temps que j’encaisse le choc. Cependant j’ai fais le tour de l’entreprise et je sais que je ne m’y épanouirai pas comme j’en ai besoin. D’autant plus que je n’ai aucun contact social. Je dépéri lentement tout en sachant que la solution est si proche… être mon propre patron… Mais tellement peur de l’échec, tellement peur de devoir arnaquer les gens pour faire marcher la boîte, peur que le boulot ne vienne pas car ce satané perfectionnisme fait que je fais de mon mieux pour bien bosser mais que faire un devis en bossant bien avec les matériaux adéquats ben ce n’est pas faire le même devis que le porcassou du coin … Et vu le budget actuel des gens, ils regardent à 100€ près… Or là je parle de Toitures donc c’est pas des petites sommes… Bref…

    Il y a trois ans, une psy de l’ANPA (Association Nationale de Prévention en Addictologie) de vers chez moi a très vite (premier entretien) conclue à un lien avec la Douance. Prêt de livres et orientation vers liens YouTube ==>> Flots de larmes à chaques vidéos… Haaaaaa j’suis pas le seul à vivre et à penser comme ça.
    Essai des tests en ligne Mensa 37/40. Ok. Quelques mois plus tard 24/40… Bah non tu dois te tromper Mec. De toute façon avec tout c’que tu prends …. Le problème c’est qu’avec tout ce que je prends/prenais, ben je fais quand même mieux que la majorité des gens. Mon égo me dit stop. Ok. Désolé. On me dit que j’en fais trop, on m’a même dit que je fais peur … Les rares fois où je me suis autorisé à être moi-même, me lâcher…
    HPI/HPE ? Il arrive quand ce vaisseau-mère ? 🙁
    Scanner humain (bon niveau mais bien moindre que certaines personnes sur ce site), dons de guérison … Help ça fait trop. Pourquoi je rentre dans toutes les cases du tableau de cet article ? 🙁
    Ha non l’humour m’a quitté depuis longtemps, j’étais mon seul public…

    Découverte de votre site, nouvel espoir. Résurgence de mes anciennes craintes car je sais qu’il faut passer ce fichu WAIS IV et qu’un « échec » serait pour moi un anéantissement.

    Cécile au secours, j’ai besoin d’entrer en relation avec quelqu’un de votre carnet d’adresse. Une personne bienveillante.

    Relecture, c’est fouillis. Le discours me paraît hautain… Peu importe, ça m’arrive de l’être.

    1. Discours hautain ? Je ne vois pas où.

      Merci en tous cas, Tangaroa, pour votre témoignage que je trouve très éclairant.
      Quel dommage cet U.V. manquant… pas possible de le rattraper par un MOOC ou d’une façon ou d’une autre ? (oui, je sais, la compta-gestion c’est parfois pire que de l’huile de foie de morue… jusqu’au jour où on tombe sur le/la prof qui sait faire passer la pilule… c’est ce qui m’est arrivé.. au point d’enseigner à mon tour la compta et la gestion. C’est tout dire !…)
      je vous réponds en privé pour votre demande.

      1. Bel exemple l’huile de foie de morue !!!

        Oui j’ai des regrets pour cette U.V mais principalement un sentiment de culpabilité vis à vis de l’investissement de mes parents. J’ai tout de même observé que ce n’est pas tant la qualité de travail et l’investissement qui sont reconnus mais plutôt la capacité à « blablater », serrer des mains et faire trinquer des verres si l’on veut faire carrière. De plus, même si le travail était intellectuellement correct quoique assez rébarbatif, il est clair que assis 8h derrière un bureau c’était trop pour moi.
        J’ai trouvé un bon compromis sur les toits car c’est hyper dynamique et contrairement aux idées reçus il faut réfléchir de longue (propre sécurité, optimisation de la gestion d’espace réduit en temps réel, savoir-faire…). Un boulot d’abrutis … ou pas 🙂

        1. Bonjour Tangaroa,

          Ne s’agirait il pas plutôt d’une UE (unité d’enseignement) ?

          Quoiqu’il en soit, rien de plus frustrant qu’une note presque suffisante pour avoir un diplôme.

          Ca m’est très souvent arrivé en passant des concours, ou j’avais à chaque fois 9,5 au lieu de 10 pour l’admissibilité.

          Ou bien 11,5 au lieu de 12.

          Comme si quelque part, je m’interdisais de grimper plus haut.

          Car au fond, on a tellement peur de rater que….. on se met une pression de dingue. Et puis, on serait content de réussir, mais…. on se rappelle les sarcasmes autour de nous, qui nous donnent à penser qu’on vise trop haut (lire : on va se casser la gueule tout net) et on finit par les croire, c’est bien ca le pire.

          Donc, cesser la perfection, se faire un tout petit peu confiance, et là ca passe tout seul (j’en vois les résultats aujourd’hui).

          Cricri (qui vient d’avoir son master).

          1. Bonsoir Cybercricri,

            Félicitations pour votre Master.
            Je vois pourtant bien des images avec marqué U.V (Unité de Valeur), mais c’était une école privée et peut-être que certaines appellations étaient légèrement différentes.
            J’étais à plus de 11,5 de moy (avec 1 en compta et 1 en gestion) mais il fallait obligatoirement 10 dans chaque U.E (pour reprendre le terme qui à l’air plus actuel :)).
            Mais vu que je suis une mule, il m’est quasi impossible d’apprendre quelque chose qui n’entre pas dans ma conception des choses ou mes envies. Au mieux elle est comprise/tolérée, au pire je l’occulte.

            S’interdire de grimper plus haut, ne serait-ce pas une mécanique d’adaptation ? Je me mets des bâtons dans les roues donc je reste au même niveau que les autres ?
            Je vous rejoins entièrement sur le fait qu’on est plutôt bon pour se mettre la pression. Cesser la perfection, c’est un sacré boulot, souvent lorsque je m’y force, hé bien je bâcle (à mon sens). Je commence à m’apercevoir qu’au final les gens s’en fichent mais … heu … moi je le sais et ça m’ennui.

            Tanga

    2. Bonjour/Bonsoir,
      Help aussi exactement comme toi … j’me sens moins seule ouf mais bon ca n’arrange rien a ce que je ressens. J’aimerais que mon cerveau la mette en veilleuse un peu trop souvent … J’suis inondé de pensée que j’en dors meme plus, que je râle a moi-même.. J’ai perdu mon père aussi quand j’avais 14ans (j’en ai 19 la) et depuis ce jour la je regrette de m’être poser tant de questions… c’est ce qui a tout déclencher.
      Ah qu’il est heureux celui qui ignore beaucoup!
      Je me drogue aussi, ahhh ca aide génial … Enfin la j’ai vachement diminué parce que ça fait pas une belle peau, et c’est cher …. Du coup frustration x10000 moi qui aime la perfection.

      Sinon ma vie, abandon sur echec .. Ca se dit? 5 lycées au total, en 8mois environ, des formations jamais jusqu’au bout, pleins de boulots que j’ai pas su garder.
      Ma mère en peux plus, elle me traite de boulet, j’suis tellement désolé je veux pas de tout ca moi j’aimerais aller bien, etre positive, heureuse, motivée mais totalement impossible.
      Grosse période de dépression, et l’une des plus sévère je crois bien.

      J’ai un p’tit frere d’1 an de moins que moi ,qui part a l’étranger avec son meilleur ami en aout pour y vivre, il me l’a annoncé hier soir j’étais contente pour lui.
      Mais j’suis aller dans ma chambre, position fétus et j’ai pleurer toutes les larmes de mon corps voir plus……
      Super angoisse, frustration de voir qu’il arrive a faire plein de truc de sa vie et sa grande soeur que dalle… Il m’a fait remarquer que j’etais bizarre ces temps-ci, et j’suis triste de le voir triste de ca…

      Bref j’me sens juste dans un état pitoyable, et le pire c’est que j’en suis consciente de ce que je fais (ou ne fais pas a vrai dire) ….
      Des fois j’aimerais juste en finir et arrêter d’être un boulet pour les gens qui m’entourent. Sérieux a quoi bon toutes ces souffrances, tu meurs quand même a la fin alors bon.

      Bon je crois que c’est a peu pres tout j’vais m’arreter la ..

      Bonne Journée

      1. Bonsoir Ilana

        je crois que ça serait bien que vous puissiez rencontrer un thérapeute qui vous aide à mieux apprivoiser ce qu’est le surdon. Ca vous donnerait vraisemblablement quelques clés pour aller mieux / vous aimer un peu plus (ou vous détester un peu moins, c’est selon…).
        Si vous acceptez de me dire dans quelle région vous habitez, j’aurai peut-être une adresse à vous donner ?
        .. En tous cas : chapeau de vous efforcer de décrocher – ce n’est pas simple et ça fait un grand trou -oui, surtout quand on est perfectionniste – ça fait aussi partie du profil.

  3. Article très intéressant, clair et simple d’accès, merci.

    Une toute petite remarque, juste avant la page 19, il y a une répétition du groupe de mots « d’atteindre » : Pour atteindre la désintégration positive, chacun a besoin d’atteindre d’atteindre une certaine zone de confort pour gérer (à défaut de satisfaire) les points listés plus haut.

    Cordialement.

  4. Je suis en ce moment obnubilé par la vieillesse. L’avilissement, non pas trop au niveau esthétique – quoique – mais au niveau des capacités intellectuelles.
    Peut-être que ce sont des questions normales, de celles que tout individu se pose lorsque la quarantaine est bien entamée, et que le spectre de la dégénérescence arrive. Ce n’est pas la mort qui me fait peur, ou du moins ce n’est pas ce qui me fait le plus peur. Ce qui me fait peur, c’est la perte de mes capacités cognitives, la diminution de ma rapidité de raisonnement, la mémoire qui me trahit un peu plus chaque jour. La vie, à partir de la quarantaine me semble être une extinction lente. Un peu comme un grand feu de cheminée qui s’éteint progressivement. Et à la fin il ne reste que des baises qui à leur tour s’éteignent, pour ne devenir qu’un amas de cendres grises et froides.
    Je me souviens lorsque j’avais 19 ans, avoir pris conscience de l’importance d’avoir une bonne forme physique. C’est à partir de ce moment que je me suis mis au sport. La musculation, la course à pied, les assouplissements, etc… Et puis le corps a commencé à me jouer des mauvais tours. Alors que la vie m’avait fait lever le pied dans le domaine du sport, mes fragilités du dos se sont douloureusement rappelées à moi lorsque je me suis fait un tour de reins. C’était il y a 5 ans. Parallèlement, un burn out, une dépression, … et cela en était fini du sport. Les muscles ont fondu, la graisse a prospéré ; le moral a disparu… Et puis je me découvre soudain surdoué, parce que mon fils l’est, est que maintenant, les enfants sont heureusement mieux suivis grâce à la sensibilisation de l’éducation nationale (et particulièrement certains bons éléments dans le corps enseignant ! ). J’ai passé le WAIS IV, il y a bientôt un an, et depuis, c’est comme si un projecteur puissant venait de s’allumer, éclairant subitement avec une bonne lumière ma vie présente et passée, mais aussi ma personnalité. Je comprends beaucoup de choses, je comprends enfin pourquoi je me sentais si à l’écart, différent, etc … Mon intelligence au sens décrit par Zorg dans la page d’accueil de ce très bon site, est devenue ma seule richesse, celle à laquelle je me raccroche. Et j’ai maintenant peur, terriblement peur de la perdre. Car c’est ce qu’il se passera… Il ne faut pas se faire d’illusions. Si seulement la mort était comme un interrupteur qui éteint la vie. ON / OFF. Mais non ce n’est pas cela. Sauf dans le cas d’une mort brutale, accidentelle. Non, la mort c’est la vie qui s’éteint lentement, irrémédiablement, sournoisement, silencieusement. Les sens progressivement s’émoussent, la force physique doucement s’amenuise, la fraîcheur de la jeunesse disparaît pour faire place au flétrissement. Les douleurs physiques apparaissent. Non je ne veux pas de cette fin. Pas de cette sorte. C’est moche. Quand je pense que certains se réjouissent du rallongement de la durée de vie. Oui mais à quel prix ? Dans quel état ? Et d’ailleurs, pour quoi faire ? Je m’ennuie déjà énormément, incapable de faire ce que j’aimerais tant faire parce que je ne peux plus. Les forces me manquent déjà, et les rares moments où je pourrais essayer de m’adonner à une passion, eh bien je suis épuisé. Je n’en peux plus.

    1. Bienvenue au club, Supernova… Je veux croire qu’il y a des solutions. Au pire, ça m’occupe 🙂

      Donc même constant : déchéance physique, épuisement, trous de mémoire, difficultés à lire des choses sérieuses, mon cerveau fonctionne moins bien, moins vite et je m’ennuie à mourir. En fait, le stress chronique cause des tas de dégâts, des carences en minéraux et autres, je crois avoir trouvé un bon toubib pour traiter ça, j’espère, j’espère remonter la pente…

      Je me pose les même questions sur cette histoire de longévité mais à quel prix ? Je me raccroche aux souvenirs d’une de mes grand-tantes, partie pour l’au-delà à 90 ans après une vie bien remplie (elle était étasunienne et a voyagé en Europe jusqu’à son dernier été), et d’une autre partie à 93 ans avec toute sa tête aussi (elle avait appris le braille à 60 ans passés pour traduire bénévolement des livres pour les aveugles, et avouait avoir renoncé à apprendre le nouveau braille – il y a eu une réforme – à 90 ans parce que bon… mais à son décès, un livre en cours de traduction trônait sur son bureau…)

      Vieillir « bien », c’est possible, du moins ça l’a été pour des générations qui n’ont pas été abîmées précocement par la pollution, les pesticides et tout ça. Mais j’espère ne pas vivre aussi âgée que mes grand-mères, vu dans quel état j’erre.

    2. @Supernova et@Tournevis,
      Vous me pardonnerez la digression, j’espère, mais après avoir lu vos posts sur la vieillesse qui résonnent profondément en moi, je suis aller lire Le Monde en ligne et j’y ai trouvé ces quelques photos hallucinantes, qui par association, instinctivement constituent ma première réponses à vos questions très importantes et que je ne veux surtout pas éluder, infirmer ou minimiser.
      Donc, je vous offre ce lien:
      http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/10/03/fantomes-lacustres-au-pays-des-animaux-petrifies/
      Merci encore
      Chan

        1. @Chan, Voici l’association d’idée que cela m’inspire :
          Momification – embaumement – thanatopraxie – formol – alcool
          => autant oublier tout cela avec une bonne rasade d’un liquide alcoolisé…

          Allez, c’était une blague 😉 (quoique…)

          1. Hey Supernova à
            4 octobre 2013 at 19 h 49 min,
            Pas besoin de vous excuser, vous n’avez blessé personne. Tournevis référait non à votre humour cynique mais aux commentaires bêtes des lecteurs du monde suivant le dit article.
            Enfin, si je suis bien notre chronologie
            .
            Quoiqu’il en soit, humour cynique, caustique et autre ça fait partie des T\HPI et nous ne sommes pas en sucre d’orge.
            Digression comprise donc et merci
            Chan
            .

          2. Je plussoie Chan et je suis vraiment très désolée si Supernova s’est senti visé 🙁
            Au contraire, c’est ton commentaire délicieusement désabusé qui m’a poussée à ouvrir le lien, que j’avais eu la flemme de regarder auparavant, donc merci 🙂
            Buvons un coup pour fêter la fin du malentendu ?!
            (mais sans alcool pour moi aussi, chuis pas marrante)

        2. Le lien du monde marche chez moi, merci pour ce lien. En fait, j’étais tombée par hasard sur cet article hier, c’est très étonnant, je n’avais jamais entendu parler de ce lac.

          Ce qui me plonge dans des abîmes de perplexité et de désespoir, c’est la bêtise de la plupart des commentaires… Toujours dur de se voir rappeler que plus de 90% des gens ne sont vraiment pas futés, mais alors vraiment pas et à un point difficile à concevoir…

          1. dur dur dur de se voir rappelé la bêtise des gens…
            Oui Tournevis, je plussoie.
            C’est une gifle en pleine figure chaque fois, une lame de fond qui emporte même la/le meilleurE nageusE d’entre nous. Un crochet vicieux qui nous renvoie au tapis à chaque fois que, la gueule en sang, on se relève. Alors on prend ou perd patience, on s’ écœure, on serre les dents, on évite de respirer cette puanteur, cette peste.
            Mais, néanmoins ça bouffe le moral, petit à petit, ça nous aliène du monde et des autres quelle que soit notre capacité à la générosité et à la résilience. Alors on somatise, on se replie, on se protège comme on peut .
            On survie de peine et de mesure et on ne trouve plus l’espoir dans cette médiocrité sans fin. La vie devient tourment insupportable.
            Notre sensibilité exacerbée ne nous aide pas à refaire surface, tout au contraire.
            Alors pour ma part, je préfère vivre dans les grands fonds, là au moins je peux m’entendre penser en paix et en meilleure compagnie. Parfois aussi, j’y fais de fantastiques rencontres…
            Bon courage Tournevis !
            Chan

          2. Oups:
             » de peine et de misère » je voulais écrire bien sûr!
            mais le lapsus est néanmoins très intéressant.
            PS: je menais en parallèle et au même instant en anglais, une conversation où il était justement question de  »jauger » (En E.  »gauging » ) les émotions avec une jauge brisée ..
            chan

          3. Euh… Je ne voulais blesser personne. Sincèrement, c’était juste une digression (à mon tour, j’en faisais une), juste histoire de dire que j’interprétais ce cadeau offert par Chan comme une invitation à picoler pour noyer ma dépression existentielle.
            Mais c’était de l’humour, un peu cynique peut-être ?

          4. à Supernova : ah mais je ne me sens pas blessée ni rien par ton commentaire au lien de Chan ! je parlais des commentaires dans l’article du Monde. Désolée si tu t’es senti visé, je parlais bien des 90% de gens normalement et banalement stupides qui constituent la majorité de la population et pas du tout des gens d’ici ou de toi. 🙁

    3. Très juste Supernova, et joliment écrit, je partage.
      Ce qui me terrifie, c’est la possibilité de perdre progressivement conscience, comme HAL à la fin de 2001… Une démence type Alzheimer ou autres, car il existe des tas de moyens de dégénérer, bref, être réduit à l’état de légume faisant sous lui, incapable de se prendre en charge, et pire, avec des moments de lucidité lui permettant de prendre en pleine face l’horreur de sa situation.
      J’ai déjà demandé à mes amis de m’abattre le jour où ils me verront lire un Télé 7 jours ou participer à un loto.

      1. Je n’ose pas demander ça à mes fils, mais je n’en pense pas moins, même angoisse…
        (mais ils le feront ptêt, leur gp paternel est Alzheimer au stade légume, ils en connaissent l’horreur encore mieux que moi)

        Plus sérieusement, je fais partie d’une asso qui a parfois réfléchi à la vieillesse et cherché des solutions concrètes, pas évident du tout, mais il y a réellement urgence à se poser ces questions, et à mettre en place des solutions vraiment humaines.

    4. bonjour supernova,
      peut-être que vous pensez comme ça parce que vous avez eu mal au dos, et vous vous êtes épuisé (trop de travail, trop de stress, trop de douleur). avez-vous réglé ce problème de dos ? parce que je vous encourage vivement à ne voir en lui qu’un ennemi, le seul à combattre, car il peut attenter à votre vie sauvagement et vous entrainer, voire vous noyer dans ce tourbillon de pensées si noires.
      « noirement » exitsentielles.
      je sais de quoi je parle, on m’a refait toute la colonne vertébrale 20 ans, et je croyais en avoir 1000, j’ai mis des années à m’en remettre, de toutes les façons possibles (ha ha) et j’ai fait plusieurs tentatives de suicide.
      mais je suis une teigne, une obstinée habitué par toute une vie d’hp auprès de parents obtus à ne jamais être comprise et donc formée pour la lutte, et j’ai réussi à dépasser la douleur, même si pour ça j’ai du tout changer dans ma vie (mari, pays, boulot, tout) et quand le dos a été réglé, je me suis payé le luxe de peaufiner pour retrouver de l’énergie et de belles couleurs, et le moral est revenu. à 45 ans j’ai un meilleur physique qu’à 20. après le qi-qong, la marche, j’envisage même d’être carrément en forme avec des cours de gym.
      la morphine a certes un peu bouffé mon QI, ma capacité de mémorisation, etc mais j’en avais d’avance et puis j’ai tout rattrapé en me donnant à moi-même l’autorisation d’être artiste et donc d’utiliser ce qui me reste pour la création et le jeu des couleurs. ça a fini par reconnecter.
      vous allez récupérer votre corps musclé et votre esprit positif si vous tordez le cou à ce mal au dos. votre esprit étant ce qu’il est, il ne mourra pas comme vous le craignez et il vous permettra de trouver la solution pour tout retrouver. moi aussi j’envisage avec terreur la déchéance mais aussitôt j’oppose mentalement l’mage de la sagesse avec un grand S, la pythie au corps amoindri peut-être, dans très longtemps mais à l’aura qui dépasse ce corps minable.
      peut-être que la mort ne m’effraie pas parce que je me suis vu mourir au cours d’une opération et que je suis revenue à la vie chargée de cette aura. cela a été terrible cmme expérience mais voilà que des années plus tard ça m’aide à me sent sinon immortelle du moins indfférente. qu’au moins cela vous profite. votre esprit est un don, un don accidentel certes, vous n’avez pas fait exprès d’avoir cet excès de matière blanche dans le cerveau mais ça vous rend immortel à votre façon particulière parce que dans cet esprit « spécial » se trouve la solution à : moi vouloir retrouver corps sans gras, sans souffrance et sans idées noires. introspectez et vous trouverez, vous êtes wikipedia en pire, il suffit de plonger encore et encore dans cet océan de possibles.
      pardon pour la longueur de mon post.

    5. La mort est le résultat de l’imperfection de nos premiers parents. C’est notre héritage. A notre mort, nous n’existons plus. Néanmoins, les signes d’amour sont nombreux dans cette vie. Quand nous pensons au simple fait d’avoir nos sens. Nous aurions très bien pu naître sans. Pour autant, n’Est-ce pas une preuve d’amour que de ressentir les choses qui nous entourent ? La création témoigne de cet amour. Nous ne sommes pas nés pour mourir. Dans ce cas, l’amour n’existerai pas. Blaise Pascal parmi d’autres en était convaincu quand on lit ses Pensées. Comme il faisait la distinction entre le bien et le mal, entre l’Homme et cette force supérieure qu’on nomme Dieu. Placer sa confiance en l’Homme, c’est comme placer sa confiance en la créature plutôt qu’en Dieu. Néanmoins la créature s’est-elle créée elle-même ? Il y a plus de naïveté à croire en l’Homme quand on sait qu’il est mortel, qu’il est par conséquent limité, que même s’il peut apporter de bonnes choses sur Terre, il n’est qu’une brume et que son successeur aura tôt fait de saccager son entreprise. Les hommes ne sont que des vases de terre, ils sont fragiles. Mais parler de foi, ce n’est pas parler d’une foi aveugle, mais de raisonnements qui ont un sens, pas de ses propres suppositions, je veux parler d’un puzzle dont les pièces s’ajustent parfaitement les unes aux autres. Pascal en a parlé comme étant un livre intrinsèque. Le simple fait d’avoir également une conscience du bien et du mal doit nous alerter. Cette vie est une phase de sélection pour ceux qui recevront l’éternité. Désolé d’être aussi franc, mais la mort n’est pas le dessein d’origine prévu pour l’humanité et ce n’est pas non plus notre finalité. C’est bien de se poser les questions existentielles, pour autant elles ne sont pas sans réponse et quiconque cultive ces pensées saines recevra tôt ou tard cette connaissance. Le seul moyen de l’accepter est de la prendre sans préjugés, avec un sens critique, sans pourtant avoir des œillères. Mais ce ne sont pas tant des paroles plutôt que des actions qui devraient nous convaincre. Placerais-je ma confiance en une organisation religieuse dont les actions auront été de brûler des innocents sur le bûcher ? Ceux qui ont raison, car c’est l’éternelle histoire de la vérité et du mensonge, du bien et du mal, de l’homme intègre contre l’imposture, ce sont ceux là même qui ont défiés des puissances qui vendaient au monde leur mensonge, cherchant leurs propres intérêts. L’homme qui est étouffé est celui-là même qui a dénoncé ces agissements et qu’à une certaine époque on pouvait traiter d’hérétique. Ces hérétiques cependant étaient des hommes et des femmes justes qui dévoilaient les faux-agissements de puissances, au détriment de leur vie. Seul comptait pour eux la recherche de Vérité, ils ne se laisser pas bercer d’illusions. Ces gens-là étaient reconnu à leurs fruits, autrement dit à leurs actes courageux et sincèrement justes. Ce sont ces gens-là qui ont donné un sens à leur vie, en combattant le mal par le bien, et en soutenant une autorité invisible mais bien réelle, plutôt qu’en soutenant l’Homme. J’insiste sur ce passage : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

  5. Génial votre blog Cécile ! La question du sens abordé sous différents prismes qui se rejoignent dans un même but : celui de l’apaisement et de la connaissance de soi. Ce qui est fort intéressant est de voir à quel point les uns et les autres, s’évertuent à enrichir la question du sens par le biais de ces « cultures d’idées » qui font ses jardins taillés à la façon de labyrinthes logiques proposant plusieurs issues. Si l’arborescence est une image traduisant un cheminement de pensée, votre site est un réseau neuronal à lui seul proposant un voyage à travers l’humain et ses richesses au sens large. Très sympa !

    1. « un même but : celui de l’apaisement et de la connaissance de soi »
      oui, c’est l’objectif essentiel de mon bouquin au départ.. et donc de ce blog qui le complète 🙂

  6. Cette approche philosophique est intéressante sur le plan intellectuel mais je ne pense pas qu’elle soit utile pour les personnes qui souffrent. Exprimer nos émotions est la clef du problème, et le raisonnement n’a de prise sur les émotions.

    Cet article est basé sur l’hypothèse que la vie doit avoir un sens, et c’est à mon avis l’hypothèse la plus destructrice que l’on puisse faire : le droit de vivre et l’amour peuvent-ils se payer par notre utilité ?
    Je crois au contraire que la liberté d’exister sans prétexte fonctionnel – surtout dans une société malade comme la nôtre – est la seule issue à cette dépression cultivée comme jadis l’art de la guerre 😉

    1. Vivre comme un bouchon sur l’eau ? et/ou comme un pur hédoniste ?
      Est il possible d’arriver à vivre toute une vie sans se projeter ?
      Est il possible de vivre toute une vie dans le seul instant présent ?
      Il me semble que c’est là au contraire faire fi de nos émotions, ou bien en être totalement esclave (ce qui est, en tous cas pour moi, hautement anxiogène)
      Ce faisant, je ne peux mp’empêcher de penser aux lotophages.

      Pourquoi également parler d’utilité ? L’utilité aux autres je suppose, à vous lire ? N’est il pas alors possible de se créer son propre modèle de cheminement, d’être utile pour soi seul ?

      Je reste perplexe devant la proposition, mais ne prétends pas pour autant qu’elle soit impossible pour d’autres.

      1. Vivre simplement car c’est agréable ! même dénué de confort et de stimulations, comme un chat au soleil.
        Je ne suis pas hostile au projet en tant que tel, sacrifier le présent dans l’espoir d’obtenir une satisfaction future a du sens dans un monde idéal, ou dans un monde clôturé.
        Mais l’hypothèse que nous vivons dans le meilleur des mondes est fausse ! vivre de projets dans une société où tout le monde est en manque/dépressif/toxico/malade est suicidaire ! et il est très probable qu’on rejoigne le rang des infirmes.
        Cette spirale est entretenue par nos institutions qui amplifient continuellement la violence, consciemment ou non, car elles en vivent.
        La maltraitance des enfants depuis la naissance (FREREDIC LEBOYER, MICHEL ODENT, ALICE MILLER) explique complètement et simplement la dépression existentielle.

        1. Je suis assez d’accord avec Pépéhème sur la question de la maltraitance dès la naissance. Je suis convaincue que si l’on redonnait une juste place aux femmes, aux mères, à la maternité, à l’allaitement maternel… eh bien comme par magie bcp de choses iraient bien mieux.
          Mais cela ne ferait pas l’affaire de tous ceux à vision matérialiste (trop maltraités ?) qui ont intérêt à ce que nous souffrions et consommions 🙁
          On n’est pas sortis de l’auberge…

      2. «  Vivre comme un bouchon sur l’eau ? […] Est il possible d’arriver à vivre toute une vie sans se projeter ? »
        C’est comme ça que je vis, un peu par la force des choses me semble-t-il, c’est super inconfortable… et en même temps, je crois que je ne vis pas plus mal que les gens plus « normaux ». Je ne sais que dire de plus 🙁

    2. Bonjour,
      votre commentaire suscite chez moi deux remarques :
      Exprimer ses émotions pour un HPI me semble nécessaire mais pas suffisant. Car si tel était le cas, une thérapie, quelle qu’elle soit, serait suffisante pour faire disparaître des émotions de souffrance. Sauf qu’elles sont caractérielles et non factuelles liées par tel ou tel traumatisme. Je me suis incroyablement reconnue dans le portrait Webb. En travaillant principalement un défaut récurrent chez moi et source de difficultés à large spectre ( c’est le moins que je puisse dire ) l’impatience. À tous les niveaux. Avec le sentiment que la minimisation de cette émotion-là entraîne dans son sillage l’atténuation des autres défauts.
      Quant à la vie, elle ne « doit » rien. Je la vois juste comme une bulle d’énergie – personnellement j’y mettrais bien le mot Amour dans cette énergie-là. À chacun d’y mettre ce qu’il veut : du sens, de la vertu, du vice, de la noirceur, de la beauté, de l’égoïsme … En cela le parcours de chacun est unique et lui appartient. Et si la vie est un grand vide … il est de la responsabilité et du libre-arbitre de chacun d’y mettre ce qu’il croit être bon pour lui et pour les autres. Prendre ses responsabilités : Il est peut-être là l’enjeu vertigineux de notre existence.

    3. Tout à fait d’accord avec vous. La vie n’a pas de sens, cela va de soi. C’est précisément en s’acharnant à vouloir lui en trouver un que la sensation de vacuité et la « dépression existentielle » nous guettent.

      1. D’accord avec vous sur le fait que la vie n’a pas de sens. Nous naissons pour ensuite attendre la mort.
        Dès qu’on a conscience de ceci, il serait logique de se suicider.
        Mais quand on n’arrive pas à passer à l’acte ?
        C’est là, à mon sens, qu’apparaît la notion de dépression existentielle : pas dans le fait de chercher désespérément un sens à la vie, mais dans le fait de se demander ce qu’on fait là et comment échapper à tout ça quand on n’arrive pas à prendre la décision de se suicider.

        1. « Nous naissons pour ensuite attendre la mort.
          Dès qu’on a conscience de ceci, il serait logique de se suicider. »
          Là j’avoue que j’ai du mal à vous suivre et à faire le rapport de causalité. C’est plutôt tout le contraire : la conscience aigüe de l’issue dramatique et de notre précarité constitue bien d’avantage un impératif d’urgence à jouir du temps présent. Dés lors, remettre en quelque sorte son existence à plus tard par le biais de « projets » (attention, je ne dis pas qu’on ne peut pas avoir de projets, mais l’imprécation moderne autour de la notion de projet consiste à transplanter la logique de l’entreprise au coeur de la vie privée, ce qui est doublement destructeur : par la dépossession de soi-même au profit de la logique capitalistique et par la remise de l’existence à plus tard dans cette même logique, ce que Marx appelait à juste titre « l’abstinence volontaire » à propos de la classe capitaliste), apparait comme une double perte.

          1. Alors je crois que nous réagissons de deux façons différentes (pour des raisons environnementale je suppose) (l’acquis et non l’inné))
            Face à l’absurdité de la vie, vous vous oubliez dans l’hédonisme (et je n’avais pas pris le sens de projet différemment de ce que vous exposez), alors que pour ma part, je ne vois même pas l’utilité de dépenser en pure perte de l’énergie ?

          2. Je ne sais pas ce qu’est l’hédonisme, mais l’obligation actuelle d’avoir des projets est à mon avis une forme de violence. Les jours où je déprime le plus, en me demandant ce que je fiche ici, je me réconforte en me disant que ce n’est pas là le problème : je ne sais pas pourquoi je suis là, quel est le sens de tout ça, ok, mais j’y suis, alors autant que ce soit le moins pénible possible. Et, comme par magie, quand je suis mes intuitions, mes envies, sans me faire violence, je me sens sur mes rails, les choses se passent bien, et je ne me pose plus de questions stériles.
            Simple témoignage. 🙂

            1. Je suis étonnée d’entendre parler d' »obligation » de projet. Qui nous oblige ? Ne peut-on avoir envie d’apprendre une langue étrangère, d’aller visiter un pays (et d’épargner pour ça, ou en tous cas de trouver des solutions pour s’y rendre), d’apprendre à dessiner ou encore de parcourir le chemin de St Jacuqes de Compostelle ? Est-ce que tout ceci appartient à ces projets qui nous sont imposés ?

          3. Pour une fois je suis tout à fait d’accord avec ce que dit Tournevis : « l’obligation actuelle d’avoir des projets est à mon avis une forme de violence ».
            Il est à noter que cette violence a été directement importée de l’univers du management par la novlangue libérale. Sur le sujet, je recommande fortement la conférence de Frank Lepage, visible sur le site de la scoop le pavé :
            http://www.scoplepave.org/1-l-education-populaire-monsieur
            Le terme « projet » est ainsi le « concept opérationnel » le plus utilisé aujourd’hui par la novlangue libérale et managériale, c’est le « concept opérationnel » le plus utilisé actuellement dans les ouvrages de management. Il envahit absolument toutes les sphères d’activité, y compris notre chère éducation nationale.
            Le projet est donc notre ennemi de classe 🙂
            Cela dit, cela ne doit pas vous empêcher d’avoir des envies 🙂 comme par exemple apprendre l’espagnol, le dessin, ou faire un voyage à Berlin…
            Petite rectification pour Cécile : je ne « m’oublie pas » dans l’hédonisme, j’essaie simplement de faire le tri entre le vrai et le faux, l’essentiel et le superficiel. A ce sujet, je ne crois absolument pas que la psychologie puisse être d’un quelconque secours, HP ou non, au contraire. J’ai à maintes reprises constaté la confusion où plongeait le recours à la psychologie, qui constitue à mon avis une littérature nuisible. Elle n’offre aucune base scientifique et produit une grande confusion de théories et d’approches. Je me demande sérieusement qui cette littérature a pu réellement secourir ou éclairer un jour. Le fait qu’elle soit abondamment reprise et utilisée dans toute la presse people et « féminine » est un indice de sa nature de nouvelle superstition collective, à l’image de l’astrologie. La seule approche rationnelle à caractère scientifique (c’est à dire produisant des lois générales confirmées par l’observation) de la personne humaine et des rapports humains que j’ai trouvé se situe dans le domaine des sciences sociales, notamment avec Bourdieu. On peut compléter cet aspect des relations sociales avec la « science économique », notamment l’approche marxiste des rapports de production et d’exploitation.
            Ces descriptions de la réalité des sociétés humaines et des rapports économiques et sociaux est très précieuse pour qui cherche la vérité sur ce monde. Elle est aujourd’hui absente du paysage médiatique et de la culture de masse. Pour reprendre le mot d’A. Zinoviev :  » la lutte pour ou contre la vérité est la plus profonde et la plus acharnée des luttes ».
            La psychologie est un écran de fumée qui ne fait qu’égarer ceux qui sont en quête de vérité.
            http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Distinction._Critique_sociale_du_jugement

            1. Vous citez Bourdieu – ok – mais pour des personnes surdouées et sans culture générale importante (ça arrive), surtout des femmes (admettos) je pense que la presse psychologique de magazine peutr présenter l’intérêt d’ouvrir certains horizons;
              Par ailleurs, les ressorces psychologiques présentent effectivement cette limite qu’elles ne présentent qu’un seul modèle : celui de la norme. Soyez heureux comme on vous dit de l’être (on peut comprendre que pour certains ça ne va vraiment pas marcher).

              Enfin, je reviens sur le terme de projet.
              Pourquoi une envie ne pourrai-elle devenir projet ?
              Il y a une expression qui est « former un projet » : je forme le projet d’aller visiter un pays, apprendre une langue…. former n’est pas suffisant – il faut ensuite passer à l’acte.
              Mais là dedans, je le repète, je ne vois nulle contrainte imposée par notre modèle économique en cours. La notion de projet existait quand même bien avant Adam Smith et sa malheureuse division du travail, ce me semble.

        2. Vous etes bien negative ! peut-etre que le fait que vous soyez la a deja un sens dans le grand algorithme de l’univers.
          La vie a un sens, celui qu’on lui donne, si l’inspiration vous manque il existe meme des religions…
          Personnellement je trouve tout ca tres fascinant, par contre frequenter mes semblables (la masse d’animaux abrutis qui peuplent la population et leurs reactions animales) m’est parfois penible je l’avoue.
          Les dernieres theories en physique sont d’ailleurs assez interessantes : univers holographique virtuel , si pas gigantesque simulation etc

  7. merci pour cet article et les autres ! j’ai trop la flemme de lire des trucs sérieux,et surtout en anglais
    grâce à vous, j’ai enfin compris pourquoi j’ai tant aimé lire Harry Potter (et le relire, plusieurs fois en français puis en anglais pour que ça dure plus longtemps), pourquoi je me sentais tellement concernée par cette histoire de qqun qui est différent mais ne le sait pas et ne comprend pas ce qui lui arrive (extra-terrestre, HP ou sorcier, c’est un peu pareil)

    bon, les journées trop courtes, la conscience aigüe du temps qui passe, les choix cornéliens impossibles à assumer… l’hypersensibilité physique et psychique, à tout ce qui ne va pas dans ce monde de fous et la vision de ce qu’il pourrait être si seulement… l’hyper-exigence envers soi et les autres, le métro d’avance, tout ça tout ça…

    décalage et impossibilité de faire demi-tour : il y a qqs années, j’ai cessé d’écouter France I….. (à cause de leur évident a priori sur le référendum) et je suis passée à France Q ; au début, délice, je ne comprenais rien, impression magique d’être dans un monde différent, passionnant, plein de savoirs nouveaux ; et maintenant, de plus en plus je me rends compte que la plupart de ceux qui causent dans le poste ont une vision étriquée, limitée, je m’énerve après leur propos creux et je vocifère toute seule dans ma cuisine, mais surtout, je m’ennuie ! certaines émissions me plaisent encore bcp mais elles sont de moins en moins nombreuses…
    existe-t-il une radio HP ? Radio Zèbre ou qqchose comme ça ?
    😉

    pour le moment, je ne supporte plus ni les gens « normaux » ni les gens « heureux » car ça me casse le moral complètement de me sentir si marginalisée, si loin de tout ça, tant ça me semble artificiel ; et les « ratés » comme moi me démoralisent aussi, pour d’autres raisons ; mais j’ai besoin de rencontrer des gens, besoin de chaleur humaine et besoin d’échanges nourrissants ; merci pour le tchat !! c’est assez génial… 😀

    je continue ma lecture

  8. Je tombe des nues en vous lisant !!! Cela fait plus de 10 ans que je fais croire à tout le monde que je suis un peu sourde tellement je suis larguée dans les conversions à plusieurs !!!! pire quand il y a de la musique, je rentre dans la musique et je deviens carrément autiste avec mon entourage. Lorsque je danse, je me rends compte que les autres ont honte pour moi !!! Je suis contorsionniste de naissance, je n’ai donc jamais travaillé ma souplesse, et je m’éclate littéralement en dansant. A 42 ans, moi qui suit depuis toujours, l’extraversion, la joie de vivre et qui remercie en permanence dame nature de pouvoir ressentir la vie avec autant d’intensité, je suis aujourd’hui devenue solitaire car je suis en décalage permanent sur tous les sujets et ou comportement avec les autres.
    A 37 ans je reprends des études de droit, le diplôme de ‘l’ICH que j’obtiens en 2 ans. (Il faut en moyenne 4 à 5 ans pour obtenir le diplôme)Moyenne des matières écrites : 17 sur 20 et moyenne à l’oral 11 sur 20. Je me liquéfie pendant mes oraux. Pire, j’ai rendu tous les autres auditeurs jaloux de me voir réussir si bien et si vite (les 3/4 des matières en un an) que l’on me dénonce pour tricherie pendant que je passe un écrit la deuxième et dernière année pour moi. On me fouille. On ne trouve absolument rien. J’obtiens ma plus mauvaise note : 16 sur 20 qui reste la meilleure des notes pour cette matière.
    Pour me comprendre, il faut aussi savoir que de 15 à 37 ans, j’ai été addicte à la nourriture, et je m’en suis sortie en décidant à 37 ans d’arrêter cette double vie (manger et vomir en cachette). Je ne sais pas pourquoi, mais le ventre vidé me permettait de me sentir plus à l’aise au milieu des autres…
    A 37 ans donc, je m’impose comme programme sport étude pour réapprendre à digérer normalement. Pour cela, je nageais 3 heures pas jour ce qui me permettait d’accepter la digestion et je bossais ensuite comme une malade mon droit en faisant des pauses en dansant sur de la transe.
    J’ai 42 ans aujourd’hui, je me sens terriblement seule, incapable d’être en phase avec les autres. Je mange aujourd’hui normalement, mais je ne sors plus, je passe mes journées à lire, je dirais même que comme je ne retrouve plus de travail, je chôme donc seule en dansant, en nageant, et en lisant.
    Cela fait bientôt 2 ans que j’ai rencontré mon doudou actuel, nous ne vivons pas ensemble, et même avec lui, je ne me sens pas en phase. Il me trouve fatigante, trop pleine de vitalité physique et intellectuelle. Je parle trop !!! il m’a déclaré que je ne m’exprimais pas normalement mais que je fais de la diarrhée verbale !!!
    D’ailleurs, j’ai bien rigolé en lisant que les « surdoués » avaient tendance à dire « oui je sais !!! » lorsque quelqu’un est au début de sa phrase !! Mon doudou m’a expliqué que c’est carrément énervant de m’entendre dire « oui je sais » alors qu’il est en train de me raconter son histoire personnelle…
    Depuis 2 mois je me fait suivre par une psychiatre qui d’ailleurs ne me suit absolument pas lorsque je m’exprime. Je vais la voir car depuis quelque mois, je me dis assez souvent à moi même que je me jetterais bien d’un pont pour en finir une bonne fois pour toute, tellement je me sens seule. Autant en finir dans le sensationnel, imaginez-vous, le saut ultime !!!
    Nous n’avons jamais abordé ce sujet avec ma psy. J’ai l’impression qu’elle s’imagine que je mens lorsque je déclare m’être guérie seule de ma dépendance à la nourriture. On parle beaucoup d’alimentation avec elle …. Systématiquement, elle me demande quelle est la relation entre ce que j’explique et le sujet abordée. Elle comprend enfin mon raisonnement que lorsque je lui explique qu’il y a effectivement des « relations » à percevoir dans tous mes propos !!!!
    Bref, elle m’a déclaré borderline, simplement parce que j’ai la larme facile !!! Je gère effectivement mal mes émotions mais en ce qui me concerne je n’ai pas honte de pleurer pour presque rien !!! Moi, j’ai l’impression de vivre au milieu des morts vivants qui ne ressentent rien… En attendant, je suis convaincue de ressentir le positif 1000 fois plus fort que les autres en général … cependant, je me sens super seule car même le positif je n’arrive pas à le partager.

    1. Bonjour,
      Votre commentaire m’a ému. Je lis dans la précipitation de vos propos l’urgence. Exacerbés par un sentiment vital (de vie) existentiel, les HPI ont un rapport douloureux et amoureux ( et oui ! ) à la mort également. Humour noir sans doute, mais humour malgré tout : avoir des idées noires est encore avoir des idées. Ce qui est plutôt bon signe.
      Ne focaliser plus sur les gens que vous « devriez  » fréquenter : famille, collègues, voisins, amis (s’ils ne vous acceptent pas telle que vous êtes) .
      Soyez plus libre que cela : Voyez large, prenez de l’altitude : Si ne serait-ce que 3% de la population est HPI, cela donne un champ possible de rencontres avec 210 millions autres extra-terrestres ! Vous n’aurez pas assez de cette vie-là, c’est certain …

    2. mais c’est fou ! on dirait moi ! bien que nos parcours soient très différents votre manière de raconter le votre, l’immersion dans la musique, votre soif de danse, d’apprendre, de guérir seule et tout on dirait moi ! alors on est deux à n’être plus seules ?
      vous n’avez pas peur que cette psy stupide vous abîme, abîme ce magnifique moi que vous abritez ? cécile semble dire qu’il y a des spécialistes plus sérieux quand même pour les gens comme nous. enfin, elle vous aide peut-être à mieux vous auto-décrypter à travers ses réactions de déni et son pathétique besoin « d’explications ». parfois il suffit d’un miroir. bonne continuation et surtout dansez !!!!

  9. Merci beaucoup pour ces articles vraiment très intéressants… Mon niveau en anglais est trop basique pour être capable de lire les livres dont vous parlez dans la langue de Shakespeare aussi merci pour la traduction 🙂

  10. Bonjour

    Au risque de me répéter MERCI encore une fois pour cet article intéressant et vivement les suivants.

    Il y a près de 2 ans, mon médecin m’a diagnostiqué en dépression … ce qui m’a énormément surprise ! Je n’y croyais pas. Le psy que je voyais à l’époque m’avait dit que je faisais une crise de la cinquantaine (à32 ans !). Aujourd’hui je comprends qu’il parlait d’une dépression existentielle

    Encore merci

    1. Bonjour,
      moi je comprends surtout que les psy purs et durs définitivement … et me conforte dans mon ressenti depuis toujours à ne surtout pas aller rejoindre les bancs de la fac malgré des prédispositions en sciences humaines. Je savais intuitivement qu’on abîmerait ce don à  » lire  » la personne que j’ai en face de moi, plus qu’on me formerait. Vierge de toutes pensées pré-mâchées par des « Pairs » reconnus, Ce fût long et difficile, mais quel plaisir aujourd’hui !

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