Du harcèlement à la phobie sociale

Ca a commencé avec ces quelques mots lus « You can’t stay, you can’t play » : « Tu ne peux pas rester, tu ne peux pas jouer ».

Et ça m’a renvoyé à toutes mes années de cours d’école, de collège et même de lycée, durant lesquelles j’ai tant entendu ces mots….
On m’excluait, je ne savais pas pourquoi. Des années durant au collège, j’ai été la tête de turc d’un groupe d’élèves. Plus je me défendais, plus j’étais attaquée, évidemment. Et la tête de cette élève quand je lui ai demandé un jour « Mais enfin ? qu’est-ce que je vous ai fait ?! » Une tête qui montrait bien qu’elle n’en savait rien. Que c‘était comme ça. Si on se moquait de moi, il devait bien y avoir une raison, mais elle ne le savait pas, elle se contentait juste de se moquer avec les autres.

Je me rappelle par exemple que, des années plus tard, lors de mes études supérieures, un regard glissé vers moi par deux étudiants qui se parlaient avait déclenché chez moi une immense anxiété, en fait une vraie peur.

Sur le site de « Hoagies Gifted » (un site australien), des dizaines de références consacrée au harcèlement à l’école. (Ce qui m’a fait penser aux résultats de cette récente étude qui mentionnent que 10% des enfants à l’école sont victimes de violence, tant de la part de leurs coreligionnaires que de la part de leurs professeur, il faut bien en avoir conscience (non, je ne jette pas la pierre aux professeurs, je ressens juste qu’il faudrait revoir complètement et en profondeur, le système scolaire français).

Sur les adultes que deviendront ces enfants si sensibles, qui ont tant de mal à pouvoir partager, faire comprendre leurs émotions et leurs ressentis, je suis persuadée que de telles situations ont un impact important : agoraphobie, phobie sociale.

Sur le site de SENG (Supporting Emotional Needs of Gifted – Nourrir les Besoins Emotionnels des Surdoués ), cet article qui date de juin 2010 et qui aborde la question du harcèlement moral à l’école : « des systèmes éducatifs qui ne reconnaissent pas du tout le surdon comme une raison valable pour mettre en place des programmes adaptés, comme c’est le cas des systèmes Suédois et Norvégien. Dans ces environnements, les étudiants reçoivent très certainement un enseignement interactif, mais le surdon y est pourtant très certainement un inconvénient, à cause d’étudiants qui en veulent plus, savoir plus, et apprennent plus vite que n’importe qui d’autres et deviennent, ce faisant, source de stress pour le professeur. Pas étonnant que les étudiants surdoués deviennent un inconvénient !  Dans une étude récente, j’ai trouvé que 92% des étudiants suédois dont le QI était supérieur à 131 (sur un groupe de 287 étudiants interviewés) avaient été au mieux ignorés au pire harcelés par leurs professeurs, au point que certains étudiants étaient suicidaires »

Roland S. Persson, Ph.D.,est Professeur en Psychologie de l’Education, et membre des Comités Editoriaux du magazine britannique Education Today (UK) et américain  Gifted and Talented International (US), également consultant psychométrique auprès de la Swedish Foundation for Applied Psychology (STP), et éditeur en chef de High Ability Studies (ECHA/Routledge) 1998 – 2002.

Je repense à ces phrases de Borus Cyrulnik dans son livre « Mourir de dire : la Honte » :

«  L’émotion partagée apaise le blessé, mais entraîne ceux qu’il aime dans la souffrance. De quel droit attire-t-on nos proches dans notre détresse ? Alors on se tait, ce qui trouble la relation et met une ombre entre nous [.. .] Le honteux fait secret pour ne pas gêner ceux qu’il aime ».

« Rien n’épuise plus un organisme que l’inhibition, la contrainte à ne pas bouger, à ne pas dire, comme un gibier qui s’immobilise dans une posture d’alerte »

« Quand il s’agit de défendre ses frères, le honteux se sent capable d’agresser l’agresseur. Cette défense par l’attaque lui permet de se démontrer à lui-même qu’il n’est pas aussi minable qu’il le croit. Aider un blessé, le comprendre, s’identifier à lui, permet dans un même mouvement d’affronter l’agresseur et de revaloriser l’idée méprisante que l’on se fait de soi ».

« On s’adapte à la honte par des comportements d’évitement, d’enfouissement ou de retrait qui altèrent la relation. […]  Il n’est pas rare que la honte se retourne en son contraire et prenne un air de supériorité »

« Les personnes introverties qui ont du mal à s’exprimer partagent mal leurs émotions et se laissent aller à la solitude ».

« La honte vient plutôt de l’attribution à l’autre d’une croyance rabaissante »

« Etre rejeté ou méprisé par quelqu’un dont on espérait l’affection est une déchirure traumatique »

«  La mémoire nous joue de vilains tours quand on persiste à répondre à une agression passée, alors qu’on vit maintenant dans un milieu sans violence »

J’ai gardé en tête cette phrase que je ne peux que citer de mémoire : Il y a toujours un moment où, à l’âge adulte, c’est la honte de l’enfant qui reprend le pouvoir.

Le lien entre harcèlement et phobie est donc la honte.

Le site « Phobie Sociale – Agoraphobie » fournit des indications utiles pour mieux comprendre l’agoraphobie, et surtout la phobie sociale qui touche tant de surdoués au point de les handicaper, et de les faire glisser insidieusement vers les conduites addctives (pour oublier) ou la dépression, voire le suicide.

Quelques extraits :

« La phobie sociale est une crainte irrationnelle d’être jugé ou observé par un autre, de donner le spectacle d’un comportement inadapté, voire honteux, de révéler cette tendance anxieuse. La phobie sociale concerne les individus qui, dans certaines situations sociales, éprouvent une forte anxiété. Ces manifestations anxieuses intenses et la plupart du temps paralysantes ou inhibitrices conduisent le sujet à éviter les dites situations, d’où un fort handicap.

[…]

Les caractéristiques habituelles associées à la phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à une évaluation négative ou au rejet, un faible estime de soi ou des sentiments d’infériorité.

L’anxiété sociale est perçue sous deux angles essentiels :
–        Anxiété de performance : face à un observateur, au centre de l’attention, perte des moyens et ressources.
–        Anxiété d’interaction : se sentir évalué dans une relation et à son désavantage. Perte du statut d’interlocuteur valable : anxiété relationnelle.

Une ligne commune à ces deux types d’anxiété :
Peur du regard -> Peur du jugement -> Peur de l’exposition

Dans la phobie sociale, le comportement anxieux prédominant est l’évitement. Les peurs conduisent l’individu à l’évitement plus ou moins développé des situations anxiogènes.

Nous sommes ici dans le principe du cercle vicieux. A chaque évitement, la valeur anxiogène de la situation augmente. Le trouble s’«auto-nourrit».

Mais le phobique social peut aussi anticiper. En effet, l’anticipation anxieuse se produit avant les situations à problèmes. Elle prend schématiquement trois dimensions : psycho-corporelle, cognitive et comportementale. On peut considérer que ces symptômes font partie du vécu anxieux de la situation elle-même.

L’anticipation sera donc marquée :

–        d’un point de vue psycho-corporel (tension musculaire, difficulté végétatives diverses, respiratoires)
–        d’un point de vue comportemental (évitement, hyperactivité, vérification, inhibition)
–        d’un point de vue cognitif (hyper vigilance, focalisation, troubles de la mémoire…)

Les symptômes de la phobie sociale sont de différentes natures :

–        Symptômes physiologiques : tensions et manifestations neurovégétatives disproportionnées : tensions musculaires, douleurs musculaires, fatigue, tremblement, sensation d’étouffement, tachycardie, sécheresse de la bouche…

–        Symptômes cognitifs : hyper vigilance, focalisation, hyper conscience de soi et par voie de conséquence, difficulté de concentration, de mémoire (trou noir) distorsions cognitives (lecture de la réalité éloignée de la réalité elle-même)…
Anticipation anxieuse, besoin de réassurance.

–        Symptômes comportementaux : conduites d’évitement direct ou subtil, vérifications, inhibition, hyperactivité.

Comment devient-on phobique social ?

La phobie sociale résulte d’un apprentissage, le phobique sociale suit donc un modèle, celui-ci peut être comportemental ou cognitif.

Modèle comportemental : il existe deux cas de figure :

–        Apprentissage d’une conduite de dysfonctionnement : en clair, le sujet prend comme exemples des individus ou relations déjà problématiques (ex : parents peu sociabilisés, peu tolérants ou peu affectifs)
–        Apprentissage non référencé : le sujet n’a pas de références, d’exemples d’un comportement social adapté.

Modèle cognitif : la phobie sociale naît d’un mauvais traitement de l’information :

–        Le danger vécu, expérimenté est intégré (stress chronique durant l’enfance, exemple familial et/ou social d’anxiété, traumatismes divers) La réalité (ici les relations sociales) est ensuite interprétée en fonction de dangers potentiels.
–        Un sujet phobique social a une conscience déformée de lui-même : image négative et sous-évaluation.

Exemple de schéma cognitif

•        Le sujet pense se conduire de manière ridicule ou inacceptable.
•        Il craint des conséquences négatives telles le rejet, la dévalorisation de son image ou de son statut.
•        Ces pensées font naître le phénomène anxieux :
–        Les symptômes anxieux (tremblement, rougissement…) deviennent eux-mêmes des signes de danger et viennent nourrir l’anxiété.
–        L’hyper vigilance aux manifestations somatiques et aux pensées entraîne une baisse des compétences sociales : le sujet est tourné vers l’intérieur (pensées, corps), non vers l’extérieur (la relation)
–        Les comportements d’évitement, de fuite entraînent chez l’autre des comportements sinon similaires du moins altérés.

•       La performance sociale est insatisfaisante.
•       L’anxiété est nourrie, développée. Les compétences ne se développent pas.

Pour aller plus loin dans le domaine du harcèlement moral, de document de 170 pages (rédigé en anglais) établi par l’association « Psychological Harassment Information »  (Information sur le Harcèlement Psychologique).  Il y est question de Pavlov, de Techniques de Manipulation mentale,  de gestion du Stress en étudiant ses causes, des effets du stress (dont font partie la dépression et le suicide).

Il y est également questions de techniques pour éviter / limiter les situations de harcèlement.

Elles passent par :

–      La visualisation positive : on conditionne son esprit négativement ou positivement  (« ça va bien se passer » au lieu de « ça va mal se passer »)

–      L’entraînement à montrer que l’on est heureux (qui facilite la capacité à l’être) : agissez comme si vous étiez heureux(se), et bientôt vous sentirez heureux et ceci aura un impact sur votre façon d’agir.

–      L’apprentissage du rire : le rire libère des endorphines qui permettent de lutter contre le stress et la dépression et renforcent également le système immunitaire.

–      La capacité à identifier la manipulation mentale (sur le lieu de travail, dans les médias, la propagande politique)

La psychanalyste Raymonde Hazan postule que l’agoraphobie est la vraie névrose du surdoué.

Le surdon n’est pas une malédiction. Mais il est essentiel d’en comprendre le fonctionnement pour pouvoir vivre autrement qu’en mode survie.

Et alors, cette dernière phrase de Boris Cyrulnik, issue de son livre déjà cité  : « La honte, ce sentiment poison, cet abcès dans l’âme, n’est pas irrémédiable. On peut passer de la honte à la fierté quand notre histoire évolue ou selon la manière dont nous prenons place dans notre groupe culturel ».

42 thoughts on “Du harcèlement à la phobie sociale

  1. Bonsoir,

    Je voudrais apporter mon expérience sur cette problématique du harcèlement dans le travail.

    Il nous faut tenir compte de notre hypersensibilité afin de mesurer l’impact des critiques négatives que nous pouvons recevoir, certaines étant destinées à nous rabaisser, mais pas toutes.

    Et c’est là le problème, il s’agit de voir où est la limite, en nombre de critiques, ou bien la récurrence de ces critiques, si elles émanent de plusieurs personnes, ou bien d’une seule.

    J’en suis victime actuellement, et j’ai à cœur de ne pas tout mélanger, bien sûr j’ai demandé à changer de service, mais dans ma situation actuelle tout n’est pas bon à jeter. Mais je sens bien un ressentiment inhabituel depuis quelques mois, et de personnes avec qui je m’entendais bien, et qui ont changé d’attitude à mon égart sans que je sache pourquoi.

    Bien sûr c’est difficile à vivre et il y a des décisions de changement à prendre qui ne sont pas faciles pour moi (choisir c’est dur….).

    Mais, je suis plus forte aujourd’hui, alors j’attends plus longtemps, mais il faut faire attention, car à force de tout encaisser, ca craque à la fin (problèmes physiques à répétition).

    Et c’est l’aspect santé qui change parfois les choses, je dois choisir entre un travail qui m’épanouirais que je ne trouve pas et un travail pour manger qui se trouve facilement mais qui ne m’apportera rien et me rendra malheureuse à moyen terme.

    Ai je le choix ? non.

    Disons que la pression au travail change notre visioin de nos besoins, nous mettons beaucoup de choses de coté afin d’assurer notre survie immédiate.

    Ce qui me sauve ? le sentiment d’injustice, meme si je ne le supporte pas, les pressions subies ne le sont pas suite à un mauvais comportement de ma part, je n’ai donc pas à culpabiliser. Oui il faut faire la part des choses, ca aide à sortir de situations compliquées. Laisser aux autres leur part de responsabilité et n’assumer que la notre.

    C’est usant il faut le reconnaître : quand j’arrive chez moi je me repose 2 heures, ca me vide de tout ca. Ce n’est pas la solution, mais ca aide beaucoup à recupérer l’énergie sapée par cette situation.

    Et puis, meme si je n’arrete pas d’y penser, je me dis que j’ai une vie chez moi aussi, et celle là elle me convient et me plait. Alors ?

    Christèle

  2. Bonjour Tournevis,

    En réponse à votre post du 21 mars 2013 at 22 h 01 min.
    Cette piste de la » dissociation structurelle » semble très intéressante…
    Pourriez-vous nous dire si et en quoi elle semble-rait utile pour unE HP et ses spécificités à double tranchant ?
    Est-ce que quelqu’unE d’autre ici connait cette piste ?
    Merci de vos contributions toujours appréciées !
    Chan

    1. Non, je ne peux pas encore parler de la dissociation structurelle, c’est trop frais. Vous ne confondez pas avec la dyspraxie ?
      Voici la présentation de l’éditeur :
      « Le quotidien des personnes atteintes de traumatismes chroniques est une lutte incessante. En effet, beaucoup d’entre-elles éprouvent régulièrement des difficultés, sont en proie à de violents conflits intrapsychiques et ne parviennent pas toujours à gérer leur vie harmonieuse-ment. Leurs symptômes et leurs souffrances, généralement liés à un passé douloureux, sont souvent mal compris, d’autant que certains cherchent à dissimuler la détresse qui les accable. Il est dès lors difficile pour le thérapeute de déterminer et de traiter le noeud du problème. Se fondant sur la théorie de la dissociation structurelle de la personnalité ainsi que sur la psychologie janétienne de la conduite, Le soi hanté propose un modèle de traitement par étapes, centré sur l’identification et le traitement de la dissociation structurelle ainsi que des actions mentales et comportementales inadaptées. Cette approche expose au patient les raisons qui le poussent à agir et à penser de manière inadaptée et le guide progressivement jusqu’à l’acquisition d’actions comportementales et mentales plus efficaces, lui permettant ainsi une meilleure adaptation dans la vie quotidienne. Les étudiants en psychologie clinique et en psychiatrie mais aussi les cliniciens, les chercheurs ainsi que tous ceux qui s’intéressent aux survivants adultes de négligences et de maltraitances chroniques pendant l’enfance trouveront ici des outils et des conseils efficaces pour rendre les thérapies plus efficaces et mieux tolérées par le patient.« 

      1. Bon, ayant avancé dans ma lecture du précieux livre « Le soi hanté », je vais tenter de répondre simplement à la question de Chan. Attention, je ne suis pas « spécialiste » mais, comme le précisent les auteurs de l’ouvrage, les personnes concernées comprennent souvent mieux celui-ci que les professionnels… J’écris donc ici ce que j’ai compris de ce que j’ai lu.

        Nous sommes tou-te-s constituées de multiples facettes (comme des diamants !) qui, chez une personne « normale » (y compris hp) sont liées les unes aux autres, communiquent et interagissent. Quand il y a un traumatisme, par exemple un accident, la « partie émotionnelle » (terme employé dans le livre) liée à ce traumatisme va s’isoler, et la personne, qui mène par ailleurs une vie normale, va tout faire pour éviter cette partie douloureuse. Un exemple donné dans le livre : une femme violée dans une voiture noire quand elle était enfant, va développer une phobie des voitures noires, peu handicapante au quotidien mais qui peut la conduire à une crise de panique incontrôlable si elle se retrouve obligée de monter dans une voiture noire.
        Quand une personne subit de multiples traumatismes (maltraitance, négligences, maladies, morts de proches, accidents…), elle va se cliver en de nombreuses parties dissociées les unes des autres : une « partie apparemment normale » qui gère le quotidien et tente d’éviter les situations rappelant le traumatisme ou susceptibles de réveiller la souffrance qui lui est liée, et un certain nombre de « parties émotionnelles ». Ces diverses parties sont activées selon les moments, elles communiquent peu ou mal entre elles.

        Personnellement, cela fait quelques années que je sens bien cette impression que « il y a un monde fou là-dedans, qui passe son temps à se tirer dans les pattes », impression d’être habitée par au moins une demi-douzaines de personnes différentes les unes des autres, de devoir louvoyer entre les peurs des unes et des autres, de devoir ruser avec moi-même pour tenter de faire ce dont j’ai envie sans en être empêchée par une de mes parties etc. Et de ne pas être du tout la même personne selon les situations ou selon qui j’ai en face de moi. Un quasi impossibilité à définir qui je suis, ce que j’aime, ou comment je pourrais réagir dans telle ou telle situation.

        Je ne sais pas si l’explication est très claire.

        Une conséquence de l’accumulation de traumatismes (état de stress post-traumatique chronique) en est que chaque partie va développer ses propres phobies, et que ces phobies vont en générer d’autres au fil du temps. Une autre conséquence en est que la personne en état de stress post-traumatique chronique va s’épuiser à éviter chacune des innombrables situations réveillant une phobie, et s’épuiser à tenter de mener malgré tout une vie normale. C’est possible un temps, mais l’âge venant, et les phobies se développant en cascade, il arrive un moment où l’on est complètement coincée. À noter que ces personnes développent souvent de nombreux problèmes de santé liés à cet état de stress permanent.

        Les personnes dissociées (dissociatives ?) ont une capacité étonnante à semer la confusion chez leur interlocuteur, que j’ai expérimentée par exemple cet été avec un coach. C’est assez surprenant à observer. Je pense aussi que pour les enfants de tels parents, cela doit créer une forme de maltraitance, l’enfant ne sachant jamais quel parent il aura devant lui et sachant que Dr Jekyll peut se transformer en Mr Hyde pour une vétille. Et donc stress chronique etc., le cercle infernal est enclenché… C’est un peu hors sujet, mais je pense qu’après plusieurs guerres en cinquante ans, et avec souvent des histoires d’exil dans leurs familles, la plupart des Français est vraisemblablement concernée par le traumatisme chronique, transmis en silence de génération en génération. Il est donc vraiment important de se pencher sur cette question. Je précise d’ailleurs que cette idée de dissociation a été émise par Pierre Janet à la fin du XIXè siècle ! Il serait temps de la développer ? En effet, les thérapeutes qui ne sont pas vraiment formés à la dissociation structurelle de la personnalité, càd la majorité des thérapeutes, ne peuvent pas grand chose pour les personnes dissociées (dissociatives ?)

        Pour en revenir au lien avec les hp, pour ce que j’en ai lu l’ouvrage n’en parle pas, mais je serais tentée de penser qu’une hp, avec son hypersensibilité, va être traumatisée par des événements qui seront simplement désagréables pour des personnes moins sensibles. De plus, ne pas se savoir hp peut déjà causer un stress permanent, surtout si l’on est dyssynchrone (dyslexie, dyspraxie…) : pour le vivre, je peux témoigner que la dyspraxie non détectée génère une anxiété chronique (et justifiée) qui conduit à éviter toute situation qui va réveiller l’épouvantable « je ne vais jamais y arriver », de fait un nombre quasi illimité de situations banales. On pourra alors probablement parler de phobie sociale ? Mais c’est en réalité beaucoup plus compliqué que ça.

        Voilà ce que je peux dire à ce jour du lien entre hp, dyssynchronie et dissociation structurelle de la personnalité.

        1. Très en phase avec toi. Je suis dans une période magnétiseuse hypnose, et oui, je sais à quel point ça peut effarer un esprit rationnel, mais bon, j’y vais quand même (1/parce que pour me retirer mon esprit critique il faut se lever tôt, c’est pour ça que ça m’amuse, et 2/ dans mon raisonnement, il y a une bonne part de « sait-on jamais »…et une intime conviction qu’un tas de choses ne passent pas par les mots). Bref, tout ça pour dire que la dernière que j’ai vue m’a dit « Mais binz, y’a des bout de vous partout! Dans la pièce, sous le tapis, on s’approche d’un truc et vous vous sauvez, va falloir unifier tout ça! » Et ça, ça m’a parlé comme il faut. Parce que oui, on est 15 là dedans : la wonder woman en talons, la pseudo bouddhiste, la maman, la femme, la fille, la salope, la conventionnelle, la rêveuse, la culpabilisatrice (elle est forte celle là), la femme libre, la rationnelle, la décidée, celle qui ne sait pas qui elle est, celle qui est douce, celle qui tranche et coupe tout, l’enthousiaste et la dépressive, celle qui a confiance dans l’univers et celle qui se méfie de tout et ne croit en rien, celle qui écoute, et l’autre qui fonce sans rien entendre….ah bah non ça fait 21 (hum bizarre le 21 impair mais j’ai bien tout compté, bref) et je pourrais continuer sur 10 pages…ça en fait du monde….Bon j’ai du boulot 🙂

        2. Nos lecteurs auront corrigé : « C’est un peu hors sujet, mais je pense qu’après plusieurs guerres en cinquante ans, »
          c’est en fait cent ans qu’il fallait lire ; ça ne change rien au problème, évidemment

          1. With great pleasure 🙂

            En continuant ma lecture, j’ai vu que les auteurs parlent même de phobies de certaines parties envers les autres, ce qui correspond assez bien à mon ressenti. L’on peut même être phobique de la vie normale, parce qu’elle est synonyme de changement et d’un minimum de prise de risque, ce qui est insuportable pour la personne dissociée (se cramponner à ses phobies apporte une sensation de stabilité ?), et aussi parce que les parties « émotionnelles » (celles correspondant aux émotions liées aux traumatisme) peuvent s’être senties négligées ou brutalisées par la « partie apparemment normale », ce qui correspond exactement à mon ressenti aussi. J’avais sincèrement envie d’aller moins mal, voire mieux, et en même temps je ressentais des freins profonds, puissants et jusque là infranchissables malgré mes efforts.

            Plus j’avance dans la lecture de ce livre, mieux je me sens, c’est incroyable à quel point. Juste paisible et heureuse (avec quand même des moments de cafard ou d’angoisse, je vous rassure). Comme si les parties jusque là en conflit, se sentant enfin toutes reconnues, s’acceptaient mutuellement et faisaient la paix, au lieu de se haïr et de se fuir sans relâche ? C’est… beau 🙂

        3. Y’a un truc qui me trottinait dans la tete depuis ce matin, je ne savais pas trop ou l’ecrire… Et il fallait que je l’ecrive. J’ai cliqué sur la mind maps, j’ai ete attiré par ce sujet ( qui ne correspondais pas du tout a ce que je voulais dire 😉 ), j’ai lu ton post, Tournevis, et pile-poil, j’ai trouvé 🙂

          Quand tu dis ton impossibilité a definir qui tu es, voilà, c’est ça. Au dela du coté pathologique, n’est-ce pas une inadaptation a cette société ou on nous demande sans cesse de choisir un camp? Lorsque l’on a trituré le rubicube des idées, des humains, des humeurs dans tous les sens, est-il possible de se satisfaire d’une position fixe? Lorsque l’on a vecu quantité de souffrances- du notamment a une grande sensibilité- n’est-il pas possible de se mettre a la place de chacun, et donc d’etre dans le non-jugement, et donc de ne pouvoir prendre parti? Juste accepter d’etre ainsi, une sorte de sdf de l’esprit… Le probleme, c’est qu’arrivé a un certain point, on se trouve dans une situation tellement decalée que la seule position possible, c’est assise sur un banc, un rocher, a regarder le temps passer, juste etre….y’a un job qui correspond a ça????? 😉

          1. si il existe un job qui correspond à ça je prend tous de suite!! c’est ce que je sais faire de mieux!
            des fois je suis en train de ranger des trucs chez moi assis par terre et je me met a penser à quelque chose, puis une autre, puis une autre… quand je reconnecte je me rends compte que suis parfaitement immobile, assis par terre avec le bras en l’air immobilisé en plein mouvement avec un truc dans la main depuis dix minutes…

            ou bien je lis des trucs sur internet et je rebondi sur une phrase je pars très loin et quand je me reconnecte je me rends compte que ça fait 20 minutes que je regarde à coté de mon ordinateur en fronçant les sourcils puis en souriant et en riant tout seul…

            Et quand je raconte ça à ma conquête la réaction habituel c’est « autiste… » (en rigolant. ha ha.) Mais comment ils font les autres pour ne pas penser? tu m’étonne qu’ils ont le temps de faire plein de choses dans leurs journée… penser c’est incroyablement chronophage quand ça te coupe du reste!

            Et dire que les HP sont censé pouvoir faire deux chose en même temps, j’ai déjà du mal à en faire une à la fois 🙁

            La position du non-jugement! j’aime beaucoup, je ressent souvent ça! je peux « comprendre » n’importe quel comportement ou façon d’agir même si je les réprouve complétement, ça me donne l’impression d’excuser tout le monde même sans en avoir envie. Et à côté de ça il y a des personnes qui accable des catégories de personnes ou des comportements alors qu’ils sont incroyablement faciles à comprendre et proche de leurs façon de penser…

            Mais attention sans jugement ne veut pas dire sans opinion! comprendre et excuser ne veut pas dire accepter et tolérer! (je ne sais pas si je suis très clair là…)

          2. sdf de l’esprit, joli 🙂

            Je crains que le seul job qui correspond à ça ne soit… sdf tout court 🙁

            (et je ne suis pas sûre de vouloir finir comme ça même si ça me pend sérieusement au nez)

          3. Kawabunga: pour eclairer mes propos, je dirais que je me situe entre Niezsche ( Par dela le bien et le mal) et mon profond sentiment religieux. Position très inconfortable, je te l’avoue!!!!!!

            Tournevis: depuis très longtemps, je souhaite entrer en contact avec des sdf; a force d’etre moi-meme sdf de l’esprit, j’aimerai savoir si le fait de l’etre vraiment dans la vie est une continuité logique.

          4. (mais où est le bouton répondre?)

            Effectivement le grand écart est compliqué, c’est ce que j’essayais maladroitement d’expliquer: à la fois avoir de fortes convictions (politique pour ma part 🙂 ) et à la fois pouvoir comprendre tous les point de vu… « par delà le bien est le mal » c’est si bien dit

            J’ai connus quelques sdf à moment de ma vie ou j’étais un peu paumé et j’ai trouvé ça assez rassurant, quelque part, de converser avec des personnes, de fait, sorties de la norme. j’ai ressenti une certaine « liberté à être » tout simplement, sans qu’on attende de moi un comportement précis. Mais ces personnes ont sont passées par tellement de violences (je parle ici de violence au sens large et pas simplement physique) qu’il est très difficile, pour quelqu’un d’hyper sensible, de supporter certains silences, certains sous entendu à demi-mots qui te plombe le cœur. Je me suis senti en trop avec ma petite vie si douillet et confortable, même si personne ne m’a jamais fait la moindre réflexion…

          5. Je n’ai jamais parlé avec un sdf, parfois je donne une piece ( non par pitié- je me sens meme très piteuse, tant le geste est derisoire) et ce que je ressent d’eux est enorme, un melange de douleur et de force, il faut etre incroyablement fort pour etre sdf . Et moi qui suis passionnée par l’humain, j’aurai aimé créer autour d’eux ( photos, ecrits, film), avec eux, c’est une envie qui me trottine depuis bien longtemps…. Donner a voir ce que peu percoivent, tant les prejugés sont bien ancrés. Mais bon, comme tu dis, leur vécu est si dense, que ça doit etre difficile.
            Certains me font penser a Hemingway.

            Concernant les convictions, politiques ou autres, je crois bien que je n’en ai plus, juste une conviction de l’instant, qui peut s’evanouir très vite si je la passe a la moulinette , chose que je ne peux pas m’empecher de faire, a mon grand desespoir, j’aimerai tellement vivre sur des rails ( et une conviction est une sorte de rail, a mon sens, puisqu’elle te porte dans une direction) au moins parfois, pour me reposer un peu 😉

  3. Merci infiniment pour cette page qui me permet de franchir un pallier sur la compréhension de mon propre fonctionnement.
    J’ai découvert ce qu’était la phobie sociale (hier grâce à cette page donc). Je comprends que j’ai commencé à présenter des symptômes de phobie sociale dès mes 20 ans (du moins de façon très invalidante).
    Ma phobie sociale trouve elle-même peut-être une de ses causes dans ma « douance » diagnostiquée récemment. Cette phobie peut expliquer partiellement mes comportements addictifs, ma dépression commencée il y a 5 ans, même si l’évènement déclencheur a été un burn-out (classique chez les « surdoués » si j’en juge d’après ce que j’ai pu lire çà et là).
    Je passe sur les détails car je ne souhaite pas m’étaler ici.

    Là où je veux en venir :
    Le diagnostic de « douance » a été posé récemment grâce à WAIS IV. Je ne prends maintenant plus que l’anti-dépresseur qui est du type ISRS.
    Bénéfices de ce médicament a priori (ce n’est pas démontré, mais il y a de fortes présomptions) outre que je suis sorti de la dépression : quasiment plus de symptôme de phobie sociale, plus de TOC et donc aide importante pour stopper le comportement addictif.
    Pertes a priori : hypersensibilité émoussée, mes émotions n’ont plus le relief accidenté qu’elles avaient; par exemple je ne pleure plus même quand je le souhaiterais (cela soulage quand même de pleurer dans certaines situations, …).

    D’où la piste de réflexion que j’emprunte depuis hier soir : si j’arrête l’AD (je veux retrouver pleinement mes émotions !), dans quelle mesure je risque de redévelopper les symptômes de phobie sociale avec tout le cortège de comportements destructeurs ? Sachant que depuis ma dépression, j’ai appris beaucoup sur moi…

    1. Sa savoir surdoué, mais surtout, comprendre ce que ça implique et l’accepter, je pense que ça facilite la vie pour ensuite mieux gérer ses émotions, ne pas être tyrannisé par elles, mais traverser la vague quand ça ne va pas et vivre plus intensément quand ça va.

    2. Bonjour Supernova,

      Si je puis me permettre de joindre votre échange avec Cécile, il me semble que votre réflexion soulève la problématique de la jonction surdon et dépression.
      Cet espace/jonction est une zone grise où très peu de spécialistes ont une réelle pratique de terrain bien que parfois elle soit, de facto, mentionnée.
      En d’autres termes, où, quand, comment et pourquoi ce qui serait un atout, le surdon, semble s’inverser, comme se retourner sur et contre lui-même, pour devenir source de souffrances , de dépressions et autres manifestations de blessures internes ?
      Je surveille la littérature anglophone à ce sujet et je dois vous avouer qu’il me semble que les praticiens: d’un coté Éducation, de l’autre Santé semblent en total porte-à- faux à ce sujet, oublieux les uns des autres, quasi autistes, incapables de se parler et de faire avancer les recherches dans ce domaine.
      Pourtant les problèmes sont réels, la clinique le prouve, beaucoup d’entre nous crèvent de ne pouvoir que survivre dans un monde hostile à notre douance. Alors, comment s’y retrouver si les spécialistes tournent autour du pot ???
      J’espère de tout mon cœur que la recherche en France ne va pas atterrir dans cette impasse…
      Vos réflexions sont les bienvenues !

      Chan

      1. bonjour Chan,
        vous soulevez un problème gigantesque … je vous réponds « à chaud » … voilà modestement les pistes que j’ai trouvé à l’heure actuelle : le HPI a besoin de trois choses dans la vie : du sens, du sens, … et du sens. Si je reprends la pyramide de Maslow, elle n’est pas compatible avec un HPI en l’état. Les besoins physiologiques ? ce ne sont pas des objectifs en SOI. La sécurité ? Idem … etc … ( d’où dépression, situation sociale et/ou professionnelle désastreuses) On peut s’évertuer à essayer de gravir les échelons … c’est peine perdue avec un HPI … avec qui l’on doit prendre la pyramide « à l’envers » … À la décharge des thérapeutes, le HPI est par nature, lucide, anticipant, visionnaire, synthétique et analytique, manipulateur à ses heures par défiance et précaution, par réflexe à ne pas souffrir, qualités qui peuvent se retourner contre lui s’il ne les a pas identifiées, intégrées et … acceptées. J’ai eu le cas récemment d’une jeune femme HPI. Je n’ai pas eu le temps d’approfondir avec elle ce manque de sens qui paralyse sa vie … car lorsqu’elle a senti (et elle l’a senti, car elle très intelligente) que nous allions aller voir où le bât blessait vraiment (au bout de 3 séances, c’est le temps qu’il m’a fallu pour l’identifier HPI) … elle a préféré changer de thérapeute, m’en informant par « honnêteté » . J’y ai vu un besoin de se sentir « désirée », en déplaçant le problème : non pas tenter de (re)mettre du sens dans sa vie, mais du sens à sa relation avec son thérapeute, quitte à les mettre en compétition. Son intelligence, en l’espèce, a joué contre elle. lâcher cette « rage de maîtriser  » est un sacré défi pour un HPI … source pourtant de dépression.

        1. Merci Corine pour cet exemple/réflexion issu de la clinique et qui fait le lien direct entre une des facettes du surdon et son possible écueil, en miroir.
          Des ‘patterns’ plus ou moins inconscients établis en mécanisme de survie qui nous ont sauvé la vie à un moment donné et plus tard se révèlent obsolètes et même contre-productifs, sans que nous puissions y mettre un terme, sauf à accepter un travail sur soi en profondeur et avec la bonne thérapeute formée à la surdouance.

          Si nous pouvions arriver à faire un catalogue de nos  »modestes pistes » comme vous les nommez Corine, nous pourrions continuer/contribuer à cibler plus les pistes de solutions que toutE unE chacunE dans notre quotidien avons mises en place en découvrant nos propres mécanismes d’auto-limitations, j’allais écrire: parfois d’auto-mutilations .
          Notre expérience aussi singulière et modeste soit-elle, si nous arrivons à la synthétiser, à en faire sens, aidera je pense à mieux illustrer notre fonctionnement qualitativement différent avec ses besoins affairants mais aussi nos pistes de solution !

          Merci encore,
          Chan

          1. Ca me fait penser à une expérience récente. J’ai pris un RV avec quelqu’un qui pratique l’hypnose. Au téléphone, elle a évoqué le fait qu’elle me ferait passer un test de personnalité, et j’ai fait un bond. Je n’en veux/peux plus de ces âneries, je ne veux pas qu’on analyse ma personnalité pour la mettre dans des cases pré-formatées d’où ne ressortiront que des jugements basés sur une grille de lecture erronée et personnelle. Je veux JUSTE voir si je peux changer certaines habitudes de vie avec l’hypnose, bon sang de bois, pas qu’on m’analyse, j’ai donné pendant 38 ans, merci, j’ai ma dose. Et je ne veux pas devoir expliquer pourquoi, ce qui va me faire passer in, petto pour une caractérielle autoritaire. Mais j’en ai franchement marre d’expliquer. Vraiment très fort, marre, marre, marre. Evidemment, chat échaudé etc et échaudée, et je l’ai été plus qu’à mon tour, mais ce n’est pas un rejet en bloc que je fais, simplement, je laisse mon intuition me parler, et là, bin c’est pas bon. Je crois que je vais annuler, en plus ses tarifs sont délirants, bref, on a pas commencé que je suis déjà hirsute. Je vais trouver quelqu’un d’autre ou apprendre seule l’auto hypnose, même si le simple fait de me déplacer m’arrange, car ça m’oblige à accorder une heure à cet exercice. Et mince, qu’il est difficile de se faire accompagner.

          2. Il semble, d’après ce que j’ai pu lire ici et là, notamment chez Siaud-Facchin ou chez Cécile, que la dépression existentielle soit liée précisément au besoin de donner du sens dont parle Corine. Cela peut être particulièrement complexe à gérer lorsque ce dernier n’existe pas à priori… On peut notamment penser à la question existentielle de base sur le sens de la vie humaine en général, à laquelle il n’y a pas de réponse objective. D’autant plus que, comme le dit la chanson : « Putain la vie c’est court et puis en plus après on meurt »…
            http://www.youtube.com/watch?v=hugfSOzQ32I
            L’hyper sensibilité et la lucidité me semblent également des éléments perturbateurs de la capacité qu’ont les êtres humains à se mentir et à se berner eux-même, capacité très utile pour surmonter les questions et tensions existentielles (auto persuasion de sa propre importance, réussite, excellence, estime de soi, engagement dans des activités de substitution, loisirs, consommation etc…), d’où peut-être le plus grand recours des HPI aux drogues.
            Kaczynski voyait dans la perturbation du processus d’auto-accomplissement l’origine des grands troubles psychologiques modernes, notamment la dépression, et la multiplication des activités compensatrices ou de substitution.
            http://kropot.free.fr/Kaczynski-livre.htm#33
            Pour ma part, ayant connu la dépression existentielle étudiant, c’est plutôt la reconnaissance lucide de la réalité sociale qui m’a permis de m’accommoder de la société (au lieu de passer mon temps en vain dans la révolte à vouloir changer le monde pour l’adapter à mes besoins), cela grâce à cette phrase de Zinoviev qui m’a ouvert les yeux : « on ne peut pas échapper à la société à laquelle on appartient ». Cela dit, je suis toujours asocial, mais je sais pourquoi et je l’assume, et ça change déjà pas mal de choses 🙂

            1. Passionnant commentaire Ivan, merci.
              La réflexion de Kaczynski, que je ne connaissais pas, vient rencontrer ce que j’ai identifié je ne sais plus où, sur les dysfonctionnements du système dopaminergique (dopamine = le neurotransmetteur de la satisfaction)

          3. Le lien que vous suggérez entre dopamine, auto accomplissement ( et la satisfaction d’atteindre un but, de voir un effort récompensé) est très intéressant. A mettre en relation aussi avec l’usage de drogue, alcool et cannabis, par exemple… L’hyper lucidité du HPI, sa moindre capacité à éprouver de la satisfaction (par une exigence plus grande, des buts irréalistes ou trop éloignés, tendance à l’idéalisme et au perfectionnisme), voir à l’auto-satisfaction, jouerait-il sur le taux de dopamine ? D’où une tendance plus marquée à la dépression (et pas seulement existentielle), et un recours plus grand aux addictions. Bien sûr ce ne sont là que des suppositions et théories personnelles 🙂

      2. Bonjour Chan,
        Une étude est lancée en ce moment par un psychiatre (Pr Lançon, qui a préfacé le livre de Cécile) à Marseille pour mettre en évidence les liens entre Hauts Potentiels et Comorbidités (=troubles associés comme dépression, bipolarité, voire schizophrénie ou autre, ou même problématiques moins « graves »…). Cf onglet « questionnaire ».
        Ca risque de prendre un peu de temps car c’est une étude à grande échelle. Mais ça permettra au moins d’établir de façon objective, pour les professionnels, le constat que beaucoup d’entre nous font sur leur vie et la vie de ceux qui leur ressemblent. Et j’espère ensuite que ça convaincra certains d’entre eux de se pencher plus avant sur le problème.
        (C’est en tout cas mon cas, j’ai repris des études en psycho depuis 2 ans, et il me reste encore 2 ans à faire, et je compte bien creuser dans ce sens).

        1. Merci Etudiante pour ce rappel.
          Si vous avez connaissance d’autres études, n’hésitez pas SVP à nous en poster le lien ici même !
          Au plaisir,
          Chan

  4. Cet article éveille en moi beaucoup de souvenirs. Je pense en particulier à mon ex, diagnostiquée surdouée pendant son enfance, et qui a développé avec le temps une dépression chronique avec des crises destructrices via a vis d’elle même et de son entourage, ainsi qu’une phobie sociale très aigüe.

    L’exemple suédois me parle parce que j’ai travaillé plusieurs années pour une société suédoise. Une des particularités de cette société était que toute ambition personnelle affirmée, toute réussite hors norme d’un individu étaient source de problèmes car l’individu en question rendait mal à l’aise ses collègues qui eux s’appliquaient à rester dans la norme (ou étaient incapables de s’élever au dessus).

    Un de mes collègues canadien m’a dit un jour que dire à un collègue suédois qu’on ne partageait pas son avis était vécu comme une attaque personnelle équivalente à dire « Je ne t’aime pas », qu’il fallait employer des ruses pour faire valoir son avis, en commençant par exemple toute réponse par « Je suis complètement d’accord avec toi ».

    Un jour, je prenais un verre avec un collègue croate qui vivait depuis longtemps en Suède. Il reçoit un appel, parle quelques minutes en suédois, puis reprend la conversation avec un air contrarié. Sur mon insistance, il finit par m’expliquer que c’était le jour de la remise des prix à l’école et que son fils qui avait des résultats excellents n’avait reçu aucun prix. Blessé dans son orgueil, suspectant peut être un ostracisme inavoué, le fils avait demandé au professeur les raisons pour lesquelles il n’avait rien reçu. Le prof lui avait répondu que ceux qui avaient reçus les prix avaient fait preuve soit d’une progression significative de leurs résultats au cours de l’année, soit d’une aide envers leurs petits camarades pour qu’ils améliorent leurs résultats.

  5. bsr apres plusieurs recherche sur mon etat qui dure depuis 3ans « agoraphobie depuis 1an enferme chez moi,crise de panique ,deperso et derea » je viens de decouvrir la source de tout ca ce refoulement en moi qui m a fait temps souffrir!de 11 a 13ans j ai vecu un veritable enfer au college ,au point de tout arreter en 5em toute cette humiliation cette honte cette haine sont tjr presente ,aujourdhui j ai garde des reflex de cette epoque (raser les murs) je me sent tjr cet ado au fond de moi ,je voudrais m en sortir mais les therapies n ont jamais marche je ne sais plus comment faire!

    1. Bonjour

      Merci de votre passage sur ce blog et de votre témoignage.
      Voulez vous bien nous préciser dans quelle région vous habitez – peut-être le réseau des lecteurs pourra-t-il vous aider à rencontrer un thérapeute qui vous conviendra ?

      1. Bjr je suis en corse dans un coin perdu lorsque j arrivais encore à sortir je faisais une heure de route pour voir des thérapeute avec qui ça n à jamais marche! Je ne me suis rendu compte et de moi même il n y a que 2 jours que mon état était du à cette époque de ma vie, j ai 33ans 3enfants plus de travail à cose de mn état tout ça pour dire que ces 3 années de collège ont jusqu à présent anéanti ma vie et j en avais même pas contience ! Aujourd’hui il me manque juste à savoir comment grandir , me trouver, ne plus vivre dans la peur , ne plus être atteind dans mn existence par ce passe que j avais tant essayer d enfouir en moi !

  6. article très intéressant

    j’ai des phobies et des crises de panique ou d’angoisse depuis longtemps, j’ai appris seule et au fil des décennies à les maîtriser à peu près

    phobies : j’évite bon nombre de situations (vastes espaces déserts et situations où je me sens coincée…) ce qui est très frustrant mais je ne peux pas tout gérer !
    pour la claustrophobie, ça va à peu près en ce moment, mais quand j’avais dix-neuf ans, il y a eu une période (suite à nombreuses ruptures => allusion à une situation d’abandon traumatisante quand j’étais très petite) où je ne pouvais plus aller ni en cours, ni au restau U, ça n’allait que dehors ou dans ma chambre ; j’ai pourtant réussi à passer mes examens de fin d’année en faisant preuve de bcp de courage pour rester enfermée plusieurs heures dans un amphi ! ce qui m’a permis d’apprendre que l’auto-persuasion peut être efficace si la motivation est forte 😉
    encore maintenant, quand je prends le métro, j’évite de penser à ce qui se situe entre moi et la sortie, la dernière fois que je me suis amusée à imaginer les quartiers que nous traversions, j’ai dû sortir précipitamment à la station suivante et continuer en bus (l’an dernier)…

    à la différence des autres témoignages, j’ai plutôt bien vécu ma scolarité, c’est à la maison que j’étais mal aimée, critiquée, véritablement harcelée en fait
    par contre, je crois que les institutrices m’aimaient bien (élève douée et pas dérangeante) et mes camarades de classe aussi : une année, j’ai eu le « prix de bonne camaraderie » ! mon père s’est moqué de ce prix pendant des années, parce qu’à la maison tout le monde s’entendait à dire que j’avais mauvais caractère (j’ai gardé le livre avec l’étiquette écrite de la main de la maîtresse, na !)

    j’ai lu « chagrin d’école » de Pennac, je m’y suis curieusement bcp reconnue à ceci près que j’étais bonne élève sans rien faire du tout, ce qui m’a donné l’impression d’avoir finalement été une « cancre ratée » : trop douée pour être cancre ! (je sais maintenant que je peux mémoriser des choses sans même les écouter, simplement en les entendant) ; mais peut-être aussi que j’avais quand même besoin de conserver l’approbation de l’instit’, à défaut d’avoir celle de ma famille ?

    actuellement, j’ai appris à reconnaître les symptômes de la montée d’une crise d’angoisse, à une époque c’était les jours où je n’avais rencontré personne (sans emploi, si je ne sors pas, je ne croise personne) alors je m’astreignais à sortir pour parler au moins à une personne, ne serait-ce que bavarder avec un commerçant !

    j’ai aussi constaté que ces crises peuvent être liées au refoulement d’une émotion, alors au lieu de me focaliser sur les symptômes physiques et de délirer dessus et d’appeler les pompiers, je cherche ce qui a pu me chagriner, me mettre en colère, me frustrer… et ça passe ; au besoin, j’écris
    ces crises surviennent généralement la nuit, quand je ne peux plus parler à personne ; j’ai fini par trouver un pis-aller : téléphoner à SOS Amitié !! parler pendant un moment avec un être humain compatissant permet apparemment d’empêcher la panique totale de me submerger ; et après tout, ces personnes sont justement là pour ça

    bon, j’ai presque cinquante ans, mes angoisses sont presque aussi vieilles que moi, mais tout espoir n’est pas perdu de ne plus trop les voir revenir…

    1. Bonjour Alouette
      Merci de votre témoignage, augmenté de bien précieux conseils.
      Il met en lumière, même un peu « en creux » l’importance du partage (l’importance d’une présence bienveillante).

    1. Merci zébrâne – le fil suggéré donne des éclairages intéressants.
      Ensuite, et pour me rattacher à ce que vous écriviez, il y a cette anxiété récurrente, ces crises d’angoisse qui se déclenchent « pour rien ».

      C’est dans l’amygdale que se stockent les informations associées aux émotions.
      Un surdoué hypersensible (avec plus de neurones qui captent l’information) va accumuler plus vite que la normale plus d’informations sensorielles/émotionnelles.
      Un stock d’informations qui lui servira pour la confrontation de nouvelles perceptions(bonne ? mauvaise ? par rapport à ce que je connais déjà de similaire ou d’approchant ?)
      et la réaction à en déduire (fuir ou affronter)

      A côté de l’amygdale, l’hippocampe. je vous suggère de jeter un coup d’oeil sur le site de l’Université Mc Gill –
      sur la page jointe, lire le rôle de l’hippocampe en bas de l’encadré à gauche : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_08/i_08_cr/i_08_cr_dep/i_08_cr_dep.html
      Et sur cette page également, le rôle de l’hippocampe sur l’amygdale dont il est voisin au sein du système limbique, le « cerveau des émotions » :
      http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_04/i_04_cr/i_04_cr_peu/i_04_cr_peu.html
       » L’amygdale reçoit aussi de nombreuses connexions de l’hippocampe. Celui-ci étant impliqué dans le stockage et la remémoration de souvenirs explicites,
      ses connections à l’amygdale peuvent être à l’origine d’une émotion déclenchée par un souvenir particulier. »

      Pour ceux qui lisent l’anglais, cette page de TalentDevelop sur le rôle de l’amygdale (avec animation associée) : http://anxietyreliefsolutions.com/anxiety-and-the-amygdala/
      Pour reprendre les termes du neurologue Denis Paré (Rutgers University – New jersey) : ce n’est pas une question de désapprendre la peur – c’est plutôt une question d’apprendre
      à ne plus craindre les stimulus qui déclanchent la peur dans certains contextes.

      Changer les schémas de pensée pour éviter la reproduction de scénario. Oui, certainement.
      A condition de pouvoir prendre conscience de cette hypersensibilité et de comprendre qu’il ne faut pas s’en sentir coupable.

      1. Juste une précision …
        L’amygdale ne « stocke » pas les informations associées aux émotions; ce serait plutôt l’hippocampe, mais pas seulement.
        L’amygdale n’est que la clé qui va démarrer le moteur des émotions, et pas de toutes les émotions; l’amygdale est principalement impliquée dans la peur et la colère.
        Voilà c’est tout 😀

  7. Ma scolarité, pareil. De 5 à 15 ans voire à 18. Sans commentaire.
    Nicole Catheline a travaillé avant ou disons en parallèle d’Eric Debarbieux sur la question du harcèlement à l’école (Marie Choquet aussi je crois). Elle évoque les enfants surdoués comme victimes de harcèlement sans développer spécifiquement ce point (je la pense cependant ouverte à cette question). Mais je pense que son livre, « Harcèlements à l’école », est à lire : http://www.amazon.fr/Harc%C3%A8lements-%C3%A0-l%C3%A9cole-Nicole-Catheline/dp/2226186875/ref=ntt_at_ep_dpt_2

  8. Merci Cécile pour cet article… ça me ramène à ma scolarité, et je résumerai en un mot ma relation aux autres élèves et certains professeurs: Enfer.

  9. Merci Cécile pour ce billet et ces liens.

    tête de turc de 8 ans à 11 ans, je garde de mauvais souvenirs d’isolement dans la cour:)
    Trois ans inoubliables…
    Je n’ai jamais lu chagrin d’école.

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