Comment identifier un adulte surdoué

L’émission est passée sur France Inter en début de semaine.

Une émission qui, à mon sens, ne peut s’empêcher d’échapper à des informations parfois un peu caricaturales (mais difficile de faire autrement quand il faut s’exprimer en si peu de temps).

Après la tendance catastrophiste « les pauvres surdoués vont mal, il faut les aimer, ils sont gentils et si merveilleux« , la tendance à la mode est maintenant « les surdoués vont très bien, d’ailleurs les études le disent« .

Difficile de faire entendre la voix (voie) du milieu qui est de dire
– que tous ne vont pas mal mais que pour autant tous ne vont pas bien;
– que les études sont souvent biaisées parce qu’on se cale sur un niveau minimum de QI (130+) et que tous ceux qui ont ce niveau mais ne le montrent pas sont de fait écartés – mais les chercheurs vous diront qu’ils n’ont pas d’autre choix que de prendre en compte ce critère unanimement admis même si, effectivement, certains passent sous le radar.
– qu’à partir de là on manque quand même de statistiques.
– que tous les surdoués ne sont pas tous « aussi surdoués » : on est plus proche du « ventre » de la courbe de Gauss quand on a 130 de Qi (1 écart type) que lorsqu’on a 145 (2 écarts type) et a fortiori 160 (3 écarts types) et que ces écarts changent tout sur la façon d’aborder la résolution de problèmes, voire la vie tout court.
– qu’il est difficile de se reconnaître comme membre d’un groupe quand on ne se reconnaît pas dans au moins 15% de la population de ce groupe.
– que le poids du conformisme cognitif est très puissant et qu’il est bien difficile de pouvoir vivre comme on l’entend en faisant fi de la « norme sociale » (faîtes comme tout l’monde !)

.. J’ai donc d’autant plus apprécié l’intervention de Monique de Kermadec qui a su rester imperturbable et déterminée et surtout : « voie du milieu » garder, face à Gabriel Wahl et Christophe André qui, sous couvert d’un humour détaché, m’apparaissaient plutôt comme les tenants de la nouvelle tendance « les surdoués vont tous très bien ».

.. Et des témoignages décomplexés, toniques, équilibrés, lucides, loin du larmoiement auquel la télévision nous a jusqu’ici habitués : ça fait du bien !

En cliquant sur le rond rouge dessous, lancement du podcast de l’émission (qui dure une cinquantaine de minutes)

Côté statistiques, ces citations mises en avant par Monique de Kermadec sur sa page Facebook :
 » Les statistiques sont vraies quant à la maladie et fausses quant au malade; elles sont vraies quant aux populations et fausses quant à l’individu « .
Pr. Léon Schwartzenberg
 » Les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: ils fournissent bien plus un appui qu’un éclairage « .
Jean Dion, chroniqueur au journal Le Devoir

4 thoughts on “Comment identifier un adulte surdoué

  1. Merci Cécile pour cette analyse si juste ! Oui, beaucoup de surdoués vont bien, Oui, beaucoup de surdoués vont mal, Oui, beaucoup de surdoués ont besoin d’être compris et entendu dans l’intime de ce qu’ils sont, derrière l’écran des statistiques qui devient une nouvelle norme aussi absurde que cela puisse être. J’aime bien sur ce thème le livre fraîchement sorti : la tyrannie de la norme de Todd Rose. Oui, même ceux qui réussissent, académiquement, socialement, économiquement, parlant peuvent cacher des blessures secrètes qu’aucune statistiques ne pourra attraper. Nous le savons si bien … et nous en avons tant de témoignages. Oui, il est important de s’appuyer sur les recherches mais pourquoi être dans ces balanciers dichotomiques, tout va bien, tout va mal, cela ne peut jamais refléter la condition humaine ! Quelle qu’elle soit ! Et pourquoi encore omettre, du côté de la science, tous les travaux neurophysiologiques sur le cerveau et ses différences à la fois structurelles et fonctionnelles qui ont fait l’objet de nombreuses publications scientifiques. Et oui, et encore oui, les statistiques se basent sur des échantillons totalement biaisés et en particulier aux Etats Unis où les travaux se font à partir de populations qui ont été dans l’enfance sélectionnées pour des Gifted Programms sur des critères de QI, certes, mais aussi et parfois surtout, de réussite académique. Donc, ceci expliquant cela, ceux qui réussissent plus tard sont bien ceux qui étaient déjà dans une trajectoire de réussite scolaire enfant … Quid des autres ? Comme les deux prix Nobel qui sont passés à la trappe de cette fameuse et si controversée et si ancienne maintenant étude de Terman, qui ne les a pas pris dans le filet de ses nombreuses statistiques ! Bref, comme vous le dites Cécile, le point d’équilibre, gardons le point équilibre. Merci Cécile et merci à Monique pour son humanité et sa capacité à avoir gardé son sens clinique face à ce qui était, et je sais pourquoi j’ose ce mot, une sorte de traquenard ! A bientôt

    1. Une amie me disait en substance « ressembler à un surdoué et ne pas en être un, c’est quand même fortiche ! »
      Je crois que ce n’est pas tant l’estampille qui est importante que le fait de pouvoir arriver à, sereinement, respecter et faire respecter son mode de fonctionnement.
      Donc, Marc, si vous vous retrouvez dans ces lectures et que celles-ci vous donnent des idées sur la façon de vivre mieux, je crois que c’est ça le plus important.
      .. cela dit, si vous vous retrouvez dans ces livres, oui, il est vraisemblable que vous êtes surdoué.

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