La Ferme des Animaux (1) – Le Guépard

Stéphanie Tolan a recouru à la métaphore du guépard pour expliquer la souffrance des jeunes surdoués.

Mais cette souffrance parlera tout autant aux adultes….

Si vous le souhaitez, cliquez sur le titre « Est-ce que c’est un guépard ? » pour accéder à l’intégralité du texte anglais.

Ci dessous, une traduction partielle.

La métaphore du guépard peut nous aider à comprendre le problème qu’il y a à ne considérer le surdon qu’en termes de réussite.

Le guépard est l’animal le plus rapide de la création. Quand on pense à un guépard, on pense aussitôt à sa vélocité. Elle en met plein la vue. Elle est impressionnante. Elle est unique. Et elle facilite son identification. Dès lors que les guépards sont les seuls animaux au monde à être capable de courir à la vitesse de 110 km/h, si vous flashez un animal qui passe devant vous à 110 km/h, c’est forcément un guépard !

Il y a cependant des conditions pour que l’animal atteigne cette vitesse : il doit être adulte, en bonne santé, en forme et reposé. Il lui faut aussi l’espace suffisant pour atteindre cette vitesse. A côté de ça, c’est surtout quand il a faim et qu’il y a une antilope à chasser dans le coin qu’il est motivé pour courir.

Si un guépard est confiné dans une cage de 3 x 4 m, à part se frotter ou se jeter contre les grilles en signe de frustration permanente, il n’arrivera pas à courir à la vitesse se 110 km/h… Dès lors, est-ce encore un guépard ?

Si un guépard se voit réduit à chasser des lapins qui courent à 20 km/h, et même s’il courait pour son amusement ou pour se dégourdir les pattes ou pour satisfaire son envie de courir, dès lors que le guépard se voit donner des lapins à chasser, il ne se donnera pas la peine de courir plus vite qu’un lapin… Dès lors, est-ce encore un guépard ?

Et si un guépard se voit nourri de junk food, il se pourrait bien qu’il ne coure plus du tout… Dès lors, est-ce encore un guépard ?

Si un guépard est malade ou qu’il a des pattes cassées, il ne pourra même pas marcher…. Dès lors, est-ce encore un guépard ?

Et si le guépard est encore tout jeune, il ne saura jamais courir à 110 km/h…. Dès lors, est-ce que c’est seulement un  « guépard potentiel » ?

Aux yeux des lions, des tigres et des léopards (aux yeux de n’importe lequel des autres grands félins), les attributs biologiques des guépards peuvent passer pour des difformités. Loin du félin parfait, le guépard n’apparaît plus du tout comme un félin. Et compte tenu de la propension du guépard à l’activité, les félins qui passent la majeure partie de leur temps à dormir au soleil pourraient très bien qualifier le guépard d’hyperactif.

Un documentaire qui portait sur ce qui arrive aux guépards qui habitent sur le territoire de lions a montré un fait très curieux de la vie sauvage : les lions tuent les bébés guépards.  Pas pour les manger. Ils se contentent juste de les tuer.  Il semble même qu’ils déploient beaucoup d’efforts pour les trouver afin de les tuer (alors même que la présence des guépards ne compromet pas la survie des lions). Est-ce que c’est de la méchanceté ? Juste un jeu ? Personne ne sait. Tout ce qu’on sait c’est que c’est ce que font les lions. Et que les mères guépards doivent cacher soigneusement leur tanière et déployer de leur côté de grands efforts pour protéger leurs petits. Leurs allers et venues se font toujours à couvert ou en pleine nuit ou quand les lions sont ailleurs.
Les enfants surdoués et leurs familles se sentent souvent tels des guépards au pays des lions.

Dans certaines écoles, des enfants brillants se voient demander de faire ce qu’ils n’ont jamais été prédestinés à faire (comme si on demandait à un guépard de déchiqueter une proie avec leurs griffes.. après tout, les lions, le font bien, eux !). Dans le mêeme temps, les attributs d’une capacité mentale inhabituelle – intensité, passion, énergie élevée, indépendance, raisonnement moral, curiosité, humour, centres d’intérêts inhabituels et très fort sens de la vérité et de la précision – sont considérés comme des problèmes qu’il faut résoudre.

Les enfants brillants peuvent se sentir entourés de lions qui se moquent d’eux ou les rejettent pour leurs différences, qui peuvent même briser leurs pattes ou les droguer pour les obliger à se déplacer plus lentement, à la vitesse des lions. Faut il s’étonner qu’ils aient envie de s’enfuir ? qu’ils se déguisent en lion pour éviter de se faire remarquer ? ou même qu’ils soient agressifs ?

Cette métaphore, comme toute métaphore, a ses limites. A la différence des guépards, les enfants surdoués qui sont en échec scolaire n’ont pas un pelage tacheté et des griffes non rétractiles qui montrent qu’ils ne sont pas comme les autres félins. De plus, un guépard se reconnaît à sa seule vélocité, sa capacité à courir à 110 km/h. Alors qu’il n’y a pas de portrait robot d’enfant surdoué. Ce qui fait qu’on ne peut se contenter de chercher à les identifier sur une seule habileté, même quand ils sont performants. De surcroît, les talents d’un enfant surdoué peuvent s’exprimer hors du champ académique, ce qui fait qu’ils ne sont pas non plus reconnus. Si ceci peut sauver certains enfants surdoués de se voir gratuitement massacrés par des lions, ceci empêche également de les reconnaître pour ce qu’ils sont : des enfants aux différences profondes et innées, tout aussi profondes et innées que celles qui distinguent les guépards des autres grands félins.

La biodiversité est un principe fondamental de la vie sur notre planète. C’est elle qui permet à la vie de s’adapter aux changements. Dans notre culture, les enfants surdoués, au même titre que les guépards, sont en danger. Comme les guépards, ils sont sur terre parce qu’il y a des raisons à ce qu’ils y soient. Parce qu’ils occupent une niche particulière dans l’ensemble de la vie.

…. Et pour en savoir un peu plus sur Stephanie Tolan … : http://www.stephanietolan.com/

5 thoughts on “La Ferme des Animaux (1) – Le Guépard

  1. Bonjour,
    J’adore ce genre de métaphore …Combien de guépards dans des cages de 3×4 ?
    Quel gâchis !
    Merci pour cette lumineuse comparaison …

  2. Magnifique comparaison! Un surdoué qui « rate » un test de QI n’est pas moins un surdoué. La sous-performance du surdoué ne s’enracine pas dans un éventuel manque de potentiel mais dans l’absence de condition saine.
    À force d’y penser je pense la sortie de crise pour un surdoué est la prise de conscience de son unicité. Je parle pas de son étiquette de surdoué mais de sa personne (cela vaut donc aussi pour les individus lambas).
    Je suis peut-être un grain de poussière à l’échelle de l’univers, mais je suis un grain de poussière unique. Cela vaut la peine d’exprimer mon individualité, car dans le cas contraire j’appauvris l’univers. En étant fidèle à moi-même, ce que je suis va forcément émerger. Si je suis HP, ma douance va donc forcément faire éruption dans un feu d’artifice sans précédent.
    NB.- Ici « sans précédent » ne veut pas dire « plus que les autres » mais « plutôt original ».

    Merci pour le billet Cécile (une vraie HP!).

    1. Bonjour Jed

      Je suis d’accord avec vous sur la prise de conscience de l’unicité qui vaut pour chacun (surdoué ou pas).
      Fondamentalement, on en revient à la fameuse phrase de St Exupéry : « Frère, ta différence m’enrichit »

      Toute la question vient ensuite de savoir jusqu’à quel point il est accepté par l’environnement que l’on puisse être unique.
      La grégarité fait que ceci n’est accepté que dans une « certaine mesure ».
      Ceci pose la question du standard.

      Je questionne de plus en plus le modèle industriel qui a façonné notre époque et nos mentalités : il a conduit à des logiques de production de masse
      qui ne laissent plus que fort peu de place à la création personnalisée, « originale ».
      Ce qui génère effectivement un appauvrissement énorme.

      Mais je crois aussi que ce modèle a atteint ses limites (les remous et effondrements auxquels nous assistons)
      et que progressivement, l’importance de la richesse de chacun va de nouveau être prise en compte (bon, je reconnais, il vaut mieux être lucide… ça pourra peut-être prendre encore quelques siècles…)

  3. c’est assez génial, cette métaphore mais les lions peuvent-ils la comprendre ?

    c’est génial car il y est question de différence et pas de supériorité

    et que si l’homme (« normal ») se considère le roi de la création, il voit dans le lion le roi des animaux, ça correspond bien

  4. Savoir se reconnaitre guépard et n’être qu’un lion !
    savoir qu’on a un potentiel et trouver les conditions pour le révéler !
    Voilà donc ce que je retiens : savoir être ce que nous devrions être et non pas seulement ce qu’on veut bien nous laisser être.
    Merci beaucoup pour cette traduction.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *