Le surdon raconté par l’exemple (2) – le baromètre

L’histoire qui suit est attribuée à Niels Bohr. Dans les faits, elle a été créée dans les années 1950 par un professeur américain (Dr Calandra) pour démontrer l’importance de la réflexion dans l’apprentissage. Au lieu d’apprendre et de régurgiter, réfléchir permet d’être créatif pour trouver des solutions aux problématiques que l’on rencontre (cf la page du blog qui parle de l’intelligence). Parue initialement dans le Readers’ Digest, puis répétée et désormais bien connue sur le net, je la trouve assez symptomatique de la façon dont un surdoué peut raisonner et se comporter.

Chapitre 1 : l’incompréhension des implicites et la pensée hors du cadre

Un étudiant se voit demander lors d’une épreuve de science physique comment on calcule la hauteur d’un immeuble élevé  à l’aide d’un baromètre.

Réponse de l’étudiant : Montez tout en haut de l’immeuble, accrochez le baromètre à une corde, faîtes glisser la corde jusqu’au sol. Quand le baromètre touche le sol, remontez la corde et calculer la longueur de corde qu’il a fallu pour poser le baromètre au sol : ça donne la hauteur de l’immeuble.

La réponse n’étant pas celle attendue, l’étudiant a zéro. Il conteste la notation, fait reconnaître qu’il a répondu correctement à la question.

Pour autant, ses professeurs lui font remarquer qu’il n’a pas donné la réponse attendue et lui demandent de repasser l’épreuve pour donner la solution attendue. Un professeur extérieur à l’école est sollicité pour évaluer l’étudiant à l’oral.

Chapitre 2 : La pensée divergente et l’opposition aux personnes en situation d’autorité

Lorsque l’étudiant revient, il sait qu’il a une dizaine de minutes pour préparer sa réponse.

Le professeur le voit qui rédige fiévreusement sa réponse sur plusieurs feuilles.

Il s’en étonne un peu (une seule réponse courte est attendue) et interroge l’étudiant qui lui signifie qu’il a besoin du temps restant pour poser toutes les réponses possibles.

Etonné, le professeur le laisse donc tranquillement utiliser le temps qui lui reste.

Quand l’étudiant commence son oral, il explique au professeur très surpris qu’il a identifié 6 réponses différentes, dont quatre, comme demandé, utilisent des principes de physique.

–          Laisser tomber le baromètre du haut de l’immeuble, calculer le temps de sa chute et en déduire la hauteur de l’immeuble à partir du moment où la vitesse de chute est connue. L’étudiant fait remarquer que cette solution présente l’inconvénient de casser un baromètre.

–          Fabriquer un pendule avec le baromètre et un bout de ficelle et calculer le différentiel gravitationnel de temps de balancement entre une prise de mesure au niveau du sol et une prise de mesure au  sommet, pour ainsi obtenir la hauteur de l’immeuble.

–          Mesurer la portée de l’ombre du baromètre et la portée de l’ombre de l’immeuble, puis procéder à un calcul différentiel et proportionnel. L’étudiant fait cependant remarquer que cette solution ne peut convenir que lorsqu’il y a du soleil.

–          Calculer le différentiel de pression entre le sommet de l’immeuble et sa base et en déduire la hauteur par calcul différentiel. L’étudiant précise que c’est la solution la plus triviale dans la mesure où c’est celle qui est classiquement enseignée et donc connue, et attendue comme réponse à un examen comme celui qu’il est en train de passer.

Une cinquième solution consiste à calculer la hauteur de l’immeuble en hauteur de baromètre. Il faut pour cela, utiliser l’escalier et additionner les hauteurs de baromètres marquées d’un trait sur le mur au fur et à mesure que l’on s’élève.

Chapitre 3 :la capacité à trouver une solution surprenante (plutôt) simple et élégante à un problème complexe

L’étudiant préconise cependant une solution plus simple : demander au concierge la hauteur de l’immeuble et en échange lui proposer un baromètre.

Conclusion

Etre face à un surdoué c’est, dans certaines circonstances, s’exposer à être remis en cause d’une façon souvent très directe et teintée d’un humour, voire d’une causticité à en donner envie de se venger d’une façon ou d’une autre (mauvaise note, sanction, renvoi, ou brimade ou humiliation).

A noter : ledit surdoué n’a pas forcément eu conscience de son attitude. Il a juste, comme dans le cas présenté, mentionné précisément toutes les solutions possibles, tout en faisant remarquer les limites d’un système dans lequel il se sent contraint et qu’il voudrait bien voir évoluer.

Epilogue

Le professeur arbitre était doté d’un sens certain de l’humour qui a permis à l’étudiant d’obtenir son examen.

One thought on “Le surdon raconté par l’exemple (2) – le baromètre

  1. Merci pour cette histoire ! Je l’avais déjà lue/entendue, mais elle est ici très bien racontée.

    Ma préférée est sans conteste la dernière, qui m’a beaucoup fait rire ! 😀

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