Q.I. or not Q.I. ? L’identification du surdon (7/ 12) – Ce que mesure réellement chaque subtest des échelles de Wechsler

Par Stéphanie Aubertin – Neuropsychologue.

Les deux précédents billets ont mis en exergue les « commodités » effectuées lors de la construction des échelles de Wechsler ainsi que leurs piètres qualités psychométriques pour mesurer l’intelligence des personnes à Haut Potentiel.
Ce billet a pour objectif de vous présenter en détail chaque subtest : les compétences que l’on cherche à mesurer mais aussi les autres compétences qui sont sollicitées et qui peuvent avoir un impact dans les performances. Je présenterai également d’autres hypothèses que l’on peut faire s’il y a réussite ou échec significatif à ces subtests.

Sources : Analyse cognitive des tâches impliquées dans les épreuves du WISC 4 (Laporte, 2007) in L’orientation scolaire et professionnelle 36/3
+ L’aide mémoire du WISC IV (Jumel & Savournin, 2009), Dunod

Ainsi, on aura pu se rendre compte que pour chaque subtest interviennent de nombreuses compétences, autres que celles qui sont visées. En conséquence, la catégorisation imposée par les échelles de Wechsler (dichotomie verbale/performance) n’est pas juste car elle rapproche entre elles des compétences qui ne sont pas équivalentes.
Les dernières versions du WISC et de la WAIS ont tenté de remédier à cette critique en subdivisant ces 2 grandes compétences en 4 indices (Indice de Compréhension Verbale, Indice de Raisonnement Perceptif, Indice de Mémoire de travail et Indice de vitesse de Traitement). Malgré cet effort, cela n’est pas suffisant car l’étendue des compétences impliquées reste importante.

A travers le tableau précédent, on prend également conscience qu’il existe de multiples façons d’échouer ou de réussir un ou plusieurs subtests sans que cela aie quelque chose à voir avec le degré d’intelligence. Certains pré-requis sont nécessaires comme des pré-requis perceptifs, moteurs, une certaine stabilité émotionnelle et estime de soi, et de manière assez importante, des pré-requis scolaires, notamment en ce qui concerne l’échelle verbale. Ce dernier point désavantage grandement les personnes qui n’ont pu suivre une scolarité normale en termes d’assiduité, ou dont la catégorie socioprofessionnelle ne leur a pas permis de les confronter à certaines notions de la vie.

Dans le prochain billet, j’analyserai les performances des personnes à HP aux différents subtests des échelles de Wechsler. En effet, les résultats à ces tests sont sensés être homogènes dans la population tout-venant. Qu’en est-il pour les personnes HP ?

10 thoughts on “Q.I. or not Q.I. ? L’identification du surdon (7/ 12) – Ce que mesure réellement chaque subtest des échelles de Wechsler

  1. Je cite : « En conséquence, la catégorisation imposée par les échelles de Wechsler (dichotomie verbale/performance) n’est pas juste car elle rapproche entre elles des compétences qui ne sont pas équivalentes. »

    Qu’est-ce qu’une catégorisation juste ?

  2. Je suis à m’apercevoir que j’ai passé une version de la WISC à deux facteurs en 1975, mais avec des exigence chronométrés et des item oraux, j’ai été ‘dépistée’ à ce moment là, à l’âge de quatorze ans et demi.
    C’est quelques jours après que j’aie appris que je n’étais pas l’animal stupide que décrivait mon prof de maths, ni une immature, comme le disaient mes parents.
    Je raconte!
    Nous sommes en 1974, je suis en troisième, nulle dans toute les matières, sauf l’anglais, où je suis passée de 8 à 15 de moyenne après 15 jours passés en Angleterre dans une famille…. et en Français, où mes dissertations en vers sur des sujets de société épatent les professurs et font oublier mon zéro de moyenne en orthographe.
    Très en conflit avec ce prof de maths qui voulait me mettre en 3em transition, mes parents m’ont changé de collège, je me retrouve isolée avec pour seul ami un jeune homme qui a de la conversation littéraire. Amusant, nous serons les deux seuls surdoués de ce collège.

    Début 1975; les familles et les élèves de 3eme sont avertis que un test d’intelligence va être pratiqué, semble-t-il c’est peu courant, sur l’ensemble de ces 3eme.
    Pour nous, c’est comme passer un examen.
    De le passer, cela a provoqué chez moi une grande anxiété: J’étais persuadée être bête et le rater.
    J’ai le souvenir du stress des épreuves chronométrée et de mon angoisse, à la sortie de mon inhibition permanente, pour oser répondre à des questions orales, comme si ma vie était en jeu…

    Si je devais me décrire intellectuellement à cette époque, je ferai une liste de mots terribles comme suicide (pas en rapport avec la douance), mutisme, angoisse, autodestruction, espoir fou, immense curiosité, envie folle d’exercer ma capacité à aller vers les autres, hyper-lucidité sur le monde des adultes…
    Vous comprenez tout cela.
    Chez moi c’était exacerbé pour d’autres raisons très graves, mais ce n’est pas le sujet ici.
    J’avais donc un camarade, je venais de le rencontrer et découvrir en septembre 1974, le seul avec qui je pouvais parler de tous ces sujets qui nous sont chers, la marche du monde les sciences, la littérature, l’histoire, pas comme savoir cumulé, mais comme points de discussions analytiques sans fin en arpentant les allées du collège.

    Quelques jours ou semaines après la passation du test, la psychologue est revenue. Elle a, en compagnie du chef d’établissement, convoqué solennellement deux élèves, séparément: Moi et cet ami.
    Ce jour fait partie des jours qui ont changé ma vie: La psychologue a pris des pincettes pour m’expliquer brièvement ce que vous avez expliqué brillamment, Stéphanie: La valeur normative et non absolue de ce qu’elle a appelé QI, le résultat très surprenant pour les enseignants de ces tests pour mon cas, contredisant totalement les notes que je recevais du système éducatif, et un petit mot d’encouragement pour mon inhibition.
    Le résultat c’est que j’étais classée surdouée. On ne m’a pas dit les chiffres, de par les précautions de langage prises par la psychologue, en raison sans doute, qu’il s’agissait de tester en grand une nouvelle version de la WISC? Je saurai simplement que mon camarade, lui aussi classé surdoué a mieux réussi les ICV que les IRP, et moi l’inverse, (partie ‘vocabulaire’ contre partie ‘mathématique’) Il me semble donc , mais je peux me tromper que la partie chronométrée était fondue dans les premiers groupes…
    La suite… Mes parents ont été solennellement convoqués, il ont fait peu de cas de ces chiffres, en tant qu’enseignants eux mêmes, ils étaient contre. A l’époque je me passionnais pour les maisons bioclimatiques, je dessinais des ‘maisons utérus’ qui produisaient leur propre chaleur et leur propre oxygène. J’ai pu alors être soutenue malgré mes notes, pour entrer en seconde maths et techniques pour aller vers l’architecture. J’ai repris un peu confiance, suite à ces révélations. j’ai pu aller vers les autres un tout petit peu plus sereinement. Je me suis tout de même prise deux ans d’agoraphobie, de troubles divers, mais j’ai affronté, je n’ai pas lâché, j’ai redoublé ma seconde, pour continuer en E, maths et techniques. Pour anecdote, j’ai eu mon bac avec 7.2 en maths et 7.8 en physique-chimie! Je n’ai donc jamais réglé la question . Je pense surtout que les tests spatiaux, et de raisonnement instantanés, ont été très réussis et ont tiré le test vers cette soi disant capacité mathématique. En fais je ne peux résoudre un problème mathématique qu’en reprenant à zéro les démonstrations et en validant mes réponses par une vérification, soit des procédés très lents. Pour le bac, j’ai révisé en apprenant pour la première fois les formules, que j’avais affiché partout dans ma chambre, mais cela n’a pas donné le résultat escompté. J’ai eu ce 7 en ne traitant qu’à peine la moitié des sujets.

    A la suite du bac?!… devinez…en terminale, j’avais réveillé, en cours de philosophie, ma soif de découvrir l’humain, le monde, de disserter. J’ai choisi ‘naturellement’ de m’inscrire en fac de psychologie, puis après l’année de licence, de devenir instit.

    Alors mon avis sur ces échelles dites d’intelligence. Il y a plusieurs sortes de douances. Mais celle que je vis depuis toute petite, est-ce qu’elle se mesure?… je ne sais pas. Elle se détecte, oui, mais sans doute par quelques traces mesurables, pas dans sa globalité complexe.
    Je ne sais pas si il faut le vivre pour le comprendre, comme beaucoup de choses en ce monde. En venant ici, j’ai trouvé en vous toutes, l’exploration, le récit de ces expériences intérieures très solitaires. Peut être que le test actuel est non homogène de fait pour la douance, en raison même qu’il n’est pas conçu pour cela. Le QI veut détecter les individus ‘intéressants’ pour une société de profits, le ‘haut potentiel’, pour en faire les élites de notre monde et les distinguer du ‘tout venant’. Or un individu ‘intéressant’, doit l’être sur tous les plans, ne pas souffrir de ses propres qualités, s’intégrer à un rythme de production, c’est tout de même une définition très particulière de l’intelligence que de noter la rapidité.
    Vous avez noté justement que l’inhibition est un élément d’échec, mais aussi qu’une certaine lenteur me semble nécessaire à des processus complexe, et autant complexe est le cerveau dans son fonctionnement, autant il est handicapé et en stress devant une tâche chronométrée.
    Or nous parlons souvent de burn-out, dans une vie professionnelle qui ressemble parfois à ces épreuves, comme un test permanent.

    Je ne sais pas si je suis surdouée, j’ai en moi une douance qui crève les yeux, qui a été faite de beaucoup de doutes, et les tests de QI, la WISC, n’ont pas mesuré ce qui m’a gêné. Tout au plus, ils ont révélé à mes parents, et au monde, que je n’étais pas si sotte que j’en avais l’air, et à moi de comprendre lentement que j’ai toujours eu la tête bien à sa place, que j’ai porté le poids d’un monde, dont mon acuité me faisait percevoir la complexité, ma responsabilité d’humain à participer, ou pas, à ce monde dénaturé.

    1. Statistiquement, on estime qu’il y a 2% de surdoués dans la population (et je pense que c’est au moins le double sinon davantage). Votre collège devait être minuscule, s’il n’y avait que deux surdoués ! (cent élèves seulement ? ce devait être un paradis ! Même si ce n’était que cent élèves de 3è, ça fait un tout petit collège, non ?)
      Plus sérieusement, on voit là la limite des tests, surtout anciens, et de la façon dont ils sont passés et analysés…

  3. Bonjour Cécile,

    Je passe par cette rubrique pour donner un lien :
    http://les-tribulations-dun-petit-zebre.com/2013/06/27/conference-arielle-adda-au-chuv-de-lausanne-sur-invitation-de-lasep-juin-2013/

    Cette conférence donne beaucoup d’informations pour comprendre les résultats des tests, et s’adresse en priorité aux parents qui ont des enfants (sur)doués.

    Quoi qu’il en soit, même adulte et mère d’enfants surdouées 22 et 24 ans, j’ai apprécié cette écoute qui me donne d’autres éléments pour poursuivre ce long chemin de guérison des blessures intérieures, car je mesure davantage la valeur de mon chemin parcouru sans cette aide précieuse venue de l’extérieur, et de relativiser vis à vis de mes « erreurs » d’éducation.

  4. Je suis en train de lire avec grand intérêt le livre de Jean-Charles Terrassier (« Les enfants surdoués ») – comme quoi j’arrive encore à me concentrer sur des lectures sérieuses, si celles-ci me motivent, c’est rassurant 😉 – et j’y relève cette phrase, à propos d’un des subtests du WISC : « Il est légitime de se demander si ce subtest « Code » est véritablement une épreuve d’intelligence, d’autant plus que c’est l’épreuve que les enfants déficients mentaux réussissent le mieux. »

    Je pense que cela se passe de commentaire ?

    1. Je te renvoie alors à mon billet n° 5 – celui que tu trouvais très technique (ça sert à quelque chose parfois 😉 ) – où tu pourras y lire que la saturation du subtest Code avec le facteur g n’est que de 0,36 pour le WISC IV et de 0,50 pour la WAIS III (je suppose que pour les adultes, la dysynchronie intelligence-psychomotricité est moindre que chez les enfants).

      Sur ce même billet, j’avais rangé les subtests dans l’ordre décroissant de la saturation en facteur g.
      On remarquera alors que cet ordre décroisant forme des paquets qui correspondent aux différents indices. On a ainsi l’Indice de Compréhension Verbale qui est l’indice le plus saturé en facteur g – mais il est aussi celui qui est le plus entaché des acquis scolaires (bug ou pas bug ? on s’interroge alors sur l’entité du facteur g en tant que représentant de l’intelligence) -; puis l’Indice d’Organisation Perceptive; ensuite l’Indice de Mémoire de Travail; et enfin l’Indice de Vitesse de Traitement.
      Il semblerait que les concepteurs du test confondent Vitesse de Traitement ici Motrice et Vitesse de Traitement de la Pensée…

  5. Et quid de la corrélation entre « déficit » visuo-spatial (lié ou pas à la surdouance) et agoraphobie ? En voilà une question qui m’intéresse ! Mais, on en reparlera…

    1. Je pense qu’il y en a une ! Et j’attends avec impatience d’en apprendre plus sur mes pbs visuo-spatiaux pour confirmer cette « intuition ».

  6. Merci Stéphanie pour cet article très technique mais toujours aussi clair. Et toujours ce suspense 🙂

    Je constate que ce genre de test est en partie basé sur la confusion entre intelligence et culture. Stephen Jay Gould, dans un de ses livres, avait bien décrit comment on avait pu « prouver » que les Noirs ou les femmes étaient moins intelligents que les hommes blancs, grâce à des tests de QI qui comportaient des éléments culturels relativement étrangers aux unes et aux autres (par ex. des questions liées au base-ball). (oui, bon, ce serait mieux si je retrouvais la référence exacte)

    Je constate également que ces tests étant finalement faits pour les gens « normaux » (au sens de leur situation sur la courbe normale), ils ne sont pas adaptés pour tester les « hors-norme » alors qu’on s’en sert justement pour ça ! Et que certaines personnes sont convaincues que seuls les tests permettent de s’assurer que l’on est bien hp…
    Ce serait amusant, si ce n’était pas plutôt un peu dramatique.
    Permettent-ils au moins de dire avec certitude que l’on n’est pas « normal » ?

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