Science avec conscience…

… est donc construction de l’âme, puisque le proverbe propose l’affirmation contraire ? (Science sans conscience n’est que ruine de l’âme)

Se savoir surdoué c’est « bien ». Savoir quoi en faire, c’est mieux.
Bien souvent, savoir par où commencer est un casse-tête.
J’ai suggéré dans mon livre de commencer par explorer ses hypersensibilités et par aller à la rencontre d’autres surdoués.
Ceci n’est pourtant qu’une étape pour aller à la rencontre de soi, pour revenir à soi, pour se remembrer… (je vous renvoie à l’évocation du faux self dans le livre de Monique de Kermadec « Comment faire simple quand on est compliqué« )
Peu à peu, quand on décide de s’engager sur ce chemin de retour à soi, on se rend compte de l’importance de la prise de conscience.

S’engage vraisemblablement la fameuse « Désintégration Positive », qui n’est pas un bref instant, comme dure une migraine ou une série télévisée, mais bien un voyage comparable à l’Odyssée.

Il y a faire le tri entre ce qui est construction identitaire « acquise » les événements de la vie et ce en quoi le surdon y a joué un rôle : cf mes billets sur le Modèle de Formation de l’Identité du Surdoué, un modèle élaboré par Andrew Mahoney. Il y a aussi les réflexions de James T. Webb sur la dépression existentielle

Se savoir surdoué c’est peu à peu prendre conscience de sa complexité, mais surtout de cette incapacité à vivre bien si l’on ne respecte pas cette complexité.
Dans ce domaine de la complexité, je vous propose aujourd’hui la lecture d’un texte de 2004 de J.L. Le Moigne (spécialiste universitaire de la complexité) intitulé « TRAVAILLER à BIEN PENSER, UNE ETHIQUE de la COMPREHENSION » :

Je souhaite mettre en exergue, dans ce texte de deux pages, le paragraphe suivant :
« Travailler à bien penser », s’exercer à comprendre nos actes et nos projets, individuels et collectifs, dans leur irréductible complexité, en montrant que cet exercice responsable est praticable, plausible, argumentable, n’est-ce pas l’autre nom de « l’intelligence de la complexité » que nous nous proposons de développer en nous-mêmes, dans nos pratiques, nos enseignements, nos recherches scientifiques. En en témoignant, sans prétendre « à une norme arrogante ou à un évangile mélodieux », nous contribuons à faire entendre que « l’éthique (et donc l’action humaine délibérée) est inséparable de la connaissance complexe » ; une connaissance qui relie, qui s’exprime et qui se construit, que l’on soit laborantin ou travailleur social, responsable d’entreprise ou de municipalité, enseignant ou praticien, dès lors qu’on se veut citoyen responsable ou solidaire. »

Faire en conscience, avoir conscience que faire comme on le fait correspond à un vrai besoin, « Sans prétendre à une norme arrogante »… oh que l’exercice est parfois, non pas complexe, mais compliqué…

16 thoughts on “Science avec conscience…

  1. Coucou Ma Dame,
    Je ne sais pas trop où poster ce qui suit, et donc je te laisse juge de placer ma question où cela te semblera le plus judicieux. Peut-être même est-ce l’occasion d’un nouveau sujet …

    Bonjour à tous et toutes,

    J’ai lu quelques interventions, cela faisait très longtemps que je n’étais pas passée par là. Malheureusement, rien de bien nouveau, toujours des témoignages plus ou moins douloureux, des questions sans réelles réponses.

    Mais je note cependant qu’une partie des personnes qui écrivent ou discutent sur ce blog semblent être en recherche d’un thérapeute.
    Alors voilà ma question : qu’attendez-vous d’un thérapeute ?
    Que pensez-vous qu’un thérapeute puisse vous apporter ?

  2. Aller à la rencontre de soi et le plus exaltant des défis d’une vie.
    Nous ne sommes là que pour expérimenter ce que nous sommes, et apprendre à nous connaître pour enfin nous réaliser dans ce que nous sommes en essence.
    La complexité du surdoué peut alors devenir un allié performant et fiable pour explorer nos facettes inconnues, riches et bénéfiques, qui n’attendent qu’à émerger de notre âme profonde et nous permettre de comprendre le monde au-delà des apparences.
    L’exercice n’est pas facile certes, mais d’une simplicité étonnante et ouvre une voie de bien-être intérieur salutaire à nos esprits doués parfois tourmentés…

    1. Je crois que cette « tourmente » vient d’un besoin d’authenticité et de cohérence. L’éducation nous apprend généralement la discipline, la soumission, la « gentillesse » (les guillemets sont énormes), on nous apprend à plaire, à nous conformer, à nous adapter, mais pas à être authentiques. Et on passe du coup une vie à se chercher, et pour cela, il faut remettre à plat tout ce qu’on a cru vrai. C’est cela je crois qui est si douloureux, et pourtant si « simple ».

      1. « Simple » parce qu’il suffit de le vouloir et « difficile » parce que nous sommes soumis à nos inhibitions mentales, psychologiques ainsi que spirituelles du simple fait que nous sommes inclus dans le mouvement de l’immense champ mental de l’humanité…

        Nos choix de vie, notre destinée et tout ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes ne dépend que de la force intérieure que nous mettons au service de notre propre réalisation. C’est peut-être un peu « ésotérique » d’entrevoir la chose sous cet angle, mais il faut bien admettre que la vie est en fin de compte un grand champ d’expérimentation où nous sommes les acteurs à temps plein.

        En tant que surdoué, nous avons dans la tête un merveilleux outil de pointe et particulièrement performant qui permet une très large compréhension de la Vie (avec un grand V), à nous de le mettre à profit pour enfin vivre!

        1. « la force intérieure que nous mettons au service de notre propre réalisation »
          Je dirais : la force intérieure que nous pouvons mettre au service de notre propre réalisation.
          Et c’est là que je pense que ce n’est pas si simple. Mais peut-être que je suis encore plus pessimiste que d’habitude parce que j’ai chopé un sale virus qui ne me lâche pas, qui rend ma solitude encore plus flagrante et encore plus douloureuse (angoissante), et ma vie encore plus vide et vaine qu’elle ne l’est déjà. J’ai l’impression de faire mon maximum, rien ne s’arrange et ça me démolit de m’entendre dire que « ça ne tient qu’à moi ».
          Qui peut prouver que le destin du sdf n’est pas d’être sdf, indépendamment de sa bonne volonté ?

          1. Qu’il vous appartienne en propre de vous réaliser en tant que telle ne signifie pas que vous devez rester seule dans cette démarche…

            S’isoler semble pourtant être une attitude parfois adoptée par certains surdoués afin de se protéger de l’angoisse induite par la fréquentation des autres et c’est dommage parce que nous avons beaucoup à gagner des autres, quels qu’ils soient.

    2. Bonsoir Sabe,

      Ton commentaire est central dans notre positionnement de vie, et en tant qu’individu dans notre environnement.

      En effet, ta dernière phrase exprime trèsbien les contradictions qui reviennent dans le discours et la réflexion des surdoués : exercice pas facile et simple à la fois, bien etre intérieur et esprit tourmenté…. tout cela nous autres savons très bien que ca va ensemble.

      Notre intelligence aiguisée nous permet de percevoir les autres (leurs réactions, critiques, défauts…) à 1 000 pour cent. Mais ils nous apportent des tonnes d’informations qui du coup nous permettent de nous regarder aussi dans la glace, de nous connaitre en profondir, de progresser.

      C’est notre volonté , notre force intérieure qui nous permet de garder la tete hors de l’eau. Cette force émane de notre intelligence purement objective, c’est pourquoi elle est généralement intacte, meme si affectivement on est sérieusement entravé.

      Pour ma part , j’ai fait ce choix, ainsi je peux bien etre déprimée comme pas possible, cette intelligence n’est jamais entamée…. En résumé, plus je suis attaquée (c’est à dire plus on me demande de m’adapter), plus j’insiste, voire me rebelle parfois.

      Puisque c’est notre intelligence qui « dirige » nos émotions heureuses ou malheureuses, elle constitue malgré toutes les circonstances un socle INEBRANLABLE sur lequel je m’appuie et qui ne m’a jamais décue jusqu’alors.

      A réfléchir (peut etre pour Tournevis)

      1. Je suis bien d’accord avec vous Cricri, les autres sont pour nous-mêmes d’impitoyables miroirs où nous pouvons nous voir tels que nous sommes vraiment et avec une implacable lucidité!

        (Pas toujours reluisante l’image de nous que les autres nous renvoient ceci dit) 😉
        Mais bon, si on garde l’humour (et il le faut!), on peut en tirer une leçon (de vie) parfois.

  3. C’est lorsque j’ai failli couler pour de bon, que j’ai pris conscience de ma différence. Par quel miracle suis-je tombée sur ces livres au moment où le piège autour de moi se mettait en place, alors même que je refusais de toutes mes forces de le voir? Mes « pourquois » n’auront pas été vains. Pourquoi un homme dont je ne suis en rien le genre de femme choisi tout à coup de me considérer comme un trophée, pourquoi toutes ces attentions, pourquoi tous ces compliments, pourquoi cet intérêt, cet acharnement depuis le premier coup d’oeil et pendant 3 ans, jusqu’à ce que je me sauve? Ah certes, j’ai plongé, mais pas pour rien. Une renaissance, voilà ce que je me suis offert, au risque de tout perdre, ma famille, mon travail (que j’ai perdu pour le coup). Il disait « que tu le veuilles ou non, les autres te regardent ». Tilt, stockage de la petite phrase. Livres, douance, perversion, Alice Miller et héritage familial, spiritualité, un gros gros puzzle qui se met en place, chaque pièce s’assemblant presque à mon insu, pourtant d’univers tellement différents. J’allais vers des lectures, des forums sans vraiment savoir pourquoi, ça résonnait, je remettais tout en question, et pourtant mon intuition était la bonne, la cohérence était bien là. Alors maintenant, je trace ma route, le danger a été trop grand, ce que pensent les autres leur appartient, mon chemin m’appartient et qu’importe leur jugement. J’ai eu bien trop peur, et j’ai compris le risque immense qu’il y a à mettre son estime de soi dans les mains des autres. C’est curieusement simple et difficile, il suffit de dire non. Là c’est moi, là c’est toi. Ce que tu penses de moi n’est que le reflet de toi-même. Tes jugements sur moi ne sont que des jugements sur toi en réalité. Ce qui est bon pour toi…est bon pour toi, pas forcément pour moi. Prenons l’exemple bête de celui qui adore la salade et voudrait en faire manger à tout le monde. Qui a décrété que tout le monde avait besoin de salade? Mes deux filles n’ont pas les mêmes goûts, et pour cause, elles n’ont pas les mêmes besoins. Est-ce que (avec certaines limites bien entendu) je vais leur faire croire qu’elles se trompent elles mêmes sur leurs propres besoins, pour leur imposer des goûts qu’elles n’ont pas? C’est ce que font pourtant la plupart des gens… Qu’on est libre quand on sait cela. Mais c’est un véritable exercice quotidien.

    1. « Prenons l’exemple bête de celui qui adore la salade et voudrait en faire manger à tout le monde. Qui a décrété que tout le monde avait besoin de salade ? »

      Quoi ? la salade n’est pas bonne pour tout le monde ? °.°

      1. Hihi, bin tout le monde n’a pas le même besoin d’ingurgiter de la salade plutôt. On paoptait au yoga avec une femme qui avait une famille saladivore, traduction : quelle que soit la quantité, y’en avait jamais assez. Ce qui l’énervait beaucoup. Ma mère adore la salade, mon père et moi, on est plutôt patates : total, maman se tape les 3/4 du saladier en ronchonnant, et on retourner éplucher les patates vu qu’il n’y en a jamais assez. Pas la même constitution, pas la même nature, pas les mêmes besoins. Ma fille aime les fruits secs et l’ananas (entre autres), c’est la seule de la famille, et elle a un petit estomac qui n’ingurgite que de petites quantités, les patates, c’est pas son truc à elle. On est tous différents, quoi. Quelle révélation 🙂 Ca va sans dire mais ça va mieux en le disant, des fois…

        1. Mah je plaisantais ! Mes deux plus jeunes fils sont aussi différents que possible, à voir et à avoir à table, c’est pas pratique mais c’est comme ça. Ça correspond visiblement à des différences physiologiques profondes.

          «  Est-ce que je vais leur faire croire qu’elles se trompent elles mêmes sur leurs propres besoins, pour leur imposer des goûts qu’elles n’ont pas ? C’est ce que font pourtant la plupart des gens… Qu’on est libre quand on sait cela. Mais c’est un véritable exercice quotidien. »
          Voui… Drôlement pas facile, même 🙁
          (et je ne parle pas de la salade, là, hein…)

  4. Puis, une fois la prise de conscience effectuée, il faut que l’âme se fasse corps (ou, plutôt, se rende à son corps…), ne plus avoir peur d’être ce qu’on est, notamment pour les choses où l’on excelle « naturellement ». Pour ce faire, des rencontres avec surdoués qui vont assez bien pour « performer », aussi, et (presque) régulièrement, sont probablement un moyen efficace.
    Il m’apparaît souvent que ma dépression est (au moins en grande partie) causée par l’entourage (plus ou moins proche) qui me remet en cause depuis « toujours » ; afin de me sortir de cette épicycloïde, il est, certes, nécessaire que je sache que je suis « réellement » différent, que cette différence est, en vérité, « complexe », mais je dois, aussi, admettre, dès le départ, que « ma » différence est une différence de fait, « naturelle », et que je n’ai aucune raison de la penser « bonne » ou « mauvaise ».
    Ma différence est avant tout une différence du corps : si l’on devait, vraiment, la juger, moralement, on devrait dire, catégoriquement, qu’elle est bonne… comme est bon le fait d’être, tout simplement.

    C’est peut-être, justement, le fait de vouloir savoir si le fait de faire telle chose « de surdoué », ou telle autre chose, est « bien » qui nous interdit de nous sortir « pour de bon » de la dépression. On s’excuse mille fois d’être tel que l’on est, et presque systématiquement. (J’exagère à peine.)

    Mais voit-on autrui s’excuser d’être tel qu’il est ? Nous nous excusons même entre nous. Pascal était brillant mais, même s’il doutait, il ne s’est jamais, si je ne me trompe, excusé d’être tel qu’il était. Au contraire, j’ai l’impression que sa « singularité » s’est imposée au monde ; et, en fin de compte, n’est-ce pas une très bonne chose ?

    Je finirai en renvoyant au Zarathoustra de Nietzsche qui, s’adressant aux contempteurs du corps, dit, entre autres : « […] Celui qui est éveillé et conscient dit : « Je suis corps tout entier et rien d’autre ; l’âme n’est qu’un mot désignant une parcelle du corps. » »

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