Si seulement j’avais su (Mary Elaine Jacobsen)

Cet article est déjà paru sur Talentdifferent, mais en anglais seulement… En voici la traduction.
Il s’agit au départ d’un article édité en ligne sur le site de l’Université de Duke – Programme d’Identification des Talents

Le texte qui suit permet de mettre en lumière quelques « techniques » de base à maîtriser pour créer des passerelles avec un monde qui fonctionne différemment. Il aborde le surdon, non seulement de façon très décomplexée, mais surtout de façon très pragmatique.

Mary Elaine Jacobsen est psychologue clinicienne. Elle est l’auteur d’un livre consacré aux adultes surdoués (Gifted Adults : Liberating everyday genious – 2000) dans lequel elle s’attache à identifier des pistes de développement personnel pour les surdoués adultes.
Elle est par ailleurs l’auteur du texte déjà paru sur Talentdifferent : « Eveiller le géant endormi » (Arousing the sleeping giant)

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Il ne se passe pas de semaine, depuis la publication de mon livre, (L’Adulte Surdoué (précédemment intitulé Libérer votre génie intérieur) sans que je ne reçoive d’appels téléphoniques, de lettres et d’e-mails en provenance de surdoués du monde entier.
J’ai toujours été impressionnée par la similitude de leurs commentaires passionnés. Qu’ils soient habitants de la ville de New-York, ou au fin fond de l’Arizona, ou encore au Costa Rica ou en France, tous ont exprimé un soulagement étonné : « Pour la première fois, j’ai le sentiment que quelqu’un me comprend ! ». « Enfin je peux y voir clair sur ce que je suis ! » » Enfin, j’ai pu comprendre que moi qui croyais que quelque chose n’allait pas chez moi, ça allait au contraire très bien ! » « Si seulement j’avais su ! »

Peu importe leur parcours, tous confessent qu’ils se sont sentis incompris pendant des années ; qu’ils se sont ennuyés, mis en retrait, qu’ils ont été paralysés par le doute ; et aussi qu’ils ont eu à se battre avec la solitude. Mais dès qu’ils ont eu une explication légitime de leur différence, ils se sont très vite décidés à revisiter leur vie. Armés de nouvelles informations sur leurs potentiels, ils ont embarqué pour un voyage de redécouverte, pour exhumer des évidences personnelles perdues.

Ils ont vite réalisé que la vision déformée qu’ils avaient d’eux-mêmes était largement le résultat de commentaires non sollicités au sujet de leur différence. La confusion qu’ils peuvent ressentir à propos de leur identité n’est pas surprenante étant donné leur manque d’information utile sur le surdon, et étant donné aussi que la façon dont ils ont grandi a été déterminée par le regard des autres bien plus que par leur propre vision des choses.

La formation de l’identité s’opère graduellement et devient une tâche centrale au cours de l’adolescence. Les adolescents ont pour mission de déterminer qui ils sont, ce qui les fait avancer dans la vie, et où ils vont. C’est un immense défi pour n’importe qui, mais ça l’est encore plus quand il s’agit d’un surdoué . Ce ne serait pas le cas si le surdon était mieux compris par les professeurs, les parents et les pairs. Ces caractéristiques des surdoués qui sont les fondements de l’excellence (hypersensibilité, intensité, complexité et énergie et motivation supérieures à la moyenne) sont aussi les mêmes que celles qui sont si souvent critiquées par les autres comme étant excessives ou irritantes.

Les surdoués grandissent souvent avec le sentiment bien ancré qu’ils sont considérés comme des extrémistes : considérés en termes de traits de caractère comme « trop » par rapport à la définition courante de ce qui est acceptable pour chaque trait. Ils font souvent face à des critiques qui ne portent pas tant sur la façon dont ils agissent que sur la façon dont ils sont, sur leur personnalité propre.
Une critique sur la performance ressemble souvent à « Ce mémoire n’est pas acceptable, parce qu’il est hors sujet ». Une attaque personnelle ressemble elle à « Une fois de plus je vois que tu as décidé de toi-même de ton propre objectif. Qu’est ce qui te fait croire que tu as droit à un traitement de faveur ? »
Le premier commentaire suppose que l’étudiant a fait quelque chose d’inacceptable ; le second, qu’il est lui-même inacceptable.
Paradoxalement, de telles critiques sont mélangées à des compliments tels que « Tu es tellement intelligent, tu pourrais réussir tout ce que tu entreprends ! »
Pas étonnant que les personnes surdouées, confrontées à des informations contradictoires, estiment à peu près impossible de développer une perception de soi qui soi correcte.

Comment pouvons-nous aider les surdoués à valoriser leur différence et à faire avec la critique ? C’est ce que j’ai demandé à mes patients surdoués tout autant qu’à mes lecteurs. En tant qu’adultes ayant constaté des améliorations dans leur vie grâce à une meilleure compréhension de ce que signifie être surdoué, ils étaient en mesure d’apporter des conseils tangibles à ceux qui accompagnent des enfants et des adolescents surdoués.

Voici ce que sont ces conseils :
– Gardez en tête vos objectifs importants. Conceptualisez les et établissez les moyens de mise en œuvre du début à la fin, exactement comme pour une gestion de projet. Identifiez clairement ce à quoi vous voulez arriver et trouvez des gens qui peuvent vous aider à mettre en œuvre ce plan, étape après étape. Il vaut mieux, de préférence que ce soient des mentors, des gens qui sont déjà arrivés là où vous voulez arriver, et qui peuvent vous aider avec ce qu’ils ont appris.
– Devenez un négociateur expérimenté. Trouvez un conseiller qui vous aidera à dépasser le stade de la plainte ou à dépasser le stade du status quo. Si vous voulez changer quelque chose alors que vous n’êtes pas maître de la décision, arrivez à la table de négociation avec trois éléments : une attitude respectueuse ; un argument de changement exprimé de façon brève et avec une vision gagnant-gagnant ; une suggestion spécifique que les autres trouveront faisable.
Ne vous laissez pas emporter par vos réactions violentes face à l’injustice
. Avant de vous embarquer dans une croisade contre une injustice, demandez vous « Est-ce que c’est quelque chose qui vaut le coup que je monte au créneau ? Est-ce le bon moment ? Et si c’est le cas, quel sera le résultat probable par rapport au résultat espéré ? »
– Evacuez les tâches monotones sans vous laisser plomber par le fait qu’elles sont ennuyeuses. Préservez votre énergie pour vos vraies passions
– Peu importe le nombre de talents et d’intérêts que vous avez, ne vous éparpillez pas
. Mettez en place une organisation personnelle destinée à prendre soin de vous et pratiquez la méditation, le yoga, l’hypnose ou la respiration profonde pour vous centrer chaque jour. Ceci vous aidera à déployer votre énergie et à minimiser le risque de craquer nerveusement.
Recherchez opportunités et chances et tirez en partie, mais n’attendez pas qu’elles viennent à vous. Attendez vous à vivre des revers et prenez les en compte dans vos projets de développement. Soyez prêt à voir vos rêves ridiculisés et vos espoirs de temps en temps ruinés – c’est toujours ce qui arrive aux créatifs. Ne cessez jamais de vous dire que peu de choses arrivent vraiment par hasard. Quand vous êtes à terre, remettez vous sur vos pieds, époussetez vous et repartez.
Ne laissez personne vous dire que la réalisation d’un haut potentiel marche autrement
.

Bien sûr, même quand les surdoués comprennent très exactement ce que recouvre leur différence, il leur arrive de découvrir que le monde n’est pas, comme ils l’avaient espéré, un lieu idéal pour le développement créatif.
Mais peu importe que le chemin soit accidenté, mes patients savent que leur surdon les porte. Au plus fort de l’adversité, le surdon permet en effet de s’accrocher à l’optimisme et aux rêves
. Les rêves et les idées des visionnaires sont quasiment impossible à supprimer.

De plus, une fois que les surdoués savent ce qu’ils sont et ne sont pas, ils gagnent en force, en confiance, et en résilience. A partir de là, ce n’est plus qu’une question de construction des compétences – devenir intelligent sur sa propre intelligence. Une fois équipés, ils trouvent qu’il est plus facile de gérer ce monde dans lequel ils doivent se frayer un chemin.

—Mary-Elaine Jacobsen, PsyD

Mary-Elaine Jacobsen est une psychologue clinicienne, et consultante scolaire; Chef du Service Psychologie à la Fondation Amherst Wilder et Directrice de OmegaPoint Resources for Advanced Human Development.

Bibliographie :
The Gifted Adult: A Revolutionary Guide for Liberating Everyday Genius, by Mary-Elaine Jacobsen, Ballantine, 2000

Gifted Grownups: The Mixed Blessings of Extraordinary Potential, by Marylou Kelly Streznewski, Wiley, 1999

Talented Children and Adults: Their Development and Education, 2d edition, by Jane Piirto, Merrill, 1999

26 thoughts on “Si seulement j’avais su (Mary Elaine Jacobsen)

  1. « Soyez prêts à voir vos rêves ridiculisés, vos espoirs de temps en temps anéantis ».
    Imaginez qu’à 40 ans, consultante en innovation , avec un salaire ++++, j’ai décidé de…devenir cow girl dans le Jura, dans un village de 40 habitants. Je vous laisse imaginer la tête du banquier, parce que entre temps, j’avais créé mon propre cabinet de consulting pour être plus libre de mon temps, et que j’en avais déposé le bilan, rêveuse que j’étais de faire appliquer les méthodes de travail créatives du cabinet dans lequel j’étais salariée dans de petites entreprises de la région lyonnaise, en retard de 20 ans sur nos méthodes de travail. Naïve que j’étais, de croire que les PME de province allait trouver génial ce que j’avais à leur apporter, en proposant un tarif/jour de moitié, mais non, ça leur a paru totalement idiot.
    Ensuite, pendant des années, mon ancien patron, (il était vraiment super, par ailleurs, car il gérait uniquement des surdoués, et ça, franchement, il fallait le faire!), me téléphonait régulièrement en me disant « bon, quand tu en auras marre d’être pauvre, tu reviendras?). J’ai préféré être pauvre, et rester cow girl dans le Jura! 😉
    Ne laissez personne vous dire quoi faire, où aller, ni comment y aller. Mais écoutez ceux qui savent, et certains savent! L’intuition permet sans faute de faire la différence entre les « ça ne marchera jamais », et les « pour que ça marche, voilà comment t’y prendre ».
    Cela dit, un normo pensant, lui, fonctionne exactement à l’opposé. Dites « ça ne marchera jamais », et il y croit. Dites « pour que ça marche, voilà comment t’y prendre », et là, il vous traite de « plus malin que les autres ».
    Mais est ce que cela ne nous transforme pas en guerriers? Hypersensibles, nous devons combattre les idées des autres, les railleries. Nous devons combattre pour ne pas devenir fous, quand on sait ce qu’il va advenir et que tout le monde s’en fout. Nous devons combattre pour nous réaliser, nous adapter.
    Petite, j’aspirais juste à aller mon chemin, en paix, avec une nature très joyeuse, très timide et émotive.
    Mon Dieu, qu’est ce qui m’a transformée en une personne jugée si dure, intolérante, avec peu d’émotion, capable de tourner une page sans me retourner, sans plus aucune timidité ressentie?
    En lisant tout ça, je pense que je ne me suis pas adaptée. J’ai collé un masque et étouffé qui je suis. sans doute est il temps d’ôter le masque. mais comment faire? et surtout, quelles seront les conséquences? Si certains sont passé par là, je suis preneuse d’expériences.

    1. @LIT, 27/7, 11.26

      avez-vous lu le plus récent M. de. Kermadec: l’adulte surdoué à la conquête du bonheur ? vous y trouverez quelques réponses à votre  »comment faire et surtout quelles seront les conséquences ».
      A prendre ou à laisser, c’est une question de choix qui pour moi se résume à:
      cesser de survivre cf comfort zone et prendre le risque de vivre autrement cf enlever le masque.
      Ben oui, ça prend du courage, de la volonté, de l’honnêteté, de l’humilité, le goût d’apprendre, d’explorer, de vouloir apprivoiser ses peurs et terreurs, de débusquer et d’honorer ses faiblesses mais aussi ses compétences.
      Une danse à deux, d’égales à égales, trouver la bonne thérapeute spécialiste du surdon et rester ouverte, patiente , ultra généreuse et bienveillante avec soi-même!
      Toutes ses qualités vous les avez LOT, le voyage vous invite … Laissez vous tenter, que diantre, vous n’avez qu’une vie !

      Take good care,
      Chan

      1. Merci Chan…. Moi qui supporte si mal les autres, parfois que serais je sans eux?
        Sérieusement je pense être à une croisée de routes. Jusque là, j’ai eu une confiance aveugle en la vie pour choisir mes chemins, mais là, je veux choisir. En effet, il est temps d’affronter les terreurs, les angoisses, le monde, tout simplement. Oui, il est temps que « qui je suis » vive sa vie. Mais sans masque, qui suis-je? je ne sais plus trop. Entre ce que me disent mes proches que je « devrais être/ressentir/faire » pour vivre une « vie normale », la terreur que je ressens à l’idée de vivre une « vie normale », si je laisse « moi » sortir de derrière le masque, je risque bien que personne ne me reconnaisse ;). tant pis…ça va être une belle aventure, j’ai toujours aimé me jeter à l’eau, plus c’est défiant et plus je me sens vivante….
        la plus grande difficulté, Chan, c’est de trouver le/la bon/ne thérapeute. Je ne sais même pas par où commencer, et je vais être un vrai défi pour lui/elle……Il faut que j’en trouve un/une solide….

    2. Bonjour,

      Ce qui m’étonne dans votre message, c’est ce « jugée » ci-dessous:

      « Mon Dieu, qu’est ce qui m’a transformée en une personne jugée si dure, intolérante, avec peu d’émotion, capable de tourner une page sans me retourner, sans plus aucune timidité ressentie? »

      Qui vous juge donc ainsi?

      1. @Marc et Cécile
        Qui me juge ainsi? ma famille, mon environnement professionnel. Mes amis, ça les fait rire, mais certains disent quand même « je ne voudrais pas t’avoir comme ennemie ». bon voilà donc. S’ils le disent tous, il y a sans doute un fond de vérité, voire plus si affinité. La seule chose que je vis vraiment et qui me semble juste, c’est de pouvoir tourner une page sans me retourner. Tout le reste me semble injuste et incompréhensible, mais je dois supposer qu’ils ont raison. Ils ne peuvent quand même pas tous avoir tort….
        je ne me sens pas intolérante, sauf avec la médiocrité sans doute. Tout ce qui semble pouvoir être mieux fait ou pensé me mets en colère. c’est vrai.
        Pour les émotions, je suis devenue trop forte à les cacher. On a l’air con de pleurer devant Bambi et toute situation analogue de la vie.
        Je parle facilement en public, bref, j’ai construit un sacré faux moi.
        Petite, rouge pivoine était monteint sitot que je croisais un regard.
        Je me suis battue très fort pour ne pas laisser mes émotions et ma timidité m’empêcher de faire des choses, à quel prix mon Dieu… (pas la peine de lui demander de l’aide, je vais bien m’en sortir sans lui! 😉 )

        1. C’est la fréquence des remarques disqualifiantes qui est gênante.
          C’est à ça que nous sommes éduqués depuis notre plus tendre enfance : à ne voir que ce qui ne va pas et non pas à voir ce qui va aussi.
          L’idée n’est pas de tomber dans une béatitude larmoyante et dégoulinante.
          C’est de savoir débusquer ce qui est bien et de s’appuyer dessus pour faire évoluer ce qui peut poser problème en société.
          Sachant que le problème ne vient pas obligatoirement que de vous.
          Dans un échange, il y a au moins deux acteurs.

  2. Par moments, je ne sais où écrire sur ce blog qui me semble parfois être un fouillis. Mais c’est aussi un empilement de trésors comme j’en ai rarement trouvé. Avec, je l’avoue en souriant, cette frustration de me dire que je vais ajouter ma petite contribution pour découvrir presque à chaque fois que Cécile la déjà fait il y a quelques années.

    J’en profite donc pour la remercier avec émotion, tant pis pour mon égo.

    Si j’avais su… Et aujourd’hui pour moi avec colère. Celle des années passées qui ne peuvent revenir. Cette colère enflée en moi depuis que j’ai vu Cécile dans une vidéo de Mensa (une 2016 sur l’hypersensibilité) dire que, pour notre génération c’est peut-être foutu. Cela m’a mis dans une rage… J’ai dit, et je continue de dire non. Mais je dois bien avouer qu’il ne reste que ce qui est devant (donc ce n’est pas foutu) et que ce qui est derrière est derrière (comme tout le monde, je pleure et fantasme en regardant dans le rétroviseur).

    Alors, même si ce n’est pas dans mes habitudes, car j’ai trop facilement tendance à me remettre en question, j’ai envie de dire: et s’ils avaient su…

    Parce que, franchement, quelqu’un a du voir, se douter de quelque chose… Passe encore pour mes parents et certains profs… Mais les psys, ces professionnels… Comment ont-ils pu ne rien voir malgré le temps passé chez eux? À leur décharge, j’ai suivi leur parcours de formation presque jusqu’à la fin…. Pas un mot là-dessus…

    Qu’est-ce qui explique cela? Je ne sais.

    Est-ce acceptable aujourd’hui? Non, cela ne l’est pas. C’est inacceptable, intolérable, imbuvable, inavalable, etc…

    Ne pourrait-on trouver un qualificatif qui dise que nos excès ne sont pas une garantie de facilité, de réussite, de supériorité etc…?

    Ne pourrait-on se dire que comme ceux qui ont des difficultés de l’autre côté du spectre, nous avons aussi des besoins particuliers qui méritent d’être pris en compte?

    On donne des palmes d’or et des Oscars aux films qui nous rappellent (par ce que nous l’oublions en ne voulant que nous rassurer de notre normalité) les cadeaux que nous font les dits handicapés mentaux. Mais qui montre ce que nous vivons de notre côté et les cadeaux dont nous sommes nous aussi capables?

    Personne.

    À nous de le faire, de prendre soin de nous, de nous ériger une communauté qui ne soit pas un lieu d’isolement mais une source de vie pour tous.

  3. Bonjour,
    merci pour cet article, qui en complément de quelques lectures, m’aide peu à peu à comprendre ce qui m’arrive depuis plusieurs années.
    J’ai été marquée par cette phrase  » Ils ont vite réalisé que la vision déformée qu’ils avaient d’eux-mêmes était largement le résultat de commentaires non sollicités au sujet de leur différence. » Je me suis toujours sentie différente comme l’expliquent beaucoup de personnes dans les commentaires. Déjà enfant, on sent que l’on n’est pas comme les autres, que l’on ne réagit pas de la même façon. On se sent seul, incompris, et très souvent blessés par les comportements des autres. On se demande comment ils ont pu nous faire autant de mal délibérément. Dans le livre que je lis en ce moment (Je pense trop comment canaliser ce mental envahissant), l’auteur explique que pour les hypersensibles, faire du mal délibérément par préméditation est une idée impossible. Je ne fais du mal qu’en cas d’attaque, je me défends. Ce qui me fait encore plus mal, je culpabilise. Je me mets trop à la place des gens en face de moi, alors que eux ne le font jamais, même les amis. Mais ce n’est pas de leur faute apparemment, ils ne peuvent pas, parce qu’ils ne savent pas, ils ne sont pas comme nous, ils ne peuvent pas penser à tout ça. Moi, je souffre de tout, parce que j’ai autant d’attentes que ce que je suis capable de donner.
    Je me mets peu à peu à me dire que je dois faire partie de cette catégories de personnes si sensibles et pour lesquelles ce monde est si peu adapté. Pourtant, j’ai si peu confiance en moi que je n’arrive pas à me dire que je suis surdouée, etc…
    Cette confiance en moi a d’autant plus été complétement détruite ces dernières années par un père destructeur qui me met la tête sous l’eau dés que je le vois, et me reproche avec tant d’agressivité ma différence. Que je ne suis pas normale, une atypique égoïste et égocentrique, une marginale. Tu es trop sensible, c’est pas normal, tu réagis de façon démesurée. Tu prends tout mal, remets toi en question… Puis enfin, il l’a dit, une malade mentale. Voila ce que les gens pensent des gens différents? Comment peut on dire cela à son enfant? Comment peut on penser que son enfant ira mieux en lui disant des choses pareilles?
    Aujourd’hui je me sens justement paralysée comme cela est dit dans l’article. Je me suis figée sur moi même. Cela fait de longs mois que je reste seule chez moi des journées entières, j’ai peur du monde dehors, je suis déçue, blessée. Je vois les autres diplômés en même temps que moi avancer dans leur vie, travailler, tandis que moi je reste à ne rien faire. J’aimerais aller mieux, réussir à survoler tout ça, ne plus être atteinte par toutes ces agressions extérieures.
    J’aimerais vraiment demander de l’aide, mais il y a tant de thérapeutes, comment choisir. On m’a conseillé l’hypnose Ericksonienne, l’EMDR, les constellations familiales, la Gestalt thérapie, la sophrologie. Je pense que j’aurais déjà besoin que quelqu’un me confirme un diagnostic, pouvoir m’accrocher à une certitude.
    Si vous aviez la possibilité de m’orienter vers quelqu’un de bien je vous serais vraiment reconnaissante, car je n’aurais jamais assez de courage en ce moment pour en rencontrer plusieurs et risquer d’être déçue.
    Merci encore, Caroline.

    1. Merci de votre témoignage Caroline

      « pour les hypersensibles, faire du mal délibérément par préméditation est une idée impossible« .. oui…. mais dans certaines limites. Je ne fais pas partie de ceux qui assimilent les surdoués à des bisounours. Ils peuvent, eux aussi, se trouver du côté des harceleurs, avec la meilleure volonté du monde, ne serait-ce que, par exemple, des parents qui vont obliger leurs enfants à se conformer parce qu’ils savent eux mêmes ce que ça coûte de ne pas être conforme, et en souffrent terriblement.

      Pour ce qui est de votre demande de thérapeute, je vous réponds en privé.
      Pour ce qui est de l’adéquation du thérapeute… l’alliance thérapeutique est une alchimie toute personnelle, hélas, il arrive parfois que l’on doive tâtonner / s’adresser à plusieurs thérapeutes successivement…

      1. Oui bien sur, après chacun est différent même si l’on se retrouve dans un grand nombre de points communs (si l’on peut appeler ça comme ça) qui définissent une « pathologie ». J’imagine aussi que ces différents points vont se manifester différemment chez chaque individu. C’est vrai que les surdoués sont loin d’être des bisounours, et ça je m’en rends bien compte, car même si comme je le disais je ne peux imaginer de nuire « gratuitement » à quelqu’un, ma colère peut souvent m’emmener bien loin… Bref 🙂
        Merci pour votre réponse, je vous réponds en privé.

  4. Bonjour à tous,
    Je n’arrive pas à trouver la version française du livre de Mary Elaine Jacobsen, « Gifted Adults : Liberating everyday genious ». Pouvez-vous m’aider ?
    Merci d’avance.

    1. Bonjour,

      j’en profite pour souligner que les thèmes abordés dans le livre de Mme Jacobsen, sont repris par une revue : cerveau et pscho, sur les 8 intelligences découvertes récemment par le chercheurs, ce qui élargit considérablement le champ et la complexité de l’intelligence par rapport aux domaines proposés par la plupart des test de qi.

      Il y a un petit test dans ce livre à faire soi meme, et qui propose des résultats par domaine (sur les 8 recensés), et qui donne une réponse détaillée, pas vraiment en terme de : vous etes bon là, vous etes moins bon là.

      non, il est donné une réponse analytique de l’existant sur le domaine testé, ainsi que des pistes de solutions positives, comme dans l’esprit bien positivant des américains, bien en avance sur nous dans la valorisation de l’intelligence.

      J’ai trouvé ce test formidable, de meme que le bouquin, que j’ai lu y a quelques années, à une époque ou je me cherchais encore énormément, il m’a apporté des solutions concrète à chaque page : pas de solutioins inapplicables, mais des attitudes à adopter, non pas pour se suradapter, mais pour pouvoir fonctionner avec le système et les autres, sans y perdre sa personnalité et ses particularités.

      Pour le niveau d’anglais, il est assez abordable, faut juste s’accrocher un peu, et prendre son temps : pour pouvoir bien l’exploiter, j’ai mis 3 mois à la finir, parmi mes autres activités prenantes.

      Cricri

  5. Message initialement déposé sur la version anglaise du billet (10 mars 2013 at 21 h 09 min)

    Pourquoi est- ce que cet article me fait penser à une phrase d’une actrice française : « Si j’avais su que j’étais jolie…j’en aurais profité beaucoup plus ». Si j’avais su…mais je sais, et je mesure le chemin parcouru, pour moi, pour mes proches. Des années dans le brouillard, et enfin, une explication, enfin on parlait de moi. Mon mari, un cercle enfermé par éducation dans une boîte carrée, bien plus « surdouillet » que moi, mais ça y est, on sait qui on est, nos enfants n’auront pas à faire ce chemin là. Souvenir de mes douze ans, je me revois comme si c’était hier (je me souviens de tout, dempuis toujours, les paroles, les mots, les gestes, quand ils me posent question) assise sur mon lit, la porte est fermée, je me dis « je suis différente, je ne suis pas comme les autres », et tout en même temps : « tu es folle, arrête avec tes états d’âme, tu es comme les autres ». Non, je ne le suis pas, et j’aime ma différence, ma solitude, et la richesse de mes quelques amitiés, ce que j’ai fait de ma vie. Quand ma fille m’a dit un soir « Tu sais, maman, je crois que je suis différente, les autres n’aiment pas les mêmes choses que moi », j’ai pu lui répondre « Oui, tu l’es », et c’était doux. La yoga, la respiration, la méditation, sont certainement ce qui m’a fait le plus de bien dans ma vie, et que j’apprends à mes enfants. Les surdoués, plus que les autres, oublient de respirer, et pourtant, par leur extrême sensibilité et intuition, ils en ont besoin, bien plus que les autres. Et ce soir, je vous embrasse très fort, probablement parce que je suis heureuse.

  6. Message initialement déposé sur la version anglaise du billet (11 mars 2013 at 10 h 30 min)

    Ce texte me parle, le témoignage de lechalote aussi, tellement. Je viens de confirmer l’hypothèse de ma douance et maintenant j’ai tellement envie d’en faire quelque chose. J’aimerais tellement trouver ce guide dont elle parle, quelqu’un pour me donner des pistes et me recadrer de temps en temps.
    Merci pour cet article plein d’espoir.

  7. Message initialement déposé sur la version anglaise du même billet (21 mars 2013 at 14 h 31 min)

    Cette page me parle beaucoup, merci Cécile.
    L’espoir transparaît clairement.
    A peine cette page lue, que je viens de commander le livre de Marie Elaine Jacobsen cité ci-dessus ( The Gifted Adult: A Revolutionary Guide for Liberating Everyday Genius ) .
    Je suis en plein dans ces questionnements, et j’espère, après plus de 40 années passées dans l’ignorance de cette particularité qu’est la « douance » (mais qui statistiquement concerne 2 % de la population, ce qui est finalement énorme en nombre), qu’il me reste quelques années (j’espère une vingtaine d’années…) à vivre avec cette nouvelle
    lumière pour m’éclairer sur mon parcours.
    J’espère être en mesure d’avoir une réponse non vide à la question « qu’as-tu fait de ton talent ? » au moment de mon dernier souffle.

  8. Un billet très juste. Devenir intelligent sur sa propre intelligence : c’est souvent là que le bât blesse pour le HPI haut en couleur de susceptibilité (hypersensibilité). Cela demande de la concentration et de la discipline. Mais s’étonner soi-même de constater que l’on est bien capable de développer de tels outils a quelque chose de profondément réjouissant. Lorsqu’on le ressent, alors on peut se dire que le changement est vraiment en marche …

  9. Faites ci, faites ça… Yakafokon… Pour moi, ce sont surtout des mots très vains quand on est arrivé au stade de l’épuisement complet. Mais je suppose que c’est de la paresse et de la lâcheté de ma part ?

  10. Cet article est assez étrange car ce qu’elle y dit est si évident.
    J’essaie de le mettre en pratique depuis longtemps avant même de savoir que j’étais HP,
    mais encore plus depuis.

    merci.

    1. Merci IVan !

      Extraits : «Il faut faire très attention quand on pose un diagnostic, surtout sur un sujet jeune. Parce que, même s’il est faux ou abusif, ce jugement risque de rester attaché à la personne toute sa vie.»
      «Le plus grave […] c’est le règne de la pensée unique.»
      «Ce qui m’inquiète, conclut le Dr Tristan Garcia-Fons, pédopsychiatre, ce sont les ravages chez l’enfant. Le DSM -5 fabrique des enfants anormaux. Tout enfant qui s’écarte de la norme devient malade. C’est pour cela qu’il ne faut surtout pas se taire.»

      En parfaite cohérence avec mes billets d’alerte (Prévenir la délinquance ?) sur le rapport INSERM de 2005 (dont les conclusions avancent à petits pas cachés dans les couloirs ministériels) sur la détection précoce des délinquants.
      Et très complémentaire du billet paru il y a quelques temps sur le sujet ((Tout) Le monde est fou !)

      Le Meilleur des Mondes ? ou 1984 ? vers quelle société allons nous ?

      1. À écouter aussi sur ce même thème http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-peut-on-se-fier-a-la-classification-americaine-des-
        Steeves Demazeux est invité pour la sortie de son livre : « Qu’est-ce que le DSM » qui vient de paraître aux Editions Ithaque.

        Présentation de l’émission :
        «  La santé mentale, c’est un peu le nouvel objet de notre siècle, son point aveugle, en même temps que son soleil vert. Depuis le rapport de mission demandé en 2001 par Bernard Kouchner intitulé « De la psychiatrie vers la santé mentale », il devient patent que la politique de santé mentale occupe un espace de plus en plus large dans l’organisation de notre système de soins. Elle ne concerne plus seulement la souffrance psychique au sens restreint, mais l’ensemble des troubles relationnels qui caractérisent le comportement d’un individu. Les troubles psychiques en effet se doublent très souvent de troubles du comportement et les troubles relationnels de troubles à l’ordre social. Un idéal de conformité tente de s’imposer socialement. « Pourquoi rappeler la vieille souffrance subjective ? Les errances et les impasses du désir, les névrosés, les poètes, les rebelles ? La novlangue ne connaît que les délinquants et les handicapés. On s’est débarrassé du symptôme » s’insurgeait la psychanalyste Marie-Laure Susini dans son livre « Eloge de la corruption » paru en 2008.
        Quel est le responsable de cette novlangue? Qui doit comparaître à la barre ? Le DSM bien entendu ! C’est en tout cas ce qui est largement admis par de nombreux psychiatres de l’hexagone. Les nouvelles classifications américaines des maladies établies par le DSM (2000) – Diagnostic et Statistiques des troubles Mentaux – seraient responsables de l’extension du domaine de la santé mentale. Le DSM imposerait sa loi et tenterait d’appliquer une politique de santé organiciste centrée sur les médicaments sans se soucier des causes des symptômes.
        Cette conclusion n’est pas fausse, mais elle fait l’impasse sur l’histoire de la psychiatrie américaine, dont on aurait tort de penser qu’elle imprègne de la tête aux pieds nos mœurs médicales. Avant de condamner le DSM, il importe de le connaître mieux ? Avant de s’interroger sur les ravages éventuels de la bible américaine de la psychiatrie, peut-être faut-il commencer par se poser une question simple :
        Qu’est-ce que le DSM ?

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