« Surdoué » dîtes-vous ? .. Mais de quoi parlez-vous ?

Comment définir ce qu’est un surdoué ?

Tout le problème est là : Depuis que le sujet est sur la table, personne n’a vraiment réussi  à s’entendre sur la définition à donner !

… D’autant que la définition de l’intelligence elle-même fait débat. Quand on consulte le dictionnaire Larousse, force est de reconnaître qu’il n’y a pas consensus.

–    Ebbinghaus (1850 – 1909) et Caroll (1916 – 2003) la définissent comme « instrument de combinaison / de synthèse ».

–    Binet (1857 – 1911) et Spearman (1863 – 1945) comme un « degré de développement »

–    Lalande (1867 – 1963) comme « instrument de la connaissance »

–    Terman (1877 – 1956) comme « instrument d’abstraction »

–    Piéron (1881 – 1964) comme une « capacité d’adaptation à des situations nouvelles »

–    Wechsler (1896 – 1981) comme « l’instrument le plus général de la réussite ou de l’efficacité»

Le terme « surdoué » est, lui, un néologisme forgé dans les années 1940 pour désigner des enfants dont les aptitudes dépassaient nettement la moyenne des capacités des enfants de leur âge. Et depuis, il n’existe pas toujours pas de définition universellement acceptée du mot « surdoué ».

Ce que l’on sait, c’est que, fondé sur le test d’intelligence inventé par Alfred Binet au début du XX° siècle, sont considérées comme « surdouées » les personnes dont l’intelligence, mesurée par le biais d’un test, est supérieure d’un minimum de 2 écarts-types (2 fois 15 degrés d’écart) par rapport une moyenne de 100. (Pour la question de l’intelligence, voir plus haut….)

Mais dans les années 80,  Robert Sternberg, avec sa conception triarchique de l’Intelligence, démontre que l’intelligence ne peut se résumer à un résultat de test de QI, fondé sur la seule intelligence analytique.

Il insiste sur les processus internes de réflexion qui conduisent à l’intelligence analytique, sur la capacité à mobiliser ses connaissances pour trouver une solution face à une situation nouvelle, mais aussi sur les capacités d’adaptation de chacun au contexte dans lequel il évolue.

Selon Sternberg, l’intelligence comporte donc trois aspects principaux : analytique, créatif et pratique.

Il met ainsi en avant que l’intelligence est la même partout, mais que la façon dont elle est perçue est avant tout question de contexte : les habiletés sont plus ou moins valorisées suivant les cultures. C’est en substance ce que rappelle aussi Howard Gardner avec sa théorie des intelligences multiples.

Un peu plus tard, Renzulli préfère parler de comportements surdoués plutôt que d’individus surdoués. Dans son « Modèle des 3 anneaux » : il évoque trois facteurs qui forment l’intelligence. Une aptitude intellectuelle générale (ou spécifique à un domaine particulier) supérieure à la moyenne, une focalisation toute particulière sur la tâche à réaliser (l’engagement) et la créativité (à laquelle il associe la curiosité).

En 2006 / 2007, une étude Delphi a été  conduite aux Pays-Bas  qui précisait ce qu’était un surdoué. Caractéristiques identifiées : «intelligence élevée (pensée) / autonomie (comportement) / ayant une vie émotionnelle multi-facettes (sentiments) / personne passionnée et curieuse (volonté) / extrêmement sensible  (perceptions) / créative (faire) / d’une originalité pétillante, rapide, intense et complexe (interactions) ».

Donc, aujourd’hui, on n’est pas vraiment plus avancé pour dire en quelques mots simples ce qu’est un surdoué…

Même le mot surdoué fait débat, en tous cas en France

Bien sûr, il y a d’autres termes plus utilisés :

  • HP (Haut Potentiel) deux lettres / code neutre que tout le monde ne comprend pas encore.
  • Précoce – pour un jeune enfant, ça passe, mais pour un adulte, ça fait bizarre.
  • Zèbre, forcément drôle, et certainement sympathique, mais qui n’en dit pas plus. On ne s’assume pas vraiment
  • Guépard, méconnu et américain (utilisé par Stéphanie Tolan)
  • HQI (Haut Quotient Intellectuel) particulièrement restrictif, on ne parle que d’intellect
  • Surefficient qui sonne pour moi un peu comme un handicap à cacher
  • Les termes « Hyperphrène » et « Alterdoué » ont également été proposés. Le mot « doué » parfois utilisé est celui qui se rapproche le plus du « gifted » anglais (auquel on rajoute souvent le mot « talented » pour talentueux).
  • Multipotentiel qui est peut-être le plus proche et cherchant à être le plus neutre car on peut être pleinement performant dans un domaine sans avoir encore eu la possibilité de développer un potentiel dans un autre domaine.

… J’ai un jour proposé azertyuiop (traduction anglaise : qwertyuiop).
Ca ne signifie absolument rien, mais c’est facile à écrire (première ligne du clavier d’un ordinateur) et ça permet de nommer en un seul mot tout un ensemble de caractéristiques et surtout ça me semble rester très politiquement correct, car je note que dans une société qui se clive toujours plus, le politiquement correct semble être l’ultime recours pour tenter de se parler.

Pour les adultes surdoués, une réalité encore mal perçue

Quand il s’agit des enfants, le surdon est vu comme un espoir pour le futur.
Quand il s’agit d’adultes, ça pose problème, suscite la perplexité…  jusque chez les surdoués eux-mêmes, ceux qui ignorent qu’il est possible d’être adulte et surdoué et qui, pour certains qui ne se savent pas surdoués, s’en fichent bien pas mal (car oui ! il existe des surdoués heureux, mais il en existe aussi quelques uns qui ne vont vraiment pas bien, et pour lesquels témoigner de ce qu’ils vivent et de ce qu’il est possible d’améliorer leur sort est fondamental).

Le surdon n’est pas une vue de l’esprit : c’est une réalité neurophysiologique. Il est inné à la naissance (l’hérédité du surdon est une réalité) et persiste tout au long de la vie, de façon plus ou moins heureuse suivant l’histoire de chacun l’acquis).

Le surdon n’est pas absolu : les images de nerd ou de doux rêveur distrait, ou encore de génie incompris (vous savez, l’artiste fiévreux en pleine création,  une bouteille d’alcool à la main, ou avec une ligne blanche aperçue en arrière plan), sont autant de caricatures. Le phénomène du surdon s’inscrit plutôt dans un continuum qui le rend difficile à cerner

Le surdon n’est pas un problème. Même s’il peut en créer, en particulier à ceux que l’on qualifie de hautement surdoués (ceux qui ont plus de 145 de QI), avec des textes qui font froid dans le dos.

La grande médiatisation des enfants précoces/surdoués a fait avancer la connaissance sur le sujet. Pas forcément dans le bon sens hélas. Médiatisation rimant avec généralisation, maintenant on sait que s’ils ne sont pas des génies heureux, les surdoués peuvent être des enfants en échec scolaire et suicidaires.

D’où le fait que le mot Haut Potentiel  devienne le qualificatif le plus employé : il met en avant que ce n’est pas parce qu’on est surdoué que pour autant, on réussit brillamment dans la vie (réussir au sens : avoir fait de brillantes études, être bien inséré dans la société, avoir une vie affective épanouie, et produire des résultats remarquables). Une vision qui, je trouve, laisse bien peu de place à une vie simple dans laquelle on se sent avant tout serein(e) parce qu’équilibré(e), et qui met une forte pression à tous ceux qui se découvrent surdoués à l’âge adulte…

La représentation des surdoués est négativement influencée par la médiatisation simpliste des cas extrêmes et des problèmes. Le surdoué est avant tout vu de façon anecdotique. C’est un cercle vicieux. Et c’est ainsi que la réalité des surdoués continue à passer inaperçue chez de nombreux thérapeutes  tout comme dans les rangs des Directions des Ressources Humaines (DRH).

Le surdon n’est pas et ne fait pas tout

Résumer ce qu’est un surdoué peut se faire en quelques mots académiques, ou en une liste de caractéristiques pas forcément applicables à tout un chacun.

Mais résumer ce qu’est un surdoué, et les débats qui font rage actuellement le montrent bien, c’est souvent oublier que c’est aussi un être humain, une personne qui s’est construite dans un environnement donné, qui a vécu des événements particuliers, toute une construction identitaire qui vient interagir avec ces caractéristiques qui « font » le surdon. De fait, suivant l’histoire de chacun, l’estime de soi, élément central de son équilibre, va être un élément clé de son développement social.

C’est d’ailleurs ce que souligne l’universitaire et psychologue canadien Françoys Gagné, avec son modèle intitulé « Du don au talent», selon lequel l’intelligence seule n’est pas prédictive du succès à l’âge adulte : bénéficier d’une vie équilibrée, avoir des parents et un entourage bienveillants, échapper à des traumatismes qui peuvent venir massacrer une enfance (surtout quand ils ne sont pas traités), être en bonne santé, être motivé, avoir une bonne estime de soi…  sont des facteurs importants de la performance.  Loin de tout déterminisme, Gagné n’exclut pas le facteur chance parmi ces facteurs d’évolution du Don en Talent.

Pour certains, la vie sera un long fleuve tranquille. Pour d’autres, se posera en permanence la question lancinante à en être dramatique : «Où est ma place ? »

… Cela dit, en lisant quelques lignes consacrées à Charles Darwin, je me suis dit qu’en résumé, peut-être que le surdon c’est le talent de la connection, celui qui permet de comprendre rapidement des «Comment ?»  et des «Pourquoi ?»… et fait aussi se poser la question des « Pourquoi pas ? ».

La description de la population surdouée est comme les surdoués eux-mêmes : complexe.

 

 

 

 

11 thoughts on “« Surdoué » dîtes-vous ? .. Mais de quoi parlez-vous ?

  1. Définir l’intelligence ne me pose aucune difficulté conceptuelle. Observant que la vie est la plus haute forme d’intelligence, je ne reconnais l’autorité que si elle fait preuve de d’intelligence et je ne reconnais l’intelligence que si elle fait preuve de sensibilité. En cela nous satisfaisons au principe de parcimonie et au principe de subsidiarité.

    1.  » je ne reconnais l’autorité que si elle fait preuve de d’intelligence et je ne reconnais l’intelligence que si elle fait preuve de sensibilité »
      C’est fort juste… mais j’imagine la tête d’un manager qui va s’entendre dire ça….

      1. La beauté fait autorité.
        C’est la justesse qui séduit car l’intelligence a besoin d’espace pour s’épanouir et du politique lacunaire au savoir péjoratif, celui qui par son inconséquence participe de l’atrophie du champ lexical, c’est de cet imposteur dont il nous faut apprendre à nous distinguer peu importe qu’il soit manager ou non. :v
        Bien à vous. 🙂

    2. Donc la vie est la plus haute forme d’intelligence mais vous ne reconnaissez l’autorité Émanant d’un être vivant que si celui ci est intelligent, or si vous lisez deux lignes plus haut, cet être ne peut être qu’intell .
      Votre définition est absconse et non valide.
      Dites plutôt, je ne valide l’autorité que si j’estime l’ordre suffisamment intelligent par rapport à mes capacités de jugement.
      On se trouve toujours largement suffisamment intelligent comme disait Coluche, vu que l’on réfléchi et que l’on juge avec son propre cerveau !!
      CQFD!

  2. bonjour,
    surdoués=arborescence, vitesse de circulation des informations, plus de glie…
    Plus de beaucoup de choses finalement
    bonne journée

    1. .. Et que ça fait du bien de pouvoir avoir des bulles d’oxygène en rencontrant d’autres soi pour parler sans contraintes !
      Trouver un point d’équilibre… et surtout savoir et comprendre ce que signifie être surdoué pour trouver les stratégies qui permettent d’évoluer en se préservant.

      1. Merci pour ce billet. Et aussi pour cette bulle d’oxygène. « Trouver les stratégies qui permettent d’évoluer en se préservant » : programme difficile !!! Mais vital, malgré tout.

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